Interlude 2: Luc Ferrandez pose un geste

J’essayais de terminer un article sur la démission de Luc Ferrandez quand j’ai eu un rêve! Ce rêve ne venait pas de réflexions explicites cherchant à développer les grandes lignes d’une intervention suivant la pensée de mon livre, mais venait de toute évidence d’une réflexion inconsciente qui était ma façon de concrétiser ma propre démission sans suites planifiées, mais esquissées dans leurs grandes lignes dans mon livre. Le rêve a transformé l’article en une lettre ouverte à Luc Ferrandez…

Monsieur Ferrandez,

J’ai suivi avec intérêt les différentes entrevues suite à votre récente démission du conseil municipal de Montréal ainsi que du poste de maire du Plateau. Je crois avoir assez bien compris les réflexions aboutissant à votre décision et je comprenais que vous l’avez prise sans avoir précisé les suites, dans l’action et dans la réflexion. Brian Myles, directeur du Devoir, semble avoir assez bien décrit votre positionnement dans son éditorial du 16 mai dernier où il insistait sur l’élément «sans compromis» de votre geste et de votre réflexion, qu’il considérait mal avisés.

C’est pratiquement le même «jugement» porté par Lise Bissonnette et Louis Roy sur votre décision de quitter la vie politique dans leurs commentaires à l’émission Midi-Info à Radio Canada le 15 mai. Sauf erreur, ce type de jugement des médias n’a pas accompagné la démission de Nicolas Hulot l’an dernier de son poste de ministre de la Transition écologique dans le gouvernement français; le commentaire le plus frappant pour moi à ce moment-là était celui de Steven Guilbeault, à l’effet que Hulot ne comprenait pas la culture politique et la nécessité dans cette culture d’accepter les processus, souvent longs et difficiles, pour arriver à (une partie de) ses fins.

Des mesures de guerre nécessaires

En contraste, nous voyons un peu partout la suggestion que la situation actuelle, dont la crise des changements climatiques, nécessite la mise en place de mesures de guerre. Cela suggère entre autres des prises de décision coupées des situations «normales» nécessitant assez souvent du temps et des compromis dans les processus normaux de délibération et de prise de décision démocratique.

À cet égard, vous suggérez à la fin de l’entrevue que vouz seriez prêt à revenir – vers 2030, disiez-vous, si la situation évolue comme vous soupçonnez qu’elle va faire – pour faire profiter de votre expérience en exerçant une approche plutôt autoritaire. Plusieurs commentaires ont soulevé cet aspect de votre réflexion, toutefois avec une analyse négative. Ceux-ci me rappelaient le jugement très sévère de Michel Lacombe sur ma propre idée que seul un gouvernement autoritaire comme celui de la Chine pourrait prendre les décisions que les crises actuelles exigent. Finalement, mon idée était plutôt de souligner que cela n’arrivera pas; cela semble rejoindre votre analyse de la situation, sauf que vous ne semblez pas insérer dans votre réflexion ce qui est fondamental pour moi, soit la forte probabilité d’un effondrement de notre civilisation commençant par celui de l’économie industrielle dont elle dépend.

Comme Hulot, comme moi, il me semble que vous ne voyez pas la possibilité que nos processus politiques habituels puissent répondre adéquatement aux crises qui sévissent. L’insistance persistante à l’effet que ce sont les gouvernements qui manquent de courage et qui ne prennent pas les décisions qui s’imposent s’insère justement dans le refus de reconnaître (i) le besoin de l’équivalent de mesures de guerre et (ii) le caractère extraordinairement hors de l’ordinaire que ces mesures comporteraient. Cela va à l’encontre des attentes de la Planète s’invite à l’université, du Pacte pour la transition de Dominique Champagne, de la Déclaration d’urgence climatique (le sujet de quelques mentions ici et cette semaine à Ottawa suite au dépôt du gouvernement libéral d’une proposition en ce sens), qui d’une voix presque unanime constatent la faiblesse de nos réponses à ce jour et qui demandent au gouvernement (aux gouvernements) d’agir en notre nom.

Le principal problème que je vois avec ces initiatives est qu’elles ne fournissent presque aucune idée des mesures qui seraient nécessaires pour que les gouvernements répondent adéquatement aux demandes. Vous fournissez quelques indications de ce que vous jugez pertinent pour répondre aux défis, résumé peut-être dans la suggestion que nous devrons retourner au niveau de vie de «nos parents», disons, au niveau de vie connu avant les Trente glorieuses, à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, à la fin des années 1940.

