Trop tard : Suivi et couverture médiatique

L’Avant-Propos du livre fournit le contexte dans lequel il s’est produit, et certaines indications de ses intentions. Je l’offre ici en espérant que cela pourra taquiner votre intérêt.

Avant-propos

AVANT-PROPOS

Tracer un portrait possible d’un nouveau système socioéconomique pour le Québec était l’objectif du projet de livre Les indignés sans projet ? Des pistes pour le Québec1. Cet ouvrage collectif n’ayant finalement jamais vu le jour, me voici avec un livre qui aborde les mêmes préoccupations mais qui est d’un seul auteur, et qui est écrit selon les capacités de ce seul auteur.

Je travaille sur cette question depuis mon départ du Bureau du vérificateur général du Québec, où j’occupais le poste de commissaire au développement durable et vérificateur général adjoint en 2007-2008. Le travail effectué pour calculer2 un Indice de progrès véritable (IPV), outil clé pour remplir mon mandat, a eu pour effet de bouleverser bien davantage mon patron, un économiste, que le gouvernement que je voulais viser, si bien que je me suis rapidement retrouvé sur le pavé3…

J’ai donc calculé l’IPV à titre personnel. Cela a mené à la publication de L’indice de progrès véritable. Quand l’économie dépasse l’écologie en 20114. L’IPV est un outil qui permet de tenir compte des faiblesses du Produit intérieur brut (PIB) comme indicateur de notre niveau de développement : son calcul pour le Québec montre que les coûts que représentent les « externalités » de notre « développement» correspondent à une soustraction équivalente aux trois quarts du PIB, le quart restant perdant de son intérêt comme indicateur. Avec l’IPV comme guide, nous constatons que notre économie est en déficit structurel et permanent, et cela – en fonction d’autres calculs d’IPV pour différents pays, par des chercheurs indépendants – à la grandeur de la planète.

Je cherchais – pendant la période de travail nécessaire pour rédiger ce livre – un réseau d’économistes ou d’autres experts partageant ma vision et mes préoccupations, conscient qu’un individu ne peut avancer seul devant les défis contemporains. Or, le débat public, dans la bonne vieille tradition qui est celle des mouvements environnemental et social, est toujours dominé par les préceptes de l’économie néoclassique, selon lesquels persiste cette idée qu’il est possible de maintenir sans limites la croissance de l’activité économique, en corrigeant simplement les dérapages du système; il ne serait pas nécessaire de s’attaquer à ses fondements. De quoi rendre les débats d’aujourd’hui plutôt futiles.

En fait, ce n’est que très tardivement dans ma carrière, soit pendant mes deux années comme commissaire, que je me suis rendu compte que le système dominé par le modèle néoclassique a effectivement des limites, et que ce système est aujourd’hui en fin de régime. Je cherche cependant toujours des âmes sœurs pour effectuer le travail communautaire nécessaire dans la définition, l’élaboration et la préparation d’un nouveau modèle socioéconomique; le mouvement social a certes fait des premiers pas5, mais la recherche d’un changement de nature quasi révolutionnaire avance péniblement et lentement.

C’est durant cette période de flottement et de recherche d’âmes sœurs qu’est né le projet Les indignés. Pour mettre en œuvre ce projet, j’ai réuni un collectif d’auteurs. Plusieurs d’entre eux participaient probablement parce que je leur avais tordu le bras et n’ont pas écrit leurs chapitres; résultat d’une telle mauvaise approche, le projet a échoué, malgré la rédaction de certains chapitres6.

