Les enjeux environnementaux, une sorte de bac de rebuts des célébrations de fin d’année

Je ne planifiais pas un article pour la fin de l’année, mais une série de reportages vient de m’inspirer à résumer certains propos maintenus depuis longtemps et qui rentrent dans l’analyse de l’actualité.

Je viens de terminer le pré-enregistrement d’une entrevue pour Midi Info de Radio-Canada qui sera diffusée le 26 décembre prochain (12h45). L’entrevue a débuté avec une question sur l’événement de l’année en environnement. Ma réponse: l’élection de la CAQ.

On met les vieux partis dehors

En effet, en dépit de nombreux avertissements indiquant que nous sommes dans une situation de crise et face à des défis majeurs en matière d’environnement, surtout les changements climatiques, le public a élu un gouvernement, majoritaire, qui n’a presque pas mentionné ces crises et qui n’a nulle part au sein de sa délégation quelques députées capables de les comprendre.

Dans un pays riche comme le Canada, neuf des dix déciles (ou quatre des cinq quintiles) ont vu réduite (voir les signes négatifs) leur part de la valeur nette – la « richesse » – découlant de la croissance pour la période de 1984 à 2012.

Dans un pays riche comme le Canada, neuf des dix déciles (ou quatre des cinq quintiles) ont vu réduite (voir les signes négatifs) leur part de la valeur nette – la « richesse » – découlant de la croissance pour la période de 1984 à 2012.

Sans nécessairement faire la comparaison entre les dirigeants en cause, le Québec vient de se joindre à l’Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Saskatchewan et, le printemps prochain, à l’Alberta, en décidant de ne pas reconnaître les avertissements. En regardant ailleurs qu’au pays, il semble rejoindre les États-Unis de Trump, la France des gilets jaunes et le Brésil de Bolsonaro, cela avec peut-être un million de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, qu’elles travaillent (au salaire minimum) ou non.

Un élément dans le portrait global semble être une volonté de mettre hors jeu les vieux partis qui, au fil des décennies, ont laissé se développer une situation perçue comme inacceptable. Les populations de ces pays ne pensent même pas au GIÉC, ne voient pas clairement ce qui est nécessaire, voire la situation elle-même en termes de ses éléments fondamentaux, mais elles semblent reconnaître la nécessité de changement.

Et les scientifiques?

C’est la même chose pour la plupart des interventions qui se veulent scientifiques, comme celles proposées par les scientifiques venant en soutien au Pacte sur la transition (sans signataires, curieusement) de Dominic Champagne. C’est encore une autre version de la volonté de maintenir notre développement économique en ciblant en vase clos des possibilités pour le Québec et en prônant la défunte «industrialisation verte».

Seul commentaire sur l’automobile dans les propos: l’abandon progressif des véhicules gros consommateurs d’essence. C’est dans les perspectives possibles pour le gouvernement de la CAQ, à qui ils s’adressent, mais complètement en dehors de toute résolution adéquate des crises. Le troisième lien, priorité de la CAQ, consacre la vision d’une société qui continue à rouler comme elle fait depuis plus d’un demi-siècle, mais est conçu, comme l’intervention des scientifiques pour le Pacte, en faisant totalement abstraction d’une situation planétaire où l’humanité, et non seulement l’atmosphère, arrive à des limites pour son avenir. Contre toutes les apparences, il y a lieu de croire qu’un élément clé dans toute transition susceptible de nous donner un peu de contrôle sur notre avenir est la quasi-disparition de la flotte de véhicules privés, cela à assez court terme.

J’ai réalisé par ailleurs que j’aurais voulu compléter l’entrevue de Midi Info avec quelques ajouts que le temps n’a pas permis d’y insérer. Je reste toujours fasciné par le calcul fait par Normand Mousseau, scientifique de haut calibre et qui se consacre aux enjeux énergétiques depuis peut-être quinze ans, en préparation pour les consultations de la Commission sur les enjeux énergétiques qu’il a co-présidé en 2012-2013. Il a résumé une partie de ce qui serait nécessaire dans un graphique que j’ai déjà utilisé et que voici.