Vous avez fait plusieurs suggestions précises (taxer 100% du stationnement sur rue et hors rue, taxer l’entrée au centre-ville, déminéraliser 10% des rues, acquérir et démolir les maisons en territoire inondables – pour rester dans l’actualité… –, faire du lobbying pour taxer les vols aériens et la viande, bloquer la spéculation au centre-ville en réduisant la hauteur des édifices permise, taxer les déchets, réinventer le recyclage et la consigne). Vous insérez ces suggestions dans l’idée d’une transition possible (en ciblant l’automobile) tout en constatant le peu de réalisme de celles-ci, voire leur insuffisance.

L’abandon d’un pouvoir finalement inutile

Comme vous le constatez, comme je l’ai constaté lorsque j’ai démissionné de mon poste de sous-ministre en 1991, vous cédez du pouvoir – dans son sens habituel – avec votre geste, mais justement, il s’agit d’un pouvoir qui ne permet pas d’avancer suffisamment pour répondre aux crises (dans mon cas, aux urgences…). Bref, on sent une certaine paralysie dans votre geste et dans votre évaluation de la situation.

C’est ce que j’ai ressenti en dressant ma propre liste d’interventions à envisager, comme je l’ai fait récemment: prévoir une auto personnelle électrique ou pas d’auto du tout, au moins, se préparer à une réduction de notre consommation d’énergie de 50%, finalement, toute l’énergie fossile que nous utilisons (cela surtout chez les individus pour leurs véhicules); chercher à encourager les fermiers locaux, entre autres via l’achat des boîtes de légumes (et viande?) pendant l’été et l’automne; arrêter de manger les produits alimentaires venant de loin, comme les légumes et les fruits des pays tropicaux; éliminer la viande rouge; convertir le chauffage de la résidence à l’électrique, ou à la géothermie (ou à des thermopompes); enlever du calendrier familial les fêtes associées à des cadeaux donnés ou échangés (Noël, Pâques, anniversaires, Fête des Mères, Fête des Pères, Saint-Valentin, autres), du moins pour ce qu’il y a des cadeaux; annuler les vacances nécessitant un voyage en avion, voire les voyages en avion, tout simplement.

Par contre, vous suggérez que des gestes dramatiques vont s’imposer d’ici dix ans environ, et que vous seriez alors disponible. C’est en effet l’échéancier de l’effondrement tel que je l’esquisse en suivant Halte à la croissance et voilà, comme Hulot, vous nous mettez devant une situation qui impose que nous agissions, tout en sachant que nos gestes seront insuffisants. C’est le «compromis» que l’on soupçonne envisagé par Myles, par Bissonnette et Roy, moins le constat d’échec par ces personnes des efforts habituels.

En effet, le GIÉC et d’autres sources bien crédibles nous fournissent un échéancier et des objectifs qui sont oubliés, voire ignorés, par les critiques de Hulot, de vous, de moi. Les institutions que nous prisons et qui constituent nos outils pour répondre aux défis ne sont plus adéquates face à l’échéancier; comme Guilbeault le soulignait, elles exigent du temps et, comme Myles et Bissonnette le soulignent, elles fonctionnent par la voie de compromis. Toutes nos sources d’informations scientifiques nous indiquent que nous n’avons plus le temps et que les décisions requises ne permettront pas des compromis.

Un retour en politique (fédérale) et des éléments d’une plateforme?

C’est surprenant, dans un tel contexte, que vous ne sembliez pas exclure un saut possible en politique fédérale. Et voilà, je viens d’avoir un rêve qui reflète vraisemblablement mon propre sentiment de paralysie qui accompagne tous ces constats. Cette lettre termine donc avec quelques suites du rêve qui me paraissent utiles à rendre explicites, en vous encourageant à agir d’une façon que vous n’envisagiez pas consciemment, explicitement.

Je constate dans mon livre (chapitre 2) l’échec du mouvement environnemental, mais je constate depuis sa publication, en fait, depuis les années que je publie des articles sur mon blogue, que les principaux acteurs de ce mouvement manifestent justement une paralysie face à la nécessité de changements dans l’approche. Par contre, des acteurs québécois (et autres) du Parti vert du Canada (PVC) semblent proches d’une reconnaissance de ce que vous ressentez, de ce que je ressens, la nécessité de changement et de nouvelles orientations – pourquoi pas en ciblant la prochaine campagne fédérale avec un programme à la hauteur des défis, en planifiant entre autres et par exemple le retrait du Canada de l’exploitation des sables bitumineux. Cela pourrait bien entraîner une récession – cela en restant avec ce terme dans le cadre du modèle économique actuel, avec son PIB comme guide – , et perdrait l’Alberta et la Saskatchewan, mais ces provinces sont perdues de toute façon sur le plan électoral.