Après avoir publié durant deux ans des textes pour les sites Économie autrement et GaïaPresse, j’ai décidé, en janvier 2013, de créer un blogue sur un site web (harveymead.org) pouvant héberger un ensemble de documents qui synthétisaient ma recherche et mes réflexions. Si cette aventure est stimulante et permet d’échanger avec certains lecteurs, il n’en demeure pas moins que ce travail s’effectue essentiellement hors réseau. Pour pallier cet écueil, j’ai donc décidé de m’inspirer d’un ensemble d’articles du blogue (et d’autres textes) pour rédiger un livre, espérant ainsi rejoindre un plus large bassin de lecteurs potentiels. Cependant, m’appuyant sur mon expérience, je n’ai pas d’attentes particulières sur la manière dont cet ouvrage sera reçu par le grand public. Je ne m’attends pas non plus à ce qu’il soit accueilli à bras ouverts par les groupes de la société civile, qui devraient pourtant être animés par l’impérieuse nécessité de sortir de leur torpeur et de brasser la cage. En effet, ces derniers savent fort bien que ces propos s’imposent, mais l’inertie de 70 ans de croissance7, sous l’égide d’un système socioéconomique qui a bénéficié énormément aux populations des pays riches, est très forte.

Je suis convaincu que nous n’avons pas le choix: soit nous changeons notre système par un effort communautaire massif, soit ce système s’effondrera sous le poids de ses excès, qu’ils soient de nature économique, sociale ou écologique. Dans cette optique, j’en suis arrivé à la conclusion qu’un bon vieux livre traditionnel, avec un message loin d’être le bon vieux message, réussirait peut-être un peu mieux que le blogue à faire passer ce message, et qu’ainsi l’émergence d’un réseau et d’un mouvement resterait possible, et ce, dans des délais extrêmement courts.

Rien ne suggère cependant que les décideurs, voire l’ensemble du public, se trouveront, d’une part, parmi les lecteurs et que, d’autre part, ils seront convaincus par l’argument de ce livre, pas plus qu’ils ne l’ont été jusqu’ici par mon premier livre et par les billets de mon blogue. Lorsque j’écrivais ce livre, qui annonce un ou des effondrements possibles à plus ou moins court terme, j’éprouvais le curieux sentiment d’arriver directement de la Lune, car absolument rien dans nos vies quotidiennes ne semble rejoindre mes propos. Un ami économiste et écologiste, qui partage d’ailleurs ce même sentiment, me résumait récemment l’état de paralysie dans lequel le plongeait une telle situation :

Concernant les crises, si je n’étais pas activement impliqué dans la recherche sur les problèmes écologico-économiques et donc si je ne savais pas que nous sommes en train d’épuiser nos stocks de capital, je ne saurais même pas qu’il y a des problèmes. Pour moi et pour la plupart des gens que je connais bien, la vie est belle, les écosystèmes locaux semblent en santé, la violence diminue dramatiquement (en regardant à l’échelle des siècles), les droits humains (homosexuels, femmes, etc.) s’améliorent, les gens pauvres (au moins aux États-Unis [où il enseigne] et même jusqu’à un certain point au Brésil [d’où il écrivait]) conduisent des autos et possèdent des téléphones cellulaires, etc. En raison des longues périodes d’évolution des processus écologiques, la plupart des gens resteront largement inconscients de crises écologiques avant qu’elles ne soient presque irréversibles.

Je dirais que le «presque» n’était pas nécessaire, et il ne parlait que des crises écologiques…

D’une certaine façon, il est déjà trop tard: nous sommes à la veille de bouleversements majeurs dans la vie telle que nous la connaissons dans les sociétés riches. Il faut en prendre acte et agir en conséquence. Ainsi, ne voulant pas rester dans une sorte de pessimisme sans lendemain, je me permets dans les parties deux et trois de ce livre de présenter des pistes pour une certaine (re)prise en main de la situation. Il y a urgence, mais il me semble qu’il est encore possible d’envisager qu’une mobilisation de la société civile, et finalement de la société tout entière, puisse nous aider à nous préparer à affronter les effondrements qui viennent et à faire naître la société qui pourrait en résulter.

Je remercie Pierre-Alain Cotnoir qui a accepté de faire une première lecture de ce texte. David Murray des Éditions Écosociété s’y est associé par après, ce qui a permis d’améliorer sensiblement le texte. Aux autres maintenant, bonne lecture !