Gérer les émissions comporte un changement de société

Gérer les émissions comporte un changement de société. Ici, le calcul est pour une réduction de 25% en 2020, objectif du gouvernement Marois. Réduit à -20% par le gouvernement Couillard (environ -25% pour 2030, selon la Politique énergétique…), nous nous éloignons même de cet objectif, et le nouveau gouvernent Legault aura du pain sur la planche pour essayer de viser d’objectifs encore plus sérieux.

Pour atteindre une réduction des émissions de GES de 25% pour 2020 – l’objectif du gouvernement Marois – il aurait fallu, entre autres choses, retirer de la route presque la moitié de la flotte de véhicules, ou les convertir à l’électricité. En jetant un coup d’œil à la Politique énergétique de 2015, je note que l’objectif est de 100 000 véhicules électriques ou hybrides (je présume rechargeables) et de 1 million de tels véhicules pour 2030. Cela est dans un contexte où la flotte québécoise en 2030 est projetée à inclure – une augmentation – 5 millions de véhicules à essence, alors que le plan d’action cible, en plus des acquis d’environ 8,5%, des réductions additionnelles de 18%. En effet, la Politique ne parle presque pas des GES, mais plutôt de l’énergie comme facteur de croissance (comme elle le sera dans le rapport final).

Et les ressources renouvelables en général

Il y a quelques jours, il y avait, à l’émission Midi Info, les réflexions des deux responsables de Grand Angle sur la décision du gouvernement fédéral d’aider les entreprises en Alberta frappées par le bas prix du pétrole dans un contexte d’une assez profonde récession dans la province. Dans mon livre L’indice de progrès véritable: Quand l’économie dépasse l’écologie, j’ai consacré une longue section sur l’importance, lors de l’exploitation de ressources non renouvelables, de ne pas allouer les revenus qui en découlent au compte courant; il s’agit de revenus qui par définition ne pourra pas être considérés comme permanents. Il faut consacrer ces revenus à la mise en place d’infrastructures sociales et économiques permettant de poursuivre le développement après l’épuisement des réserves en cause.

La baisse du prix du pétrole depuis 2014 n’est peut-être pas permanent, mais l’exploitation des sables bitumineux – comme celle du gaz et du pétrole de schiste qui créé actuellement un surplus de production en Amérique du Nord – ou un arrêt temporaire de cette exploitation, ne devrait pas en principe rentrer dans des problèmes budgétaires. L’Alberta – et le Canada – se trouvent, finalement, au sein d’un groupe de producteurs comme la Venezuela, le Brésil, la Russie, voire l’Arabie Saoudite qui se sont rendus dépendants de revenus d’une exploitation de ressources non renouvelables et épuisables. Rentrant dans le jeu, en concordance avec sa décision d’acheter le pipeline TransMountain, le gouvernement Trudeau annonçait une aide temporaire et n’ayant rien à voir avec des infrastructures.

Il est intéressant néanmoins de souligner comment on peut interpréter ces gestes du gouvernement Trudeau. Pendant l’ère Harper, la croissance du PIB du Canada, objectif ultime de tout gouvernement adhérant au modèle économique néoclassique, était presque totalement dépendante de la croissance du PIB des trois provinces productrices de pétrole: l’Alberta, le Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador.

PIB taux de croissance 3 provinces et Canada

Croissance du PIB dans les trois provinces productrices d’énergie fossile durant l’ère Harper. Le bas niveau, comparativement, de la croissance de l’ensemble du pays doit être noté.

Le bas niveau du PIB des autres provinces est remarquable, par comparaison. Sans les trois provinces productrices, le Canada aurait été possiblement dans une récession que Tim Morgan appelle permanente.

PIB Can et 10 provinces

Croissance du PIB dans l’ensemble des provinces durant l’ère Harper. Le bas niveau de croissance dans les provinces non productrices de pétrole doit être noté.

Depuis 2014, ces provinces sont en récession, mais rien ne change dans les autres, et voilà ce qui semblerait être la préoccupation du gouvernement Trudeau: nous rentrons dans la récession permanente (à moins de soubresauts dans le prix du pétrole qui ne seront pas, par contre, permanents). Les analystes de Midi Info, de grande qualité, semblaient incapables de saisir la situation et abondaient dans le sens des décisions de Trudeau. Le mythe de la croissance et du modèle économique semble toujours en santé.

