Quelques éléments du portrait de la nouvelle société qui se dessine

Je pensais bien que j’allais pouvoir enfin faire une différence. Mon premier objectif en devenant Commissaire au développement durable  en 2007 était d’entreprendre des démarches (contacts en Alberta, en Nouvelle Écosse et en Californie) pour m’assurer que j’allais pouvoir calculer l’empreinte écologique du Québec et que j’aurais les ressources nécessaires pour le faire. Finalement, cela a pris neuf mois de travail de deux personnes, une comptable et un économiste spécialement recruté.

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Le travail par le bureau du Vérificateur général en faisant des vérifications avec l’IPV comme guide aurait eu des effets, alors que le calcul de l’IPV par un individu, sans pouvoirs de vérification, ne semble avoir rien donné…

Pendant ce travail, nous avons découvert que l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) ne possédait pas des données pour les secteurs des ressources, clé pour les travaux sur l’empreinte, ni pour les externalités, soit les impacts environnementaux et sociaux de nos activités «économiques» qui seraient clé pour le travail sur l’Indice de progrès véritable (IPV)[1]. Suivant le modèle, ces activités économiques étaient considérées prioritaires, et l’ISQ avait les données pour le calcul du Produit intérieur brut (PIB), l’indicateur fétiche de ces activités. Une partie du travail sur l’empreinte comportait la réduction des 2500 catégories d’activités du PIB suivies par l’ISQ aux 1200 catégories utilisées dans la méthodologie pour le calcul de l’empreinte. Une autre partie consistait en la recherche et la cueillette des données sur nos ressources naturelles, dans les ministères sectoriels comme Ressources naturelles, Agriculture et Environnement.

Le résultat, jugé suffisamment robuste pour devenir officiel, était à l’effet que le Québec, dans l’ensemble de ses activités sociales et économiques, dépasse par trois fois la capacité de support de la planète en reconnaissant une distribution équitable de cette capacité parmi les quelque 7,5 milliards d’êtres humains.

C’était le coup d’envoi pour me lancer dans le travail sur mon deuxième objectif, prioritaire. Je voulais calculer un IPV pour le Québec, suivant une méthodologie assez robuste mais peu reconnue et comportant le calcul – et implicitement les approches pour faire le calcul – de l’ensemble des externalités associées à l’ensemble des activités jugées «économiques». Je me proposais par la suite d’utiliser les informations recueillies et les approches développées, et l’IPV lui-même, pour réorienter le travail de vérification qui incombe au Commissaire ainsi qu’au Vérificateur général du Québec (VGQ) lui-même.

Dans le temps – et toujours aujourd’hui – l’ensemble des vérifications suivent une approche qui reconnaît implicitement le modèle économique omniprésent comme l’indicateur de base pour évaluer l’état du développement de la société, soit le mandat de base du VGQ. L’empreinte écologique nous dit déjà que cet état de développement est grossièrement sous-estimé quant à ses impacts et ne représente d’aucune façon un développement qui peut être considéré «durable» selon la compréhension de la Commission Brundtland (CMED) acquise durant les années 1980.

L’IPV comme constat d’échec du développement

J’avais donc identifié l’IPV comme le guide pour le travail de (i) nous faire comprendre que notre développement n’est pas durable et (ii) nous fournir des pistes pour concevoir des changements assez radicaux dans le but de réorienter le développement au sein du gouvernement est, finalement, de la société. Cela commence par une bonne compréhension des défauts du développement actuel en fonction d’un examen des défauts du PIB comme façon de le suivre.

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Le coût des impacts des activités économiques par secteur, en montrant l’importance très importante des impacts des émissions de GES en termes des changements climatiques.

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Le coût des impacts des activités économiques dans les différents secteurs, en enlevant le coût des changements climatiques. La ligne pour l’activité minière, par exemple, tient compte de la non reconnaissance de la part des responsables de la perte de capital en cause.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les externalités des activités économiques de la société dans les secteurs de caractère incidence sociale. Contrairement à la situation en matière environnementale, où il n’y a pas de bénéfices positifs, le travail non rémunéré représente une composante démesurée de la situation sociale et elle est positive.

 

Les données n’existent pas pour évaluer les externalités avec la précision possible pour le PIB dont les données, et les méthodologies pour les chercher et les organiser, sont recueillies  et développées depuis des décennies. On peut donc reconnaître que le calcul de l’IPV manque d’une certaine précision, selon les secteurs et la qualité des données disponibles. Il reste qu’un PIB qui surestime la valeur du développement de 75% (notre résultat) et d’autres calculs plus précis arrivant peut-être à des situations où il surestimerait de 60% ou de 80% ne change pas le constat de base, que l’exclusion des externalités dans le modèle économique actuel est désastreux et contribue à l’ensemble des crises en cours qui peuvent être justement associées à des mauvais calculs dans les décisions de poursuivre différents projets de développement, et finalement, dans l’évaluation du développement lui-même.

L’IPV aboutit à ce constat d’un coût des externalités à la hauteur de 75% de ce qui est proposé comme progrès économique et social. Nos activités en foresterie, en agriculture et en extraction minière constituent une somme nulle pour la société en termes de bénéfices – des emplois – et cela au dépens de la dégradation majeure des forêts, des sols et des cours d’eau et une perte sèche de capital naturel. Quant aux activités industrielles associées à la manufacture, les coûts associés aux impacts de leurs émissions de GES sont tels que cet ensemble d’activités jugées économiques serait voué à des restructurations radicales si la comptabilité se faisait de façon plus réaliste et raisonnable.

Que faire? Comment en prendre compte?