Je constate encore dans mon livre (chapitre 3) l’échec du mouvement social et je n’y vois pas d’acteurs qui le reconnaissent – sauf que c’est un domaine où vous avez une expertise, où vous êtes un acteur important. Votre décision de démissionner ne vous a pas coupé de l’énorme réseau d’autres acteurs qui ressentent, comme vous, qu’il faut changer de façon d’agir et de faire et ce serait le temps pour vous, je me permets de croire, non pas d’attendre un appel d’un parti fédéral (et je ne puis croire que le Parti libéral du Canada serait sur votre liste de possibilités, peut-être plutôt le PVC) mais de vous mettre urgemment à la tâche de réunir des acteurs du mouvement social autour de l’initiative de constituer d’autres éléments d’un programme électoral, sur le plan social par exemple, rendant explicites les implications de votre idée que nous devrons retourner à un niveau de vie comparable à celui d’il y a plusieurs décennies. Cela comporterait, j’ose croire, l’acceptation d’une récession permanente – cela toujours en restant dans le cadre qui mesure le progrès par le PIB – à l’échelle du pays, élément du programme qui perdrait beaucoup d’électeurs, mais qui testerait justement la possibilité qu’il y ait une masse critique de gens qui savent qu’il faut agir et qu’eux-mêmes, qu’elles-mêmes, doivent accepter des changements radicaux dans leurs vies.

Et voilà, dans le chapitre 4 de mon livre, je cible l’échec d’un ensemble d’autres acteurs moins «organisés» de la société civile. Un peu comme vous, je crois, je suis convaincu qu’il y a beaucoup de scientifiques qui savent qu’il faut changer radicalement d’approche devant l’absence de mouvement dans le sens de ce que leurs connaissances exigent et cesser de soutenir les démarches traditionnelles. Et il y a toute cette jeune génération qui se manifeste, entre autres via la Planète s’invite à l’université et les grèves des vendredis après-midi, dont la situation et l’avenir exigent ces changements – ils sont la «génération future» que les plus vieux comme nous avons ciblé pendant des décennies en soulignant l’importance d’éviter qu’ils écopent de nos mauvaises décisions en matière de façon de vivre, de consommation. Il y a un nombre important de journalistes qui savent que leurs reportages, que leurs chroniques, représentent des répétitions presque ad nauseam des échecs de la société face aux crises.

Un nouveau monde

C’est à partir du chapitre 5 de mon livre que j’essaie d’esquisser, non pas les petits gestes individuels que nous reconnaissons comme insuffisants, mais plutôt de grands changements dans la société, qui peuvent se regrouper autour de l’idée d’abandonner l’exploitation et l’utilisation des énergies fossiles, autour de l’idée de transformations radicales dans nos institutions et dans nos activités dans le domaine privé. Ces changements esquissés – et à améliorer – pourraient constituer des éléments plus généraux d’une plateforme politique.

À cet égard, on pourrait espérer que le PVC, qui n’a aucune illusion quant à sa capacité de prendre le pouvoir, voire d’avoir un pouvoir au Parlement, pourrait abandonner ses propres idées de compromis, dont le fondement de leur programme à l’effet qu’il nous faut viser une transition et une nouvelle économie verte. Je soupçonne que le PVC, peut-être même Elizabeth May, pourrait reconnaître l’intérêt de réorientations cherchant à fournir des pistes de sortie de l’inertie et de la paralysie pour une masse possible (espérée) de gens, d’électeurs, qui vous rejoignent. Ils seraient peut-être prêts à soutenir une initiative «politique» – pourquoi pas sous les auspices du PVC? – qui les sortirait de cette paralysie et de ce déni (pour ne pas l’oublier) et à entreprendre les démarches envisagées par plusieurs, dont mon livre Trop tard dont le titre est accompagné d’un sous-titre La fin d’un monde et le début d’un nouveau.