Comment faire du ministère de l’Environnement un bac à recyclage

Il y avait des reportages récemment sur (i) un bilan de la mise en œuvre de la Loi sur le développement durable (LDD) et (ii) une analyse du travail effectué par le biais du Plan vert. Je ne trouve pas le bilan de la LDD avec une recherche en ligne, mais le reportage ne faisait que décrire ce qui se passe depuis son adoption en 2006. À ce moment-là (je me répète, comme ailleurs dans cet article), les législateurs ont conçu un document qui visait l’ensemble des ministères et organismes du gouvernement et qui pouvait justement être associé au développement de la société. Pour en assurer sa (non)mise en œuvre, ils ont donné mandat au petit ministère de l’Environnement plutôt qu’au Conseil exécutif, le ministère du Premier ministre. C’était une façon de s’assurer que la Loi ne causerait pas trop de problèmes, ce ministère de l’Environnement n’ayant presque aucune autorité face aux autres ministères, et surtout face à ceux à «vocation économique».

La LDD exige la préparation, sur une base environ quinquennale, d’une «Stratégie de développement durable» pour la province. Suivant la même volonté de ne pas trop se faire déranger par une telle Stratégie, le Comité interminintériel de développement durable (que j’ai créé en 1990-1991 et que j’ai rencontré comme Commissaire en 2007-2008) a pondu une première Stratégie en 2008 qui ne respectait aucune des règles de la planification stratégique imposée aux ministères et organismes; il ne s’y trouvait ni objecifs chiffrés ni échéanciers ni critères d’évaluation, ce qui en rendait l’évaluation futile. L’opération s’est répétée, et en 2018 nous découvrons sans surprise qu’il est impossible d’évaluer la LDD (et les stratégies qui constituent sa mise en œuvre principale).

Et voilà, nous apprenons suite au dépôt d’un bilan par un comité à mëme le Plan vert que ce Plan a été géré «n’importe comment», selon le mot du Premier ministre. En effet, il n’est aucunement nécessaire d’être bien ferré en environnement pour voir qu’encore ici la gestion a été bâclée, les milliards en cause et à venir étant bien trop tentants pour la mise en oeuvre des «vraies choses» que de  les voir appliqués à des gestes visant à gérer les crises qui sévissent (selon les reportages).

Cette mauvaise gestion, cette volonté de rendre les interventions en environnement inopérantes, remontent loin et proviennent presque directement de l’effort d’assurer le développement économique (dans ses termes néoclassiques) qui est omniprésent dans les officines gouvernementales à tous les niveaux et pour lequel l’environnement représente presque toujours un frein. Il était presque décourageant dans ce contexte de voir l’article publié dans Le Devoir par des amis dans ce domaine – leur bilan de fin d’année, en octobre – faisant la promotion d’un budget plus important pour ce ministère et pour une grande consultation (une autre) sur ce qui devrait être notre véritable développement.

Notre cadeau des Fêtes

Notre modèle économique et ceux et celles qui cherchent à en faire la promotion sont incorrigibles dans leurs capacités à empirer en même temps les crises qui en découlent depuis des décennies, venues aujourd’hui à leur paroxysme. L’élection de la CAQ était à cet égard une sorte de botté de dégagement…

 

MISE À JOUR du 30 décembre

Le jour même de la publication de cet article un groupe de membres du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et des enjeux énergétiques au Québec intervenaient face à des propositions du nouveau gouvernement Legault. L’article est intéressant – et les signataires sérieux – en insistant sur la nécessaire restructuration de notre propre secteur énergétique – «la mise en œuvre immédiate d’une véritable transition énergétique cohérente, efficace et équitable au Québec» – plutôt que la promotion d’exportations dans le cadre du modèle de croissance. L’article, par contre, cible l’éolien en soulignant l’importance de cette source d’énergie pour «répondre aux nouveaux besoins d’approvisionnement énergétique», se situant ainsi dans la perspective de la volonté de maintenir notre société actuelle, plutôt que de s’attaquer aux fondements d’une nouvelle société tenant compte de l’ensemble de la problématique planétaire et du dépassement par l’ensemble des sociétés riches de la capacité de support de la planète, tous les aspects de consommation confondus.

