Avenir du secteur forestier

L’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec a tenu un atelier le 20 mars pour débattre de la rentabilité http://www.harveymead.org/2013/03/21/avenir-du-secteur-forestier/http://www.harveymead.org/2013/03/21/avenir-du-secteur-forestier/des investissements sylvicoles. Dans un contexte de grande préoccupation pour l’avenir de l’industrie, autant au niveau de la foresterie elle-même que de celui des scieries et des usines de pâtes et papiers, plusieurs interventions ont été faites pour fournir un portrait de la situation en forêt privée.  Une intervention en après-midi a précédé la mienneDiapositive01portant sur des travaux de planification sylvicole dans la Mauricie, en forêt publique, elle a insisté sur « l’indicateur économique » comme la référence clé pour la réflexion. En effet, le principal thème de la journée a été la primauté de la valeur sur le volume.

Mon intervention cherchait à souligner un contexte économique qui ne semble pas souvent pris en compte, défini par la « boîte noire » du MRN. Elle portait sur la redevance recherchée par l’État pour l’accès à la ressource publique que constitue la forêt en vue de son exploitation; un court résume en fournit les principaux éléments. Les données suggèrent que cette ressource est donnée par le MRN, fournissant à peine des revenus suffisants pour couvrir les coûts du programme de traitements sylvicoles dont l’objectif est d’assurer la pérennité de la forêt, en principe renouvelable. Clé dans le portrait, les coûts du transport dans la forêt publique représentent entre 40% et 70% de l’ensemble des coûts, en fonction d’une distance à la scierie de 164 kilomètres en moyenne, contre 51 dans la forêt privée. Comme dans tous les secteurs de développement, la hausse plus que prévisible du prix du pétrole dans les prochaines années est difficile à concilier avec le maintien du système d’exploitation commerciale en place, devant l’importance des coûts du transports dans le portrait.

Il s’agit, finalement, d’une présentation du travail sur le chapitre 2 du livre sur l’IPV.

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Développement durable: trop tard

Le comité du Québec du Groupe interministériel sur le développement durable du gouvernement fédéral a tenu son atelier biennal le 19 mars dernier à Montréal. Formé en 1995 et composé de cadres, surtout du secteur de l’environnement des différents ministères, le groupe a proposé comme thème « Le développement durable en période de transformation ». Diapositive1La présentation du Commissaire à l’environnement et au développement durable (CEDD), qui quitte son poste à la fin de mars, a permis de réfléchir sur le peu de progrès en la matière depuis la création du poste il y a 17 ans, tout en signalant la façon dont le gouvernement fédéral a réussi à placer l’ensemble de cet engagement sous la responsabilité d’une «agence non centrale», le ministère de l’Environnement. Il est désolant est de voir que le gouvernement provincial a suivi ce modèle, mettant la responsabilité pour la mise en oeuvre globale de la Loi sur le développement durable, sous la responsabilité de son agence non centrale, le ministère de l’Environnement.

Comme au fédéral, le Commissaire provincial relève du Vérificateur général, sous le nom de Commissaire au développement durable. Il faut noter que le CEDD par intérim Ron Thompson a signalé dans deux rapports, en 2007 et 2008, le peu d’écoute de la part du gouvernement fédéral des rapports précédents s’étalant sur 10 ans. Rien ne suggère que cette situation a changé pendant les cinq dernières années. Le Groupe fédéral, de par sa composition, souligne le détournement de l’attention des défis du développement lui-même en cherchant à résumer cela sous la rubrique de l’environnement – le nom même du CEDD souligne la confusion, prétendant distinguer l’environnement du développement (durable ou non).

J’ai déjà souligné dans un article récent les faiblesses qu’il faut noter face aux rapports des vérificateurs généraux (dont ceux des commissaires), faiblesses auxquelles je reviens régulièrement dans ce blogue. Dans ma présentation à l’atelier, je propose que le concept même de « développement durable » appartient désormais au passé, les quelque trois décennies pendant lesquelles nous avons essayé de promouvoir une intégration des enjeux sociaux, économiques et environnementaux ayant, finalement, abouti à un constat d’échec.

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Deuxième moitié de l’ère des métaux?