Il n’en est jamais (ou presque) question dans les interventions cherchant à pousser les décideurs à poser les gestes nécessaires, comme, je crains, lors de la manifestation mondiale organisée pour le 27 septembre. Justement, l’ensemble des acteurs de la société ne semblent avoir aucune idée de l’importance des mesures requises, selon l’échéancier qui s’impose, pour ramener notre développement à une taille soutenable, et cela pour l’ensemble de l’humanité. Je mentionne régulièrement le calcul de Normand Mousseau en 2011, alors qu’il était co-président de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec: pour essayer de respecter la cible du gouvernement Marois d’une réduction de 25% dans les émissions de GES pour 2020, il aurait fallu envisager entre autres le retrait des routes de la moitié de notre flotte d’automobiles. Les interventions récentes du GIÉC double la taille du défi, suite à l’adoption de l’Accord de Paris en décembre 2015, maintenant ciblant 2030.

Gérer les émissions comporte un changement de société

Gérer les émissions comporte un changement de société, situation qui n’est jamais (ou presque) reconnue. Les débats de société changeraient dramatiquement si les véritables enjeux étaient reconnus.

Probablement la principale intervention de la société civile face à cette situation est de cibler le développement des énergies renouvelables pour remplacer les énergies fossiles dont notre utilisation est derrière les impressionnants coûts associés aux changements climatiques. Après des décennies de développement, ces énergies renouvelables ne représentent toujours pas plus que 5% de l’énergie utilisée dans le monde, cette utilisation continuant à croître dans une sorte d’inconscience totale.

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En pourcentage de l’énergie produite, les énergies renouvelables occupent toujours une toute petite place dans l’ensemble. Elles ont servi surtout à fournir une partie de l’excédent requis dans la croissance importante de la production au fil des ans. Source Philippe Gauthier

Les actions requises pour ramener notre développement à un niveau acceptable (sur les plans humain et environnemental) sont tellement importantes que, soit les intervenants se montrent incapables de les concevoir, soit qu’ils décident de ne pas en parler parce que les décisions politiques et sociales qui seraient en cause seraient tout simplement inimaginables [2]. Tous les agissements couverts par les médias se font dans un vide presque complet, et semblent représenter finalement une sorte de déni face à l’effondrement qui se prépare.

Dans Trop Tard, je propose en Annexe un communiqué de presse/déclaration d’échec imaginaire qui s’attache directement à ce manque d’identification des actions nécessaires, signé de façon imaginaire par les organismes de la société civile qui ne font pas leur travail actuellement, restant dans le flou. L’effort, qui se voulait l’esquisse d’«un programme pour une nouvelle ère», s’est montré imaginaire aussi, avec absolument aucun retour de la part des groupes.

L’IPV comme guide pour un autre développement respectueux des limites de la planète

Ce qui est fascinant est que l’IPV nous fournit, par sa méthodologie et les résultats des calculs, des pistes pour mieux comprendre le sérieux de notre «prédicament» (Halte à la croissance a été publié dans le cadre du projet du Club de Rome portant sur le «prédicament» de l’humanité). La « valeur » de notre développement tel que conçu par l’IPV s’estime à environ la moitié de celle suggérée par le PIB. Important, voire dramatique dans ses implications pour la nouvelle société qu’il nous faudra chercher, la moitié de la valeur de l’IPV est fournie par ce que Statistique Canada identifie et suit à la trace comme le travail non rémunéré.

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Le travail non rémunéré, suivi dans le détail par Statistique Canada, représente l’équivalent, en contribution au progrès de la société, aux coûts environnementaux associés aux activités économiques dont la contribution au progrès de la société est presque illusoire dans une perspective de long terme. Elle représente, finalement, la moitié du progrès tel qu’identifié par l’IPV.

Statistique Canada est tout aussi clair quant à la provenance de cette contribution à notre développement: elle provient en bonne partie du travail des femmes à la maison et dans le soin des enfants, cela, disons-nous, au détriment d’une autre activité, économique et «réelle».

Nous voilà donc avec le début d’une vision de notre défi face aux changements structurels qui s’imposent, qui vont s’imposer que nous agissions ou non. La moitié de notre développement à l’avenir pourrait bien devoir provenir du bénévolat. Lorsque nous pensons à l’importance des grands secteurs de la santé et de l’éducation, par exemple, dont le financement (obtenu dans la société actuelle en recourant assez souvent à des dettes qui ne seront vraisemblablement jamais remboursées) ne sera pas disponible pour un gouvernement dans une société «sobre» n’ayant pas de sources de revenus comme c’est imaginé aujourd’hui. À l’époque, avant la Révolution tranquille, ces secteurs étaient gérés et comblés en main-d’œuvre par des religeuses et religeux bénévoles, et il est difficile d’imaginer comment nous pourrons les maintenir à l’avenir autrement, surtout pour ce qui a trait à l’enseignement supérieur et aux soins de santé dépendants de technologies sophistiquées et dispendieuses.

Pour le premier, il s’agit presque explicitement d’activités visant à fournir des connaissances et des expertises aux acteurs économiques plutôt que d’efforts favorisant le développement de l’esprit humain dans une vision générale et globale. J’ai passé toute ma vie professionnelle comme enseignant/professeur dans cet effort de former des esprits et non d’éventuels travailleurs sur le plan technique. C’était clé par ailleurs dans la vision qui a mené à la création des cégeps et l’importance qui y est accordée aux cours communs, l’enseignement général. Cet enseignement ne nécessite pas de laboratoires dispendieux ni de recherches coûteuses, et irait de pair avec la reconnaissance obligatoire à l’avenir de notre place dans l’univers, de notre place sur cette planète que nous avons trop longtemps considérée comme seulement une source de ressources et non comme notre milieu de vie finalement plutôt fragile.

Pour le deuxième, il s’agit d’une atteinte à la qualité de vie et à l’espérance de vie de toute la population à l’avenir, alors que, actuellement, nous commençons à reconnaître la taille du défi avec la reconnaissance que le résultat de notre croissance démographique excessive dans le passé aboutit aujourd’hui à ce que l’on appelle le vieillissement de la population et une augmentation prévisible des coûts des soins de santé dans le système. C’est à noter, mais ne fait pas partie de la réflexion courante, qu’à moins d’avoir pu continuer à augmenter la population sans limites, un tel vieillissement en était un aboutissement inévitable.