Il me ferait grand plaisir de joindre mes modestes efforts aux vôtres dans un souci de voir surgir de la déprime une nouvelle initiative offrant de l’espoir, un espoir fondé non pas sur le déni et l’ignorance mais sur la reconnaissance de ce que nous savons. Mieux cela que d’attendre 2030…

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16 Commentaires

  1. André Bélisle

    Bonjour Harvey bravo.

    Je suis d’accord avec l’ensemble de ta vision. Comme un vieux hippie je vie depuis 30 ans à la campagne sur une terre forestière je jardine je vie modestement et il y a longtemps que je vie en parallèle de la société de consommation tout en tentant de la faire changer.

    Je te suggère de prendre connaissance des 11 CHANTIERS D’URGENCE CLIMATIQUE qui sont la suite de la DÉCLARATION D’URGENCE CLIMATIQUE CLIMATIQUE.

    Et oui il faut sortir de la boîte pour avoir une chance de briser le cercle vicieux…

    Bonne journée André

  2. D Green

    Yeux droits devant et aucunes illusions. Oui! Ça va faire mal, on le sait. “Manger son gâteau tout en le conservant “ comme disent les anglo, n’est plus une option. Pour un parti politique, le défi réside dans le choix de l’action nécessaire et l’action possible dans un contexte d’acceptation sociale. Sans parachutes fiscales, ni aide de l’état, mettre l’essence à 3$/l ferait sortir des gilets jaunes au Québec. Il est tout à fait possible qu’il faille attendre que la catastrophe ne s’aggrave avant d’avoir la permission populaire d’agir. Pendant ce temps, un mur de feu avance dans le forêt boréale du nord de l’Alberta, ironiquement le royaume des gaz à effet de serre.

    Daniel Green- chef adjoint – parti vert du Canada

    • Étrange mais peut-être pas surprenant, ce positionnement. Peu importe nos gestes, nous n’allons pas éviter la récession en Alberta ni ce qui fera sortir les gilets jaunes, dont le domptage ferait partie de l’acceptabilité sociale. Vraiment?

  3. Benoit Paré

    « Il y aura un grand besoin de leader autoritaire progressiste. »

    Monsieur Ferrandez se considère-t-il comme tel?

  4. Quand j’ai appris la démission de Ferrandez, je me suis tout de suite dit que c’était une nouvelle affaire Hulot. Il posait exactement les mêmes constats sur les limites de la participation à la vie politique pour faire bouger des choses qui n’ont simplement pas envie de bouger. Ce qui est différent du dossier Hulot, toutefois, cela a été les réactions très indifférentes à la fois de la classe politique et des écolos. Pas mal de gens semblent avoir pensé que ça faisait un emmerdeur de moins. Après 24 heures, nous sommes retournés au business as usual, alors que l’on de de choc de la démission de Hulot a duré des semaines.

    Cette difficulté collective à nous remettre en question, y compris chez les écolos, contribue à la paralysie générale.

    Par ailleurs, j’espère que nous aurons l’occasion de discuter un peu durant le festival de la décroissance, il y a une éternité que nous n’avons pas échangé.

    • Sylvie Woods

      Bonjour,

      Je crois que le départ de M. Ferrandez au contraire aura un impact important pour les citoyens et citoyennes qui ont participé à la création du parti Projet Montréal. Pour avoir participé à la fondation de Projet Montréal au Centre St-Pierre et avoir été membre de Projet Montréal à ses débuts en 2004, je crois que le départ de M. Ferrandez sera la première pierre de fondation qui tombe. Au début, lorsque Richard Bergeron a donné l’impulsion de départ à ce parti, la vision politique était portée par une volonté de créer une ville pour y vivre (réduire l’utilisation de l’automobile, créer des espaces publics, redonner la rue aux piétons et cyclistes, aménager la ville pour les humains quoi). Puis, il était question de la démocratie participative…
      15 ans plus tard, c’est le même cirque politique qui recommence avec ses feux d’artifices économiques pour épater la Chambre de commerce de Montréal, les entreprises et ses investisseurs avec sa ribambelle de projets de développements d’éléphants blancs: stade de baseball près du Vieux-Montréal, Royalmount, développement immobilier partout sans contrôle, etc. En 2019, ça nous donne une ville sous spéculation comparable à Vancouver et Toronto où la population montréalaise peine à trouver un logement pour y vivre (les loyers ont augmenté de 16% ans Rosemont et de 8% dans le Plateau en 2019, selon les statistiques de la SCHL).
      Dans ce contexte, pas étonnant que Mme Valérie Plante ce soit présentée à la Commission sur la laïcité avec à ses côtés un représentant du dossier économique de Montréal pour s’opposer au projet de loi 21 avec le leitmotiv que sa préoccupation était l’intégration de la main-d’œuvre immigrante féminine à Montréal, toujours pour nourrir la croissance économique de la ville. 15 ans plus tard, on revient au point de départ: développement sans limite, primat de l’économie sur l’écologie, accroissement de l’automobile et des camions en ville, dépassement des seuils de gaz à effet de serre sur notre territoire national.
      Vivement le suffrage proportionnel afin que les institutions politiques, juridiques et sociales ne soient plus entre les mains des développeurs et de l’industrie. Que le pourvoir soit partagé nourrira la modestie chez nos politicien-nes. En passant avez vous remarqué que M. Ferrandez a déposé sa démission au greffier de la Ville de Montréal à la journée et l’heure précise où Mme Plante s’opposait à l’Assemblée nationale publiquement contre la volonté d’affirmation existentielle de 65% de Québécois-ses et de son autonomie politique concernant le contenu de la Charte québécoise ? Alors sur l’écologie on repassera…. si nous y sommes toujours.