Le lendemain, le 22 décembre, encore dans Le Devoir mais également dans Le Soleil et dans LaPresse+, deux intervenants très sérieux proposent une nouvelle loi sur le climat. Les auteurs cherchent par cette loi une façon d’avoir en place des mesures pour assurer «le respect des engagements du Québec en matière de réduction de nos émissions de GES». Ils ne s’occupent pas du réalisme de leur proposition face à un gouvernement n’ayant aucune expérience expertise environnementale pour en voir la pertinence; plus important, ils visent le respect des engagements du Québec en la matière. Un peu comme les efforts de mettre en œuvre les engagements de l’Accord de Paris à la COP24, alors que ces engagements sont remarquables par leur faiblesse (et où les engagements canadiens restent toujours ceux du gouvernement Harper, remarquablement insuffisants), ils ont peut-être le réalisme de ne pas chercher à imposer des engagements qui seraient à la hauteur des crises. Même avec la loi, le (les) gouvernement(s) auraient le loisir de passer à coté des exigences du GIÉC avec facilité. Les auteurs proposent, finalement, à l’instar de l’obligation pour tous les ministères et organismes de démontrer l’intérêt économique de tout projet avancé, que tout projet gouvernemental soit compatible avec les cibles de réductions. Cela même si tout nous porte à croire que de telles cibles vont être en contradiction avec les exigences économiques du même gouvernement. Finalement, ils proposent de nouvelles responsabilités au ministère de l’Environnement et que le bureau du Commissaire au développement durable aie un «bureau permanent de surveillance climatique». L’urgence climatique est tellement à leur ordre du jour qu’ils ne voient tout simplement pas que le défi de base en est un de développement économique, les émissions de GES et les crises climatiques étant fonction direct de ce développement à base d’énergie fossile (et inimaginable avec des énergies renouvelables en quantité équivalente).

Disons que j’avais de toutes autres perspectives pour la société civile dans l’Annexe de mon livre… Un troisième article, paru le 27 décembre dans Le Devoir, aborde directement les enjeux et le fait en mettant un accent sur mon livre, en reconnaissant entre autres choses les travaux de Halte à la croissance et l’imminence de l’urgence… Je ne vois toujours pas cela au sein de notre société civile; l’auteur de cet article s’identifie comme chercheur scientifique, et non un militant… L’article termine en prenant les termes de mon article paru dans LaPresse+ et cela est même devenu le titre de l’article: «Imaginer l’inimaginable» (mon article : «La paralysie de la société s’explique par l’inimaginable»).

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6 Commentaires

  1. Noémi B.Civil

    Merci Mr Mead.
    J’ai 34 ans et j’aurais voulu qu’on m’enseigne ce que j’apprends dans votre ouvrage « Trop tard : La fin d’un monde et le début d’un nouveau » bien plus tôt dans ma vie.
    Je me désole qu’une vérité si simple à comprendre (grâce à votre efficace synthèse) nous soit cachée, qu’on nous embrouille volontairement pour que le 1% nous ancre dans ce système socio-économique désuet qui leur est profitable.

    Merci : mon intuition anti-capitaliste et prônant la décroissance est maintenant scientifiquement justifiée et ça fait franchement du bien.

  2. Claude Coulombe

    Cher Monsieur Mead,

    Après la lecture de votre livre «Trop tard – La fin d’un monde et le début d’un nouveau», j’ai beaucoup réfléchi. Permettez moi quelques commentaires.

    D’abord, j’aimerais saluer votre courage d’appeler les gens à la raison dans un monde dominé par la croyance quasi religieuse, puisque non fondée sur les faits, en un modèle économique de croissance illimitée que vous appelez «économie néoclassique», je préfére le terme «économie de croissance».

