Discours d’adieu d’Obama – et des larmes

Il n’était pas évident comment Obama allait aborder dans ce discours la fin de son règne à la tête des États-Unis. Il était possible qu’il soit partisan et qu’il mette en évidence toute la série de menaces à la démocracie que constitue l’élection de Donald Trump. Il était possible aussi qu’il fasse (tout simplement) le bilan de ses huit années au pouvoir, dont le début était marqué par la Grande Récession occasionnée, serait-il raisonnable de suggérer, en simplifiant, par la déréglementation de ses prédécesseurs.

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Photo Brendan Smialowski, Agence France- Presse

Finalement, il a choisi plutôt de maintenir le discours qui marque sa présence sur la scène politique depuis des années, qui semble communiquer sa vision des choses. Après le bref rappel de ce qu’il a réussi à faire, assez impressionnant, il a prononcé un discours à l’image de ceux qui ont perdu l’élection présidentielle de 2016 : mise de l’avant de l’importance des institutions démocratiques du pays; appel à un engagement personnel des citoyennes; énoncé de quelques principes, de quelques politiques, qui riment avec la vertu aux yeux de beaucoup d’Americains, dont la nécessité de combattre les changements climatiques et celle d’ouvrir les bras aux immigrants. Il est même retourné à sa campagne de 2008 et son thème, ‘’Yes, we can’’ pour insister sur l’optimisme qui s’impose selon lui devant les défis auxquels le pays est confronté.

On ne pouvait pas s’attendre à ce qu’il le dise explicitement, et il n’y avait aucune reconnaissance d’une opposiiton républicaine, à fondement raciste, qui a mis en morceaux tous ses efforts de faire avancer certaines causes justes et honnêtes, certains programmes clairement inspirés par la recherche du bien commun. Ni reconnaissance des intentions de l’Administration Trump et des républicains de défaire ce qu’il a pu réussir, dont l’Obamacare, programme cherchant à fournir une assurance santé à l’ensemble des citoyennes du pays mais transformé dès le début en une initiative fournissant de lucratifs marchés pour le secteur privé de la santé et limitant la portée du programme à peut-être la moitié des citoyennes qui manquaient une assurance santé.

En fait, il n’y avait aucun rappel – ce n’était jamais explicite – de son effort prioritaire, et au coût de réticences sur de possibles interventions massives, de réduire substantiellement la partisanerie dans le Congrès et atteindre un fonctionnement digne d’antan. Les démocrates avaient pendant deux ans le contrôle des deux chambres du Congrès et il semblait bien qu’ils auraient pu agir autrement, comme les républicains se préparent à faire dans les prochaines années. Même l’Obamacare en a souffert. Aujourd’hui, la partisanerie au Congrès est probablement pire qu’un 2008…

Apprentissage des pertes dans les élections de 2016?

Frappant, Obama n’a pas donné la moindre indication qu’il saississait les fondements de la défaite électorale des démocrates en 2016. Son insistance sur l’optimisme, sur l’importance des valeurs des gestes citoyens et des institutions démocratiques en général reprenait les thèmes de la campagne, et manquait de cibler les dizaines de millions d’Américains qui ne partagent pas son optimisme, qui ne voient pas les bénéfices de leur démocracie en action pour eux, qui savent sans le reconnaître qu’elle est devenue une ploutocracie tout en votant pour un ploutocrate tellement leur déception est grande, tellement ils semblent pessimistes et à la recherche d’un nouveau système.

Même la couverture du discours, pour ce que j’en ai vue, restait dans les généralités, à un point tel qu’elle rappelait la critique de Trump les médias comme partie d’un ensemble d’institutions des élites, même si ces médias sont eux-mêmes propriétés en grande partie de quelques ploutocrates. L’espèce d’aveuglement professionnel qui les marque se manifestait dans les jours précédant le discours dans la couverture de l’intervention de Meryl Streep. Reprenant la rengaine contre le sexisme (évident) de Trump, ce dernier a répliqué sur Twitter pour souligner son peu de reconnaissance de cette autre composante des élites, les vedettes (comme lui dans The Apprentice…) des milieux des communications et du divertissement, dont ceux de Hollywood. L’expérience de la dernière année semble nous avoir démontré que Trump voit juste dans son rejet des élites et dans son appel à un électorat en partie raciste, mais en partie aussi tout simplement composé de citoyennes écœurées du système dysfonctionnel qui laisse tant d’inégalités dans son sillage.

Finalement, l’arrivée sur la scène de Trump et de ses électeurs nous met devant une situation plutôt désolante, fournissant peut-on croire une sorte d’avant-goût des tensions sociales qui viendront – qui viennent – avec l’effondrement d’un système fondé sur le modèle économique néoclassique qui a atteint ses limites face aux limites des sociétés vivant dans le vrai monde. Il y a amplement de raison de croire que Trump réussira ses visées racistes en ce qui touche les questions de l’immigration, du «law and order», qu’il réussira ses visées tout simplement conservatrices en matière de santé, de fiscalité. d’environnement et de déréglementation.

Il y a autant de raisons de croire que Trump ne réussira pas ses visées en matière économique, l’objectif du «Make America Great Again» de sa campagne et le vœu profond d’une importante partie des gens qui l’ont élu. Comme Obama a souligné au début de son discours (pour ne pas y revenir), il était pris avec l’énorme déconfiture de la Grande Récession héritée des républicains dès son entrée en fonction, et il peut prétendre avoir évité le désastre pendant sa période en fonction. Le vote du 8 novembre, tout comme de nombreuses données disponibles mais peu suvies par les médias, suggèrent fortement que ce n’est qu’une apparence. Obama a laissé tombé une larme en parlant de son épouse Michelle, et c’était émouvant, mais il aurait pu tout au long de son discours laisser tomber d’autres larmes en reconnaissance de la situation à laquelle nous sommes confrontés. Autant il ne pouvait se permettre de telles larmes et un tel discours (dans la mesure où on peut croire qu’il voit clair dans son analyse de la situation économique de son pays), autant de trop nombreuses personnes et de groupes ne semblent pas pouvoir se permettre de laisser tomber des larmes, sur l’échec de la COP21, sur les inégalités qui ne disparaissent pas, sur l’embourbement de nos sociétés dans l’ère fossile qu’elles ne savent pas comment laisser derrière, qui ne veulent pas laisser derrière.

Et l’année 2017?

Petite note de la fin: Gail Tverberg a sorti un article sur son blogue le 10 janvier, intitulé «2017: The Year When the World Economy Starts Coming Apart» (sans point d’interrogation). Elle s’y aventure dans des projections pour l’année qui vient. Cela l’oblige de rester un peu dans le général, mais l’ensemble de l’article constitue une intéressante mise à jour de plusieurs de ses autres articles, avec de nombreux graphiques qui parlent. Fonds de la situation, le secteur de l’énergie risque de dominer le portrait. Tverberg elle-même en semble déboussolée…

 

 

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  1. Discours d’adieu d’Obama – et des larmes – Enjeux énergies et environnement - […] Publié par Harvey Mead le 11 Jan 2017 dans Blogue | Aucun commentaire […]

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