      • Je reprends ici un commentaire que j’ai produit sur FB commentant l’impact de la démission de Luc Ferrandez.

        Le problème avec les atermoiements et les compromis, c’est qu’ils deviennent trop vite des compromissions soutirées par le chant des lobbys. Tous les politiciens qui ont appliqué des mesures mi-figues mi-raisins se sont retrouvés le bec à l’eau. Plus crûment écrit: un parti de gauche n’a rien à gagner de copier les mesures des partis de droite. Car à opter entre celui qui applique des politiques de droite et un parti de gauche qui les imite, on choisira le premier. Si j’ai à choisir entre l’imitation et l’original, je vais prendre l’original. Si Valérie Plante continue à soutenir certaines des lubies des promoteurs en tout genre, comme le faisait allègrement son prédécesseur, les citoyens ne vont pas opter pour la contre-façon, mais revenir à l’original. Me semble que c’est facile à comprendre. C’est parce qu’il n’agissait pas ainsi que Luc Ferrandez a vu sa popularité auprès des électeurs du Plateau passer de 42% à 54%, puis à 65%. Il était congruent avec ses idées et les mettait en application, sans concession vis-à-vis des chialages de la droite. L’administration Plante-Dorais semble répéter l’erreur de bien des partis progressistes qui, une fois au pouvoir, ne savent plus reconnaître les intérêts des leurs et reculent sur les engagements qu’ils doivent prendre… avec comme résultats qu’ils déçoivent leur base électorale. Celle-ci se réfugiant alors dans l’abstention, ils finissent par se faire battre.

      • Sylvie Woods, nous sommes d’accord. C’est exactement ce que je voulais dire. Sa démission ne provoque aucun sursaut et lève simplement un obstacle pour ceux qui veulent prolonger le statu quo. Il est très dommage que sa démission n’ait pas provoqué l’électrochoc désiré.

  5. L’inadéquation des démocraties et crises environnementales…

    Jancovici aborde cette problématique à 1h46m dans « La physique et l’économie : amies ou ennemies ? » [1]. Il affirme que « tant que les gens ne sont pas mis d’accord avec eux-mêmes, il n’y a aucune chance que les systèmes politiques, les élus se mettent en route dans les bons ordres de grandeur ». L’absence de consensus fait en sorte, selon lui, que le système démocratique n’est pas « très adapté » à l’urgence actuelle, mais que les autres systèmes politiques sont pires (citant Churchill).

    Je précise: un large consensus social est, bien sûr, une condition nécessaire mais elle n’est malheureusement pas une condition suffisante. On le constate bien aux USA avec le désir de la population d’un « single-payer healthcare for all »: malgré une large adhésion populaire (autant chez les électeurs GOP que DEM), les vielles gardes politiques (Pelosi, Biden, etc) s’y opposent.

    Il y aurait donc un consensus social (beau-frère de la Beauce en Hummer, mononc’ du Lac en côte-à-côte) sur l’urgence de modifier nos modes de production et de consommation qu’il ne se passerait RIEN… ZILCH! NADA!