Devant l’effondrement

Cela fait un bout de temps que les articles de ce blogue, et les contributions des commentateurs, ont souligné la difficulté de bien cerner ce qu’il faut faire face aux constats d’un effondrement imminent de notre système de production industrielle. Je l’associe à une sorte de paralysie. Une bonne partie de la réflexion, au sein du public en général et dans les médias, cible les gestes pour essayer d’enrayer l’avancement des changements climatiques, cela en fonction de réductions massives (pas toujours quantifiées) dans nos émissions de GES, dans un effort de maintenir le système mal foutu qui est en place.  C’est presque par indirection que la taille excessive de notre empreinte écologique, reflétée par le constat d’échec du recours au PIB comme guide, entre dans la réflexion.

Finalement, même cet ensemble de paramètres des crises qui sévissent n’aboutit pas à l’effondrement tel que projeté par Halte à la croissance et tel que confirmé par des mises à jours des projections avec les données réelles et – plus récemment – par la reconnaissance même par les acteurs du secteur de l’énergie que le pétrole conventionnel commence un déclin qui est perçu, par ces acteurs, comme un nouveau stress à gérer plutôt que le début de la fin (voir les graphiques tirés du  rapport de HSBC qui figurent dans mes deux derniers articles)…

 

Lectures recommandées:

Le rapport de la banque HSBC de 2017: Global Oil Production: Will Mature Field Declines Drive the Next Supply Crunch?

La mise à jour en août 2018 des réflexions de Jeremy Grantham: « The Race of Our Lives Revisited »

Philippe Gauthier: «La transition énergétique comme justification de la décroissance»

 

[1] Voir pour les détails Harvey L. Mead, avec la collaboration de Thomas Marin, L’indice de progrès véritable : Quand l’économie dépasse l’écologie (MultiMondes, 2011)

[2] Voir par exemple l’intervention de certaines parlementaires américaines avec le Green New Deal, auquel Naomi Klein fait référence lors d’une entrevue à CBC le 17 septembre. Klein se trouve à mi-chemin dans sa décennie zéro, échéancier marquant son livre Tout peut changer de 2014.

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L’effondrement plutôt que la décroissance

La fin de semaine du 7-8 septembre à Montréal était consacrée à un colloque constituant une sorte de suivi du Festival de la décroissance conviviale, cela avec plus d’une centaine de participants. Il s’agissait de faire un pas plus loin, en ciblant, avec le titre et le programme, «L’effondrement: Fin d’un monde, construire un nouveau», la vision d’une décroissance qui ne se fera pas de façon planifiée et structurée. La première journée cherchait à comprendre les composantes de l’effondrement qui semble inéluctable, et la deuxième à imaginer le nouveau monde qui viendra.

En dépit des apparences

J’étais conférencier pour lancer la réflexion pour la première journée et j’insistais sur la pertinence du travail des informaticiens de Halte à la croissance qui projettaient – je propose avec raison – que l’effondrement ne viendra pas des crises qui semblent les plus apparentes, dont les changements climatiques et la pauvreté, font l’objet d’une couverture constante des médias, mais d’un déclin dans l’approvisionnement en pétrole de notre énorme et complexe système de production industrielle pendant la prochaine décennie.

Nouveauté dans ma présentation, reprenant le cœur de la première partie de mon livre Trop Tard, est la contribution d’une analyse approfondie par la banque HSBC (autrefois Hong Kong Shanghai Bank of Commerce) datant de 2017 et qui met à jour, avec les mêmes résultats, les projections de 2012 de l‘Agence internationale de l’énergie que j’utilise dans le livre: les gisements de pétrole conventionnel actuellement exploités vont diminuer de peut-être la moitié d’ici 2030 (Figure 1).

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Figure 1, une variante de la figure dans mon dernier article. HSBC a fait en 2017 une analyse en profondeur de l’ensemble de la production mondiale de pétrole, pour aboutir à la conclusion qu’un déclin est imminent et presque inévitable; le graphique part du potentiel où 81% des gisements actuels sont en déclin, ce qui indique une baisse d’environ la moitié de la production actuelle, qui se situe à environ 91 millions de barils par jour (mbd). Il s’agit d’une sorte de mise à jour du graphique tiré des données de l’Agence internationale de l’énergie qui se trouve à la page 145 de mon livre.

Comment aborder le défi?

Comme je cherchais à suggérer dans la réflexion du dernier article du blogue, le constat global est tel que les gestes concrets pour éviter l’effondrement semblent n’avoir aucun impact, tellement l’inertie est devenue forte, et des gestes pour nous préparer pour ce qui s’en vient sont extrêmement difficiles à cerner, comme la journée de dimanche a bien montré. La rencontre s’est terminée avec une présentation de Francis Dupuis-Déri sur l’intérêt de l’action directe, prenant différents exemples du mouvement anarchiste plutôt récents.

J’ai bien eu l’impression que mes courts commentaires sur les manifestations qui sont planifiées pour septembre contre la paralysie face aux changements climatiques, à l’effet qu’elles sont en continuité avec ce qui dure maintenant depuis un demi-siècle et qui par son échec nous a laissés face au mur de l’effondrement, n’étaient pas perçus comme très conviviaux par plusieurs. En fait, je ne m’y oppose certainement pas, cela stimulant l’engagement, mais elles ne donneront pas plus que leurs prédécesseurs.

J’aurais pu ajouter que ces manifestations ciblent justement un défi qui n’est pas celui qui sera central dans les prochaines années – en dépit de ses impacts déjà énormes – , soit le déclin des réserves en pétrole conventionnel face à notre insatiable demande toujours en croissance et qui ne paraît tout simplement pas, cela peut-être parce que les pétrolières et toute la communauté économique qui gravite autour se montrent aussi incapables que les politiciens (voire les environnementalistes) à saisir la situation et les gestes qui s’imposent face à elle.