    J’ai été étonné de découvrir un discours essentiellement économique alors que je m’attendais davantage d’un pionnier du mouvement écologique comme vous à un plaidoyer visant la préservation de la Nature et des merveilles que nous connaissions ou du moins ce qui en reste. Comme vous le dites, la Nature nous survivra. En effet, la vie est robuste, mais une grande partie des formes de vie et la biodiversité actuelle sont condamnées par la sixième (ou la septième) grande extinction causée par l’Homme qui est en marche accélérée. Si j’ai bien compris, la Nature telle que nous la connaissions va de toute façon disparaître pour être remplacée par «autre chose». Nous devons nous concentrer sur l’avenir de l’Humanité.

    Il aurait été intéressant d’étoffer davantage vos arguments économiques à la lumière des résultats de l’économie biophysique et une démonstration de l’absurdité d’une croissance économique illimitée dans le style du physicien Tom Murphy de l’université de Californie à San Diego. J’adore ses arguments basés sur la thermodynamique. Ici, mon jupon d’ex-physicien dépasse un peu.

    Aussi, vous expliquez en partie l’apathie des populations, mais vous négligez de parler du problème de nos démocraties dont le fonctionnement favorise les décisions à court terme. Sans compter le rôle joué par les réseaux sociaux dans la désinformation du public.

    Pour comprendre le mur dans lequel nous fonçons, il suffit de réfléchir deux secondes à l’absurdité d’une croissance économique exponentielle dans un système fermé comme la planète Terre avec 7,6 milliards de bonhommes / bonnesfemmes à bord. Juste en biomasse, l’Humanité fait plus de 10 fois la masse de tous les gros animaux sauvages terrestres réunis. Cela fait beaucoup de monde à nourrir avec, en plus, 4 milliards de gros animaux d’élevage, on parle alors d’environ 35 fois la biomasse des gros animaux sauvages terrestres.

    Cela m’amène à un sujet tabou, que vous n’avez qu’effleuré, qui est la bombe démographique anticipée par Malthus. Il semble pourtant évident qu’au delà de notre modèle économique absurde, la crise environnementale est d’abord une crise démographique. L’élévation du niveau de vie en partie (car dans un premier temps, elle stimule la croissance démographique), mais surtout l’éducation et l’émancipation des femmes apparaissent les principales solutions douces à ce problème. La population mondiale devrait se stabiliser autour de 10 milliards de personnes vers 2050 pour diminuer ensuite par attrition (non renouvellement complet des générations). Mais avec l’effondrement, il semble bien que nous manquerons de temps.

    D’après le modèle du Club de Rome qui est la référence principale de votre livre, l’économie devrait s’effondrer quelque part autour de 2030, vous écrivez 2025, d’autres parlent de 2020, disons dans la fourchette 2020 à 2040. Comme vous l’écrivez, cet effondrement ne sera pas seulement causé par les changements climatiques mais principalement par l’épuisement généralisé des ressources et les inégalités économiques.

    Il est fort probable qu’à la suite d’un effondrement de l’économie, le chacun pour soi règlera lâchement le problème démographique. Vous l’évoquez un peu trop pudiquement à la page 263 de votre livre. Mais on parle de la plus grande catastrophe que l’humanité n’ait jamais connue, plusieurs milliards de morts, sans compter les risques de dérapage imprévisibles.

    Comme la Nature survivra fortement amochée, l’Humanité survivra probablement à un prévisible effondrement de l’économie de croissance car l’être humain est coriace. En bon humaniste, vous en appelez à un nouvel ordre économique basé sur le changement des valeurs, la frugalité, la coopération et le partage mais d’autres scénarios sont également possibles que vous évoquez à peine. Les grandes manoeuvres de Trump pour ériger un mur à la frontière mexicaine, ses investissements massifs dans la défense, et la construction de l’oléoduc Keystone XL annoncent la création de la forteresse «Canamerica».

    Vous écrivez beaucoup sur le Québec et vos positions sur l’agriculture, les forêts et les mines sont très intéressantes. Au niveau du transport, le secteur le plus important pour que le Québec réussisse sa transition énergétique, la proposition d’une flotte d’autocars et de taxis électriques à la grandeur du Québec apparaît une solution audacieuse et appropriée. À cela il faudrait ajouter des flottes de véhicules en partage (extension du modèle Communauto et Téo taxis) avec des véhicules conçus pour être facilement réparables, des composantes réutilisables et un cycle recyclage des piles et batteries.