    Jancovici au début de son segment sur la démocratie affirme que le système politique est une piramide inversée, avec les SALARIÉS tout en haut. Pfff, manifestement l’ingénieur n’a pas lu Chomsky, ni Marx (perso j’ai dévoré les condensés du Reader’s Digest). La charge anticapitaliste de George Monbiot est mieux informée [2]

    Donc, écofascisme ou pas? (le terme est auto-dérisoire). Si on n’impose pas la décroissance aux gens en instaurant un système totalitaire, il faudra qu’elle s’impose d’elle-même, soit par une prise de conscience radicale issue d’une campagne médiatique de rééducation (clin d’œil à Mao)[3] soit par l’effondrement matériel des structures générant l’actuelle croissance.

    PS: j’ai mis 2 heures à rédiger, relire, corriger et sourcer ce commentaire, c’est fou. Je devrais plutôt corriger mes examens…. 😎

    [1] https://youtu.be/nfRbpqQu6kU?t=6375
    [2] https://www.youtube.com/watch?v=7wGscFxs6RY
    [3] Un billet invité chez Paul Jorion aborde cette question gênante et mal formulée: « La ‘propagande éclairée’ est-elle nécessaire pour sauver l’Humanité ? » https://www.pauljorion.com/blog/2019/05/20/la-propagande-eclairee-est-elle-necessaire-pour-sauver-lhumanite-par-cedric-chevalier/

    • Il me semble préférable que tu procrastines sur la correction d’examens pendant quelques jours plutôt que tu procrastines à sonner l’alarme sur ces dangers qui se profilent à l’horizon. Continue, j’apprécie les informations et les sources que tu nous procures.

    • paul bellehumeur

      en parlant d’inadequation des democraties, un livre paru en 2018 propose un lien entre les famines et l’echec democratique:

      Mass Starvation: The History and Future of Famine par Alex de Waal

      non disponible sur libgen.is mais sur amazon

      La decroissance viendra que ce soit par systeme totalitaire, par perte de sources energetiques ou autrement…

  6. Sarah-jeanne devroede

    Bonjour, nous sommes un regroupement de jeunes en processus de création d’un documentaire sur la crise environnementale (existentielle!). J’ai lu votre livre et j’aimerais vous interviewer, car vous apporteriez beaucoup au contenu de cette vidéo! En espérant avoir de vos nouvelles, voici mon adresse email: Sarah2001@live.ca

  7. Benoit Paré

    Qui est Fernandel? :-)

  8. paul bellehumeur

    1859, John Tyndall decouvre les proprietes thermiques du CO2 faisant que la composition de l’atmosphere pourrait influer sur le climat.

    1896, Svante Arrhenius s’en inspire pour proposer que la combustion du petrole et du charbon pourrait augmenter la temperature de la planete.

    2016, Edward O. Wilson declare necessaire la solution de taxer la moitie de la planete pour la redonner a la nature dans ce livre disponible sur libgen:

    http://booksdescr.org/item/index.php?md5=021b13ad38fa80ba08eb9471894c51a2

    comment pourrait-on accelerer la cooperation mondiale pour y arriver?
    de preference avant l’effondrement…

  9. didier

    Vu de France : Hulot n’a jamais culpabilisé les gens en leur disant clairement : nous avons TOUS un comportement irresponsable, on va dans le mur (il tient trop à sa popularité, il a de l’égo le gars : à le voir pdt des années sur son deltaplane, son dirigeable, sur des plages paradisiaques, dans des grottes, au fond des fosses marines parmi les requins, on sait qu’il aime se montrer, le bougre. Encore tout récemment, il est allé voir les grands singes : http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Avec-Nathalie-Baye-en-Ouganda-Nicolas-Hulot-d-une-jungle-a-l-autre-1609906 : comment après cela dire aux gens : « ne prenez plus l’avion pour votre simple petit plaisir ». Il aurait pu leur dire aussi : j’ai été un con à voyager aux quatre coins de la planète, j’ai une empreinte carbone abominable, je ne suis pas fier de moi, ne prenez pas exemple sur moi. Je préfère 100 fois Aurélien Barrau qui a un langage de vérité, qui met sa vie en phase avec sa pensée mais qui s’en prend plein les dents : bcp de polémiques avec son « la 5G TUE « , du style : Barrau TUE l’innovation… Hulot est un has-been qui permet aux Français de se donner bonne conscience vis-à-vis de l’écologie, mais Hulot n’apportera aucune solution, n’entrainera pas les Francais vers les solutions drastiques nécessaires. Dominique Bourg (urgence écologie) est autrement plus efficace dans sa vision du futur mais il a fait 1% aux européennes!!!!.

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