Je souligne à cet égard l’intervention sur le blogue de Raymond Lutz rendant personnelles les difficultés du positionnement de bon nombre de participants au colloque. Dans les jours suivant le colloque de Montréal, j’ai eu l’occasion de collaborer au tournage d’un balado avec Marisol Drouin, écrivaine en résidence à la Maison de la littérature logée à l’Institut canadien à Québec. Marisol avait publié son premier roman Quai 31 en 2011 qui cherchait à fournir l’imaginaire d’un réfugié climatique.

Le thème de sa résidence est l’effondrement, rien de moins, et le défi qu’elle décrit pour l’imaginaire de son deuxième roman Je ne sais pas penser ma mort semble similaire à celui de trouver des façons de s’insérer dans l’imaginaire de l’effondrement – je vais le lire! La Maison va utiliser le balado dans le cadre du Festival Québec en toutes lettres, qui tient cette année sa 10e édition sous le thème Pour la suite du monde, en octobre. Voilà des efforts, je crois, d’imaginer le défi de l’effondrement, par comparaison aux efforts pour contrôler les dérapages du système actuel, qui continuent.

 

 

 

 

 

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Notre incompréhensible empreinte

Lors de son émission à Radio-Canada le samedi 10 août, Boucar Diouf a lancé une série de questions à son jeune auditoire portant sur des gestes qu’il serait prêt à poser pour contribuer à la cause de la réduction des émissions de GES, Entre autres, il a demandé: Seriez-vous prêts à abandonner les voyages en avion? (Figure 1) Très peu de personnes dans l’auditoire, pourtant jeune et ayant probablement peu d’expériences avec des voyages en avion, ont répondu dans l’affirmative. La même question était posée pour l’émission du Téléjournal du dimanche 18 août, avec les mêmes réponses.

Figure 1. Pour beaucoup de gens (qui peuvent se le permettre) les voyages aux destinations soleil font partie de leurs comportements habituels, ici Parque nacional Jeannette Kawas, Tela, Honduras

La place de l’aviation civile dans nos vies

Pendant cette même période, l’émission Découverte de Radio-Canada faisait une série de trois reportages sur l’aviation civile (1, 2, 3), couvrant entre autres les technologies de construction des appareils de plus en plus grands, l’organisation derrière les 100 000 vols quotidiens dans le monde, la préparation des repas pour des millions de voyageurs, et les questions de sécurité.

Presque comme trame de fond revenaient régulièrement les projections pour les années 2030 où l’industrie s’attend à ce que l’activité soit le double d’aujourd’hui. La série se termine avec quelques réflexions sur le développement de l’aviation civile d’ici quelques décennies; l’émission avait déjà consacré deux ou trois reportages au Solar Impulse, avion expérimental entièrement solaire qui – de toute évidence – ne semble offrir aucune chance réaliste de représenter l’avenir (Figure 2).

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Figure 2. Une connaissance de la vie dans les pays pauvres, non toujours violents (ici, le marché à San Juan Comalapa, Guatemala), permet de mieux comprendre les enjeux.

Pendant les reportages de Découverte, il n’y avait aucune mention du défi des changements climatiques associés aux émissions de GES, pour lesquelles l’aviation est responsable d’environ 5%, seulement une sorte d’obéissance à la nécessité de rendre les appareils moins consommateurs de kérosène. Contexte pour moi dans ceci, le livre Heat: How to Stop the Planet Burning (2006) où l’auteur George Monbiot, journaliste du Guardian, cherche à voir les potentiels pour des réductions des émissions de GES dans les différents secteurs d’activité; il constatait un seul véritable échec dans sa recherche, justement dans le secteur de l’aviation, où il ne voyait pas de véritables pistes de solution.

L’incompréhensible défi personnel

Ce portrait général situe la plupart des options suggérées pour des actions concrètes de la part des individus face aux défis des changements climatiques. Certaines activités sont tellement inscrites dans les comportements sociaux, dans le fonctionnement normal des sociétés, que les interventions des individus s’avèrent finalement presque inutiles alors que des transformations radicales de ces sociétés semblent être la seule piste possible pour répondre aux défis. Je puis arrêter de prendre l’avion, abandonner l’auto, vendre la maison pour vivre dans une plus petite, etc. Si les gestes ne sont pas à l’échelle de la société, je ressens que cela ne changera rien.

La Terre transformée en fonction de l'empreinte écologique

Figure 3. Cette carte déformée de la Terre est faite en fonction de l’empreinte écologique de chaque pays. Il fait paraître clairement que le changement requis dans les pays riches, pour permettre aux pays pauvres de sortir de leur pauvreté, est presque inconcevable.

En même temps, à moins d’être vraiment déjà retiré de la société – très peu de monde – les actions suggérées nous rentrent directement dans le corps, dans notre mode de vie, même si de nombreux comportements, comme la mode VUS répondant à une priorité énoncée des manufacturiers, par exemple, ne se justifient d’aucune façon. George H. W. Bush pouvait bien sembler très égoïste en disant à Rio en 1992 qu’il ne fallait pas toucher au mode de vie américain en cherchant des solutions inscrites à l’ordre du jour de l’humanité lors de ce Sommet; nous réagissons presque de la même façon face aux options offertes par Diouf, par exemple.