    Pour ma part en bon scientifique, même si l’effondrement est un «monstre séduisant», je crois probable que la science nous réserve des surprises ce qui permettrait peut-être, je dis bien peut-être, à l’Humanité de gagner quelques décennies pour amorcer une transition plus douce et réussir le pari de l’économie verte dans une perspective d’un modèle économique durable (à croissance zéro). Il y aurait sans doute des crises importantes, mais pas nécessairement d’effondrement et ses milliards de morts.

    Premièrement des énergies renouvelables (solaires, éoliennes, hydrauliques, etc.) à prix concurrentiels. Ce qui est en bonne voie de se réaliser. Plus important, la maîtrise de la fusion thermonucléaire, qui contrairement à la fission nucléaire produit très peu de déchets de longue durée, m’apparaît la solution à long terme, disons à partir de 2050 (fourchette 2050 – 2070). Il faut comprendre qu’il n’y a pas d’impossibilité théorique à réaliser la fusion thermonucléaire mais que c’est un énorme problème d’ingénierie entre autres au niveau des matériaux et des mécanismes de récupération de l’énergie. Il y a aussi les réacteurs nucléaires à sels fondus qui s’arrêtent (sous-critiques) en cas d’incident. Ce n’est pas parce que la filière basée sur la fission avait des lacunes importantes, comme la nécessité de refroidir constamment le coeur du réacteur, que l’option nucléaire est à rejeter sans appel, du moins à court terme. Aussi, les technologies de captation et de stockage du carbone qui sont à leur balbutiements pourraient offrir des compléments de solution.

    Toute cette énergie ne devrait pas relancer le modèle de croissance économique et de surconsommation débridée mais servir à une transition moins brutale vers une économie en équilibre avec les ressources de notre planète Terre, un gouvernement mondial, une meilleure répartition des ressources et une démographie contrôlée. Espérons que certains rêves finiront par se réaliser…

    • Tout mon livre cherche à indiquer que nous n‘aurons pas le temps pour permettre à vos rêves d’une nouvelle abondance d’énergie de se réaliser. J’y présente par ailleurs des arguments contre le rêve d’une économie verte, sans croissance; le système ne fonctionne pas comme cela. D’accord sur l’importance de la croissance démographique, sur les énormes problèmes que nous occasionnera l’importante population qui s’est installée au fil des décennies et qui complique, et va compliquer, tous nos efforts de faire quelque chose.

  3. M. Coulombe,

    J’aime bien votre rêve. Sans rêve, on ne va nulle part. Mais je doute de la capacité de la technologie à réussir à maintenir l’utilisation débridée de l’énergie que l’humanité consomme en ce moment. Je doute de la volonté des nations opulentes pouvant les amener ne pas se crisper pour maintenir leur mode de vie énergivore. Elles risquent au contraire de s’y cramponner quitte à se doter de régimes autoritaires pour tenter d’y parvenir. Si la démographie est une contrainte, celle-ci est exacerbée par les inégalités: un Nord-Américain ayant une empreinte écologique d’au moins 10 fois plus élevée que celle d’un Africain. Alors que la calotte glaciaire en Arctique fond, les oligarques salivent en pensant aux énergies fossiles que ces nouveaux territoires ouverts à l’exploitation recèlent. L’élection d’un fou comme président du Brésil met sérieusement en péril la dernière grande forêt poumon de la planète, depuis que les forêts indonésiennes ont cédé la place aux plantations d’huile de palme. Je pourrais ainsi poursuivre cette litanie des mille plaies non pas d’Égypte, mais de notre civilisation. Aussi, il faudra rêver fort pour imaginer les solutions qui nous préserveront des pires désastres.

    • Claude COULOMBE

      Oui, le rêve nourrit l’espoir…

      • Ma question est toujours de savoir de quel espoir on parle. Je crois que beaucoup de monde dans mon entourage associe l’espoir avec le maintien de notre vie actuelle. Pour moi, l’espoir est associé à la possibilité que nous puissions agir sur le processus d’effondrement, le sujet des parties 2 et 3 de mon livre…

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