La COP21 – et l’après…

Les articles récents produits pour ce blogue et ciblant les enjeux pour la COP21 ont été plutôt longs, plutôt compliqués, plutôt rébarbatifs pour certains lecteurs. À  l’arrivée de l’événement, j’ai saisi l’occasion de produire une version synthèse de mes réflexions, et de mes conclusions.

Tout d’abord, commercemonde.com, piloté par Daniel Allard, m’a offert une tribune pour un texte éditorial. Je me suis permis de centrer l’article sur une intervention du groupe financier Mercer, qui préparait déjà ses conseils pour les investisseurs en fonction de quatre scénarios, dont trois présumait l’échec de la COP21; Mercer soulignait que les engagements de la Chine dans l’entente «historique» de décembre 2014 comportaient une hausse de la température de 3°C… J’intitulais le texte «COP21 : un échec annoncé».

J’ai décidé par la suite d’adapter le réflexion pour un texte à soumettre aux journaux. Le Soleil a retenu le texte, et l’a publié le 2 décembre. Je l’intitulait «L’échec de la COP21 : le scénario du réel», ce que Le Soleil a modifié pour «Se préparer pour l’échec de la COP21».

US Energy Information Administration: projections jusqu'en 2035

Les suites

Voilà donc une lecture moins fastidieuse que celle des récents articles. Clé de l’analyse que je propose: un budget carbone calculé par le GIÉC et un travail d’allocation de ce budget par des chercheurs québécois. La conclusion me paraît incontournable..

Issue prévisible, presque inévitable, même si c’est sûr qu’il y aura une entente quelconque à la sortie de la COP21 : les pays riches vont décider de courir le risque de continuer à mitiger les impacts de leur développement économique en espérant que les pays pauvres seront forcés de rester dans leur situation de pauvreté relative. C’est ce qui marque nos relations depuis près d’un siècle (ou plus) et il y a peut-être de l’espoir à leurs yeux que le développement économique de la Chine et de l’Inde, pour ne mentionner que ces deux pays qui hébergent presque la moitié de l’humanité, s’effondrera. Sinon, les pays riches vont accompagner les pays pauvres dans l’effondrement.

Les conséquences de l’échec à Paris, les implications de cette conclusion, me paraissent également incontournables. J’ai eu l’occasion de les esquisser en répondant à une question d’un journaliste: «Est-il possible, comme le souhaite Mme Figueres, même si COP 21 n’atteint pas la cible, qu’on arrive au but lors des rencontres subséquentes, dans les années à venir?». La réponse:

Cela fait deux ans, à peu près, que les responsables français et des Nations Unies travaillent vigoureusement et bien pour que la COP21 réussisse; le rapport du GIÉC est sorti septembre 2013 et début 2014. Le calcul du budget carbone – admettons qu’il puisse être approximatif, comportant toutes sortes d’hypothèses, tout comme le travail du GIÉC en général – représente la balise de base, et non pas la date de la COP21.
Sauf que le budget carbone est contraignant dès sa conception, comme le montre l’article de Gignac et Matthews, et comme l’a souligné Figueres en admettant, à ma surprise, qu’ils n’ont pas réussi à atteindre la cible pour Paris en dépit de tous leurs efforts, et en dépit de l’urgence que les personnes qui connaissent le dossier reconnaissent. L’urgence vient du fait que les émissions sont toujours en croissance, et plus on tarde à les contrôler, plus le contrôle est difficile parce que plus le budget est diminué.
Le problème de base est qu’il n’y a presque personne qui veut reconnaître que nos économies dépendent presque absolument du pétrole et du charbon et du gaz pour fonctionner. La référence au court texte de Gaël Giraud aide à voir l’importance de ceci, même si on doit admettre qu’il critique la position de la grande majorité d’économistes (qui méritent d’être critiqués!); je prends l’échec des travaux de Jeffrey Sachs et du DDPP comme indication que Giraud a raison. L’argument à l’effet que les énergies renouvelables ne peuvent remplacer l’énergie fossile est peut-être plus compliqué, mais presque pas reconnu. La photovoltaïque fournit un rendement pas beaucoup plus élevé que les sables bitumineux, et dans les deux cas, le rendement est beaucoup trop bas pour maintenir les activités de nos sociétés comme l’énergie fossile le fait.
Plus nous tardons, plus l’impossibilité de maintenir notre activité économique deviendra évidente, je crois, et plus difficile il sera d’organiser la transition qui s’impose. Voilà à mon avis pourquoi l’échec de Paris représente un vrai échec et que l’idée de poursuivre les travaux comme avant représente une illusion.
Confronter l’échec: travailler pour une réduction de notre consommation d’énergie de moitié?
Presque la seule coupure que je vois dans la parution au Soleil est cette phrase:

Les manifs, les marches, les intenses efforts de sensibilisation auprès des populations menés depuis plusieurs années par une multitude d’organismes de la société civile, avec 350.org à la tête, ne tiennent tout simplement pas compte de cette contrainte [du budget carbone].

J’avais circulé un lien au récent texte de Gaël Giraud fourni par Thérèse Lavoie dans un commentaire sur l’article sur Dépossession, qui se penche sur la relation entre la croissance économique et l’utilisation de l’énergie, «l’élasticité» de la relation. Pour les économistes, cette élasticité est d’environ 10%, rien pour nous préoccuper; Giraud montre que c’est plutôt de l’ordre de 60%; il n’y aura pas de croissance virtuelle. Notre dépendance est ainsi soulignée, et il ne reste d’espoir pour les promoteurs de l’économie verte que la capacité des énergies renouvelables de remplacer l’énergie fossile – entendons-nous, à presque 100% – et cela à court terme, cela à l’échelle planétaire.
Il me semble raisonnable de présumer que l’ensemble de l’humanité ne réussira pas à se sevrer de l’énergie fossile à temps et que des perturbations importantes se profilent à l’horizon comme conséquence. Le Québec se trouve quand même dans une situation extrêmement favorable face à cette situation: pour le moment, nous avons des surplus d’électricité, et pour les moyen et le long termes, nous avons dans le réseau hydroélectrique un approvisionnement stable et fiable. L’alternative à l’espoir dans les énergies renouvelables semble s’imposer: commencer rapidement à planifier une diminution radicale de notre consommation d’énergie, ciblant environ la moitié en termes absolus = notre électricité. Il ne semble même pas nécessaire que cela comporte une transformation défavorable de la société…
On se souhaite bonne chance…
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