Je me posais moi-même la question, ayant entre autres fait quatre voyages en Chine depuis dix ans, en plus d’un voyage en Amérique centrale l’an dernier. Je ne pouvais justifier mes voyages en Chine, même si l’objectif était de me donner des balises pour une meilleure compréhension de ce pays clé pour l’avenir de l’humanité. Quant au voyage en Amérique centrale, je retournais au Honduras, où j’ai eu un projet pendant six ans dans les années 1990, soutenu par l’ACDI et parrainé par Nature Québec, le voyage se faisait après plus de 20 ans d’absence; je voulais voir ce qui avait changé, ce qui ne le justifiait pas plus. C’est à noter que le projet au Honduras comportait deux voyages en avion par année pendant les six années…

Des enjeux de société

J’entends qu’un voyage aller-retour Montréal-Paris comporte l’émission d’autant de GES que l’utilisation d’une voiture (un VUS?…) pendant une année, et j’ai récemment entendu qu’une croisière d’une semaine – peut-être pas le quotidien pour la plupart des gens, même dans les pays riches – représente l’équivalent d’un vol Londres-Tokyo aller-retour… En fait, plus nous regardons notre vie quotidienne, plus nous avons de la difficulté à voir comment réduire sensiblement notre empreinte écologique, qui pourtant et de façon générale dépasse la capacité de support de la planète par trois ou quatre fois. Il est impossible de concevoir comment nous pourrions réduire cette empreinte à un niveau équitable pour toute l’humanité et adaptée à la vie sur cette terre avec ses 8 milliards d’autres humains (Figure 3).

Nous pouvons cesser de voyager en avion, cesser d’acheter des véhicules privés (pas juste des VUS…), cesser de manger de la viande. Dans l’ensemble, rien dans des changements de comportement de notre vie quotidienne n’aboutirait à une empreinte du niveau à cibler. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que nos gouvernements, que nos sociétés riches n’arrivent pas à prendre les décisions nécessaires pour répondre aux appels du GIÉC pour des réductions massives dans nos émissions de GES.

C’est dans ce contexte que l’on doit situer la critique constante des gouvernements pour leur inaction face aux défis et à l’urgence. Les actions gouvernementales nécessaires iraient directement à l’encontre des comportements sociétaux et la volonté des gens de préserver leurs conforts. Elles seraient rejetées, même si les responsables gouvernementaux y pensaient, ce qu’ils ne sont presque pas capables de faire de toute façon.

L’effondrement?

Nous ne vivons pas un effondrement actuellement, en dépit des indications que les changements climatiques sont sur le bord d’être hors de contrôle, que les inégalités entre pays et entre populations sont soulignées par les immigrations qui deviennent massives, que l’approvisionnement en eau potable pour les grandes villes de la planète s’annonce de plus en plus problématique; ces thèmes dominent pourtant l’agenda et l’actualité. L’effondrement projeté par Halte à a croissance, que j’essaie de mettre à jour dans mon livre et dans ce blogue, n’en sera pas tout d’abord un dans ces grands secteurs de crise, mais surviendra plutôt de déstabilisations économiques associées à un approvisionnement déclinant en énergie qui est pourtant totalement nécessaire pour le système et dont l’utilisation est de plus en plus exagérée (voir la Figure 4). Encore une fois, et en dépit des préoccupations actuelles pour une possible récession économique dans le court ou le moyen terme, ces problèmes en cause dans l’actualité ne semblent pas être associés à une déstabilisation structurelle de l’économie, des économies.

HSBC projections

Figure 4. HSBC a fait en 2017 une analyse en profondeur de l’ensemble de la production mondiale de pétrole, pour aboutir à la conclusion qu’un déclin est imminent et presque inévitable; les graphiques (a. 81% des gisements sont en déclin; b. 64% des gisements sont en déclin) indiquent une baisse d’environ la moitié de la production actuelle, qui se situe à environ 91 millions de barils par jour (mbd). Il s’agit d’une sorte de mise à jour du graphique tiré des données de l’Agence internationale de l’énergie qui se trouve à la page 145 de mon livre.

Aux États-Unis, tout comme maintenant au Canada aussi, l’orgie de dépenses dans des résidences cossues et souvent secondaires, ainsi que dans des véhicules allant carrément à l’encontre de toutes les propositions pour des réductions importantes des émissions dans le secteur des transports, donne l’impression d’une sorte de déni, d’une dernière répudiation face à l’ensemble des crises qui sévissent. Nulle part il n’y a d’indications qu’il y a possibilité de changement structurel et radical dans l’approvisionnement en énergie, ce qui permet le fonctionnement de tout cela. Voir à cet égard un article récent dans La Presse+ où la journaliste interviewée se montre encore fixée sur la venue d’énergies renouvelables et d’interventions gouvernementales comme source de salut. On cible, à la place de ces pistes, les sachant illusoires, l’élimination des pailles de plastique.

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Croissance démographique, croissance économique – à leurs limites

Rien de nouveau dans cet article. On peut remonter à 1991 pour une chronique de Jean-Pierre Drapeau et Luc Gagnon, «Une politique familiale… ou nataliste?», soulignant l’intérêt pour un ou deux enfants, dans le volume 8, numéro 4 de Franc-Nord, publication de l’UQCN  (devenue Nature Québec), et la réplique de Pierre Foglia dans La Presse, «Les crétins de Franc-Nord», (l’échange était intéressant, et je cherche les liens). Je poursuis le soutien à ce crétinisme ici, mais en tenant compte entre autres d’une réflexion entretemps de la Banque mondiale menée par une équipe sous Kirk Hamilton en deux volumes, Where is the Wealth of Nations: Measuring Capital for the 21st Centurys? (2006) et The Changing Wealth of Nations : Measuring Sustainable Development in the New Millenium (2011) mettant le défi démographique dans le contexte mondial.

 

La question concernant la population optimale du Québec ne semble jamais posée. Pendant des décennies, la population du Québec a continué de croître, sans jamais qu’on se soit demandé: Y a-t-il une limite à la population qui devrait ou pourrait habiter le Québec?

Les projections

La présomption d’une croissance démographique comme normale fait partie des habitudes, comme c’est le cas depuis toujours – je ne crois pas qu’il n’y ait jamais eu de mémoire d’homme (voire de femme) une période de décroissance démographique, ni mondiale, ni canadienne, ni québécoise, même comme conséquence des deux guerres mondiales du XXe siècle.