Au Forum sur les redevances minières tenu le 15 mars aux HEC, il était intéressant de voir se dérouler un débat assez vif mais manquant vraiment de contexte. La vérification de l’activité minière du coté gouvernemental que j’ai faite en 2008 comme Commissaire nous a fait découvrir que ni le MRN ni le ministère des Finances ne se posait la question pour laquelle nous cherchions une réponse : De quelle façon le développement minier s’insère-t-il dans la recherche du bien commun de la société? Dominic Champagne est intervenu pour poser la même question lors du Forum, et c’était encore difficile de voir un portrait global raisonnable se dessiner en réponse.DSC07580

Finalement, le Forum était un exercice qui rappellait celui de 2008, mais dont ce petit rapport de vérification arrive à un constat plus général. Tous les intervenants de l’industrie soulignaient que le secteur connaît globalement aujourd’hui (i) des hausses de coûts, (ii) des baisses de teneur dans les gisements, (iii) un accès de plus en plus difficile à ces gisements et (iv) des hausses de prix. Ce sont justement ces caractéristiques qui définissent, dans le secteur énergétique, les combustibles non conventionnels qui dominent le portrait désormais. Ces ressources marquent ce que l’on appelle « la deuxième moitié de l’ère du pétrole », qui nous met devant des défis énormes. (suite…)

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Dérives énergétiques

Encore Découverte, qui présentait le 3 mars un reportage sur les gisements de pétrole de schiste au Québec. Pendant quatre minutes Charles Tisseyre fait un plaidoyer pour l’exploitation de cette ressource. Il serait difficile pour quiconque, dit-il, de renoncer à la fortune qu’offrent les gisements; ceux qui voudront protéger l’Île d’Anticosti « devront avoir de bons arguments », comme si le défi des changements climatiques appartenait à un autre discours. Il termine en moins d’une minute pour souligner sur un ton dramatique: que l’économie mondiale carbure sur les combustibles fossiles et c’est comme si l’humanité n’a rien fait pour encadrer cette économie face au désastre appréhendé.

Tisseyre se joint ainsi à un discours largement répandu qui voit les réserves des combustibles non conventionnels comme une sorte d’El dorado inespéré. Le discours est terriblement incomplet et finalement trompeur. J. David Hughes a récemment publié un rapport sur ces combustibles qui mérite lecture par quiconque cherche à comprendre le discours et ses défaillances. Hughes graphique 2 partieCe n’est même pas l’absence de prise en compte des changements climatiques qui importe ici. Les combustibles non conventionnels le sont parce qu’ils définissent en quelque sorte la deuxième moitié de l’ère du pétrole, dans laquelle nous nous trouvons. Ils arrivent sur la scène aujourd’hui parce que leur exploitation, et les technologies (dont la fracturation hydraulique, ou «fracking») qui la rendent possible, coûtent très cher, sont très énergivores et nécessitent un prix élevé du pétrole. Les gisements aux États-Unis atteindront leur pic vers 2017 et un effondrement vers 2019; comme dit Hughes, il s’agit d’une bulle d’une durée d’environ 10 ans, et ne suggère rien pour le long terme. Il ne s’agit pas d’une production semblable à celle de l’Arabie Saoudite, où les gisements produisaient sans de coûteuses interventions annuelles. Simplement pour maintenir la production de gaz et de pétrole de schiste aux États-Unis à leur niveau actuel, il faut forer annuellement environ 8600 puits chaque année, à un coût de $48 milliards, surtout dans les deux principaux gisements, dont le Bakken.

En contrepartie, les projections de l’Energy Information Administration (EIA) des États-Unis découlent de perspectives économiques qu’elle juge incontournables et de la demande pour l’énergie qui en découle. Le graphique de Hughes reproduit ici illustre la grossière incohérence entre de telles projections et la réalité. En dépit de l’arrivée du pic de pétrole (conventionnel), ces projections pour la consommation mondiale d’énergie prévoient une augmentation de 44% de celle-ci entre 2011 et 2035, période pendant laquelle la population augmentera de 23% et la consommation par personne de 14%. Pour soutenir cette croissance, il faudra l’équivalent de 71% de tous les combustibles fossiles consommés entre 1850 et 2011 – dans 24 ans… Les « réserves » non conventionnelles paraissent énormes, mais seule une petite fraction de celles-ci sera récupérable. Découverte suggère que seulement 5% du pétrole de schiste d’Anticosti pourra être éventuellement exploité, indication générale pour l’ensemble de ces réserves.

(suite…)

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