  1. Voir <www.harveymead.org/ecrits-2/les-indignes-sans-projets-des-pistes-pour- le-quebec/>.
  2. Harvey L. Mead, Rapport du commissaire au développement durable, dans Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2007-2008, tome II, chapitre 1, <www.vgq.gouv.qc.ca/fr/fr_publications/fr_rapport-annuel/fr_2007-2008-T2/fr_Rapport2007-2008-T2-Chap01. pdf>.
  1. Harvey L. Mead, « L’IPV : J’étais un peu trop tôt… », harveymead.org, 6 juillet 2013.
  1. Harvey L. Mead (avec la collaboration de Thomas Marin), L’indice de progrès véritable. Quand l’économie dépasse l’écologie, Québec, MultiMondes, 2011. Voir aussi Harvey L. Mead, «L’IPV, outil pour de nombreux changements», harveymead.org, 9 octobre 2013 ; et « Livre sur l’IPV : compte-rendu et couverture», harveymead.org, 22 décembre 2013.
  1. On peut penser entre autres au Chantier de l’économie sociale, fondé en 1996 et mené pendant longtemps par Nancy Neamtan, maintenant    dirigé par Jean-Martin Aussant. On peut penser aussi au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité. Ces deux organismes, qui rassemblent de nombreux acteurs de l’économie sociale et solidaire, n’ont cependant pas encore réussi à susciter le mouvement de masse nécessaire. En 2009-2010, le Chantier a aidé à la création du réseau pour un Changement de la logique économique (CLÉ), mais cet organisme est mort-né, faute de disponibilité de la part de ses concepteurs. Voir, pour son énoncé de valeurs: <www.harveymead.org/wp-content/ uploads/2016/06/Énoncé-de-valeurs-CLÉ-pour-Trop-tard.pdf>.
  1. Je tiens à remercier André-Pierre Contandriopoulos, Yvan Comeau, Yvon Poirier et Gérard Beaudet pour leur travail sur quatre des chapitres. Leurs textes se trouvent sur mon blogue, à l’endroit signalé dans la note 1.

7. Voir Dominique Méda, La mystique de la croissance. Comment s’en libérer, Paris, Flammarion, 2013, pour une présentation historique et analytique du concept au fil des décennies. Le travail de cette sociologue fait ressortir de nombreux éléments de la situation actuelle dans leur contexte historique.

J’attends vos commentaires!

 

Entrevues lors de la sortie du livre et commentaires par après

François Delorme, économiste à l’Université de Sherbrooke, renonce à ses illusions et revient sur sa condescendance par rapport à mon portrait :

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/535976/environnement-les-illusions-perdues

Josée Blanchette, dans sa chronique du 30 août 2018 au Devoir «Petite fin du monde aoûtée», met le livre en évidence en commentant la démission de Nicolas Hulot:

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/535702/noah-aura-25-ans-en-2030

Lionel Levac à l’émission de Joël Le Bigot le samedi 1er septembre 2018, à 7h55 environ:

https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/samedi-et-rien-d-autre

 

Les éclaireurs: https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-eclaireurs/episodes/394424/audio-fil-du-jeudi-16-novembre-2017

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/y-a-pas-deux-matins-pareils/episodes/394382/audio-fil-du-jeudi-16-novembre-2017

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/le-reveil-nouvelle-ecosse-et-t-n/episodes/394750/audio-fil-du-mardi-21-novembre-2017

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/bonjour-la-cote/episodes/394391/audio-fil-du-jeudi-16-novembre-2017

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/facteur-matinal/episodes/394386/audio-fil-du-jeudi-16-novembre-2017

 

En complément à l’Avant-Propos, le programme Éconophile au poste de radio communautaire 89.1 à Québec, en mars 2018 avec David Lemelin, un texte

Trop tard, à moins que…

donnant suite à une entrevue d’une heure à

https://archive.org/details/EconophileSaison2Emission24

 

Un gazouillis de Christian Brodhag en France, en février

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