Pyramide âges Qc

Le Québec – Cette «pyramide des âges» pour le Québec en 2016 et telle que projetée pour 2066 par l’ISQ reflète le portrait de l’ensemble des sociétés riches. Il y a un peu d’espoir dans le portrait, qui montre la tendance vers une population à la baisse qui pourrait ultimement être en correspondance avec la capacité de la planète à la maintenir.

http://www.harveymead.org/ecrits-2/remplacer-quelle-generation/

Territoire palestinien occupé actuel – Le portrait pour la grande majorité des sociétés, plus pauvres, est cette pyramide, tout simplement, et le peu d’espoir pour une sortie de la crise qu’elle représente. Dans les projections de Halte à la croissance, il y a un déclin marqué de la population humaine suite à l’effondrement.

La croissance démographique contribue de façon importante à celle économique: plus de monde fait plus d’activité et plus de consommation. C’est le pendant de la croissance économique, sauf que celle-ci se voit coupée périodiquement par des récessions, des périodes de décroissance économique (voir Desrosiers à cet égard – https://www.ledevoir.com/economie/558579/analyse-la-recession-qui-n-arrive-pas-).

Les projections sont établies pour une population humaine qui continuera de croître (jusqu’à environ 10 milliards de personnes en 2050…), et cette croissance se réalisera presque exclusivement dans les pays pauvres. L’analyse de cette situation démographique indique qu’elle comportera d’énormes défis pour notre époque, même pour les populations des pays riches, alors que sa progression au fil des dernières décennies en comportait peut-être moins.

Depuis environ 40 ans, l’empreinte écologique de l’humanité dépasse la capacité de support de la planète, cela peu importe le fait que l’humanité connaissait, et connaît toujours, d’énormes inégalités entre les quelques milliards de pauvres et peut-être un milliard de riches. Plus la population s’accroît, moins il y a de support planétaire pour chaque personne: ni la planète ni ses ressources biologiques derrière le calcul de l’empreinte écologique ne connaît de croissance. Moins il y a de chances donc pour une réduction des inégalités, même si on risque d’y voir de toute façon une obligation de réduction marquée de l’empreinte des populations riches.

Et au Québec

Pendant des décennies, la croissance économique se maintenait en fonction, en partie, de la croissance démographique. Avec le temps, cette croissance démographique s’est mise à ralentir dans les sociétés riches, reflet de ce qui est nommé la «transition démographique» où une population – surtout les femmes – arrivée à un certain niveau de richesse cherche à profiter personnellement de cette richesse en mettant moins d’accent sur l’idée de faire des enfants.

Le Québec se trouve dans cette situation depuis environ 20 ans, alors que les jeunes Québécoises ont décidé de ne plus chercher à assurer le «remplacement des générations». Voilà l’origine de l’incapacité de la population à répondre aux appels des milieux économiques, voire des responsables gouvernementaux. La situation était prévisible depuis des décennies, et la principale réponse semble avoir été des efforts pour encourager la natalité, ce qui n’a pas réussi.

Regardant la situation d’un autre œil, le calcul fait quand j’étais Commissaire du développement durable a montré que notre empreinte dépasse par trois fois la capacité planétaire de support sur une base équitable pour la population humaine. Cette situation est une composante de mon constat, dans la première partie de mon livre, de l’échec de nos efforts de gérer notre vie sur la planète en tenant compte des exigences des limites environnementales.

Face à cet échec et à l’effondrement probable, je suggère que ce qui est important aujourd’hui n’est surtout pas de maintenir la croissance démographique (par l’immigration) et la croissance économique (par tous les moyens possibles), ni de maintenir les efforts de recherche de mitigations possibles par le mouvement environnemental (et le mouvement social) déployés pendant des décennies. C’est d’intervenir en essayant de comprendre, d’influencer et de nous préparer pour ce qui nous arrive.

Des pistes dans la vieille tradition

L’importance de la croissance démographique dans la croissance économique est telle que nous sommes aujourd’hui confrontés à une des implications de la situation curieusement non préparée mais qui est arrivée, à l’effet que, sans maintien de la croissance de la population, celle-ci vieillit. Instinctivement (et avec l’aide des médias et, finalement, d’un ensemble d’institutions), nous trouvons cela inquiétant… C’est seulement avec l’immigration que la situation n’aboutira pas à une véritable décroissance de la population dans les sociétés riches.

Comme Commissaire, mon objectif en faisant le calcul de 2007 n’était pas celui de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et ses constats statistiques, faits en présumant du modèle économique actuel. Le récent rapport de l’ISQ publié le 11 juillet dernier (avec un communiqué qui le résume) n’aborde presque pas les problématiques sociales et environnementales associées à ses projections, centré comme il l’est sur le portrait statistique pour la période 2016-2066. Les faits saillants résument les projections, avec comme presque seule thématique le vieillissement et – presque une recommandation – le recours à l’immigration pour maintenir la croissance (démographique et économique).

ISQ Faits saillants pour le Québec

Devant un accroissement continu de la population, celle-ci pourrait atteindre 10 millions en 2066. Ce n’est peut-être pas dans le mandat de l’ISQ de se poser des questions sur les projections résumées ici, mais la société ne se les pose pas non plus.

Ces projections ne semblent pas très positives dans leur ensemble, augmentant des problèmes sociaux et environnementaux déjà la source de défis importants pour la société. L’importance aux yeux des gouvernements de maintenir la croissance économique fait que l’approche retenue est de trouver des solutions ailleurs à ces défis, soit dans l’immigration.

Tout ceci était plutôt implicite aussi lors d’une entrevue par Manon Globensky à Midi-Info le 11 juillet de Chantal Girard, démographe de l’ISQ. Tout au long de l’entrevue, il semble s’y trouver (même si, après une deuxième écoute, rien ne semble aussi explicite que je pensais) une sorte de préoccupation, non pas face à la croissance de la population prévue pour les prochaines décennies, mais plutôt face à une réduction du taux de croissance et du «vieillissement», le taux passant de 1% par année à environ 0,3% (selon les projections). On constate généralement et un peu partout une volonté complètement irréfléchie de voir la population du Québec augmenter et surtout ne pas vieillir.

L’immigration

Le débat sur le nombre d’immigrants à recevoir semble ouvrir une brèche dans cette absence de réflexion. La baisse du taux de natalité «naturelle», voire de la population globale incluant l’immigration, n’arrive pas au Québec à fournir la main-d’œuvre jugée nécessaire pour le fonctionnement de l’économie. Bon nombre des travailleurs étrangers déjà en place, mais temporaires, œuvrent dans le secteur agricole où la population locale ne veut pas travailler – histoire entre autres de salaires bas pour maintenir des prix que les consommateurs locaux seraient prêts à payer – , mais la volonté explicite maintenant est de chercher (jusqu’à 70%) des immigrants à caractère économique, cela en pensant aux postes nécessitant certaines expertises. Cela s’accompagne, sans que l’on n’en parle, d’une perte dans les pays d’origine de ces personnes et de leurs capacités à participer à l’économie de ces pays. Quand il s’agit d’autres pays riches, cela ne soulève peut-être pas beaucoup de préoccupations, mais quand il s’agit de pays plus pauvres, l’effort de maintenir notre «développement» économique va carrément à l’encontre de tels efforts dans ceux-ci, et ne fera qu’accroître les inégalités qui mènent actuellement à des immigrations (illégales) massives.

En même temps, le débat sur la laïcité a soulevé des réticences dans la population – au Québec, apparemment pas au Canada – face à des immigrants d’origines ethniques autres qu’européennes. Et les immigrants illégaux qui font la manchette partout, ici, aux États-Unis, en Europe, comportent clairement une diversité ethnique qui complique davantage le portrait.

Rien de cela n’est vraiment discuté dans le rapport de l’ISQ, mais mérite une attention assez spéciale face au fait (entre autres) que les populations des pays pauvres – 85% de la population humaine – n’ont pas connu encore une transition démographique, parce qu’elles vivent toujours dans la pauvreté, et de plus en plus cherchent cette «transition» par une migration vers les pays riches.

Un cul de sac 

Le modèle économique qui était en partie responsable des écarts de richesse entre les populations riches et pauvres, ainsi que des inégalités qui passent proche de définir les rapports entre les pays riches et pauvres, aboutit à une conséquence plutôt directe de ses orientations. C’est une situation où il n’y a presque plus de possibilité pour les pays pauvres de croître, en partie en raison de la dominance structurelle des pays riches, en partie en raison d’une déplétion de plus en plus répandue des différentes ressources naturelles (surtout celles non renouvelables) nécessaires pour la croissance économique et où il y a de grandes populations qui se trouvent donc dans un cul de sac.

Dans ce contexte, on peut comprendre la réflexion de Luc Ferrandez qui – je n’ai pas entendu l’entrevue – indiquait qu’une première réponse à la crise actuelle est de cesser de produire des enfants et – un complément que j’ajoute et dont il est bien conscient – porter une attention plus grande à l’ensemble des populations en besoin au sein même des sociétés riches, comme celle du Québec. De mon côté – cela remonte aux années 1960 – nous avons arrêté notre famille à deux enfants, histoire de respecter un objectif évident, celui de ne pas dépasser «le remplacement des générations» alors que toute ma génération, et davantage celle qui l’a suivie, celle des babyboomers, ont allègrement fait le contraire. Mes deux enfants n’ont pas eu d’enfants, pour des raisons et dans des contextes différents, mais cela reflète l’objectif d’origine qui est toujours pertinent, voire très important.

NOTE le 3 septembre. Je viens de relire l’essai de Jeremy Grantham, The Race of Our Lives Revisited, une mise à jour en 2018 d’un essai antérieur. Sa réflexion sur les enjeux démographiques, qui vient vers le milieu de l’essai, mérite lecture.

 

 

 

 

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Le discours quotidien ambigu et perturbateur

C’est probablement peu connu que j’ai gagné ma vie comme professeur de cégep, et j’étais pleinement engagé pendant les 25 ans que j’y étais, fasciné par le défi et l’énorme satisfaction que procure l’enseignement. Plus précisément, ma profession était l’interprétation de textes et une aide fournie à mes étudiants pour qu’ils deviennent de bons interprètes. Un récent texte d’Yves-Thomas Dorval, pdg du Conseil du patronat du Québec (CPQ), dans Le Devoir du 21 juin m’a frappé par l’occasion qu’il présente pour une analyse – pas très difficile – d’un texte typique d’un trop grand nombre qui polluent notre quotidien et qui vont être encore plus nombreux dans les mois qui viennent. 

Nos enfants se trouvaient assez rapidement ailleurs après – voire pendant – leurs études et j’ai pu poursuivre pleinement, pendant mes années d’enseignement, mon autre engagement qui remontait aux années 1960, celui qui cherchait à éviter la réalisation des projections d’un avenir sombre pour notre civilisation si elle n’apprenait pas à tenir compte des exigences qu’impose l’environnement. Là aussi, je crois qu’une partie importante de mon effort était la correction de tir de nos dirigeants, voire de notre société.

Quelques réflexions donc sur le texte de Dorval.

«À quelques mois des élections fédérales, les principaux partis se sont exprimés en faveur de l’Accord de Paris afin que le Canada atteigne, d’ici 2030, son objectif de réduire ses émissions de gaz à effets de serre (GES) de 30 % par rapport à 2005.»

Il n’y a aucune indication du fait qu’aucun des partis ne fournit un plan d’action chiffré qui fournit les moyens d’atteindre cet objectif. Par ailleurs, et plus important, la signature de l’Accord de Paris a été possible parce que les engagements des différents pays à cet égard ne représentaient pas ce que le GIÉC a calculé comme nécessaire pour éviter une catastrophe climatique. Les différents partis fédéraux (et le CPQ) peuvent se permettre d’y adhérer pour la même raison, soit que l’Accord vise beaucoup trop bas.

Pour le Canada, l’objectif est celui du gouvernement Harper, décrié dans le temps (i) parce qu’il n’utilisait pas l’année de référence 1990 mais celle de 2005, qui (ii) comportait des augmentations importantes des émissions par rapport à 1990 et donc réduisait le défi des diminutions.

«La question qui tue: comment accompagner les entreprises, les employeurs et leurs salariés pour les aider à innover dans une démarche qui tient compte de la réalité de M. et Mme Tout-le-Monde ainsi que de leurs contraintes?»

Dorval passe donc à une question qui touche ses préoccupations, mais qui n’est pas celle qui tue, celle de viser des objectifs beaucoup trop bas, ce qui va tuer beaucoup plus… Dorval introduit des éléments économiques en nommant ses cibles, et prépare un détournement en mettant l’accent sur l’innovation, un des fondements de l’économie basée sur la croissance. Il prépare d’autres détournements en mettant sur la scène la «réalité» et les contraintes des individus, c’est-à-dire le dépassement dans leur réalité du niveau de consommation qui tiendrait compte de la capacité de support de la planète, soit de l’empreinte écologique.

«Entre la poussée des générations montantes et la prise de conscience des moins jeunes, il est indéniable que la question climatique et la transformation de notre économie seront sur toutes les lèvres pour les années à venir, chez nous, comme dans le reste du monde d’ailleurs. Lorsque les jeunes descendent dans la rue, c’est pour nous inciter à les écouter et à les aider à mettre en place les conditions pour créer une société prospère, dans un contexte de grands bouleversements, tout en permettant à nos entrepreneurs de tirer leur épingle du jeu. Ce faisant, au-delà des clivages idéologiques, des antagonismes et de la joute politique, nous avons tous le devoir d’entretenir l’espoir d’un lendemain meilleur pour nos jeunes et les générations futures.»

Léa Ilardo, une des co-porte-paroles du collectif La planète s’invite à l’université, faisait savoir dans un texte dans Le Devoir du 3 juillet que la routinière référence aux années à venir est maintenant dépassée, ces années de crises étant déjà arrivées – il n’y a plus de confortable planification patiente possible. Comme je dis assez souvent, les «générations futures» sont maintenant celle des jeunes d’aujourd’hui, et on doit cesser de recourir à cette référence apaisante et confortante.

Par ailleurs, Dorval peut bien le penser, mais les jeunes et les moins jeunes qui protestent dans les rues et dans les conseils municipaux ne cherchent pas la mise en place des «conditions pour une société prospère» mais des changements de fond dans notre société, déjà trop prospère.

Ils ne présument pas que les bouleversements vont permettre à nos entrepreneurs de tirer leur épingle du jeu, c’est-à-dire poursuivre en maintenant notre système économique alors que ce système est la principale cause des problèmes et doit être justement transformé. Cela ne signifie pas non plus, pour les protestataires (qui se joignent aux gens qui interviennent depuis des décennies avec le même objectif), la recherche d’un «lendemain meilleur», c’est-à-dire pour Dorval une société encore plus prospère, plus destructrice, suivant le modèle d’aujourd’hui.

«Certes, les différentes voix qui s’élèvent aux quatre coins du pays ne s’entendent pas nécessairement sur les gestes à accomplir. Il demeure néanmoins un point positif: le Canada cherche des solutions pour préparer l’économie de demain et préserver la capacité de la société à prospérer.»

Toujours, la recherche d’une prospérité toujours améliorée comme si celle que nous connaissons, dans laquelle les jeunes ont grandi, ne comporte pas déjà de l’exagération. Il faudrait bien que Dorval nous indique ce qui lui fait croire que le Canada cherche des solutions aux véritables défis, avec (i) un premier ministre qui cherche à pérenniser l’exploitation des sables bitumineux, (ii) un candidat du parti conservateur qui reste dans le flou même après son intervention en matière de climat, (iii) un Nouveau parti démocratique qui évite dans son plan d’action toute référence aux sables bitumineux, sujet clé dans les débats au sein du parti en 2015 et (iv) un Parti vert du Canada qui propose (voir l’action 13) de remplacer nos importations de pétrole (en bonne partie du pétrole des États-Unis résultant du fracking) par du pétrole des sables bitumineux, mettant sciemment de côté le fait que tout ce pétrole non conventionnel marque la fin de rendements énergétiques adéquats pour nous soutenir dans nos excès.

C’est malheureux, mais nous savons déjà que nous ne verrons pas une recherche de solutions à la crise énergétique et aux changements climatiques pendant la présente campagne.

«À cet égard, il faut se féliciter de la mobilisation qui prend forme au Québec, et qui implique l’ensemble des parties prenantes. En plusieurs occasions depuis l’élection du gouvernement provincial, et au sortir de la COP24, nous avons insisté sur l’importance de mettre en œuvre rapidement une démarche coordonnée, mobilisant l’ensemble des ministères, afin d’élaborer un plan climat concret et efficace. En ce sens, les engagements du gouvernement provincial sont pleins de bonnes intentions, et la démarche annoncée cette semaine, qui doit mener à un Plan d’électrification et de lutte contre les changements climatiques en 2020, mérite d’être appréciée.»

Dorval passe au provincial avec le même flou qu’avec le fédéral. On peut bien essayer d’apprécier les bonnes intentions, mais nous sommes toujours loin des interventions souhaitées, avec un gouvernement au Québec élu par la population mais qui n’avait même pas mis l’environnement – lire les changements climatiques – à son ordre du jour et qui trouvera que les interventions requises vont à l’encontre des orientations profondes de la plupart de ses députés.

«Nous appuyons totalement les stratégies gouvernementales qui visent à décarboniser graduellement notre économie, et ce, tant au Québec, qu’au Canada et même dans les États voisins. Nous avons la chance de pouvoir produire une électricité propre et avons tout à gagner à en faire profiter nos voisins également. Il faudra aussi compter sur le potentiel d’autres filières, notamment au bénéfice des régions. Pensons, notamment, à la filière des biocarburants, de la biomasse, du gaz naturel renouvelable (GNR), de l’hydrogène, ou, encore, de l’économie circulaire, surtout pour nos matières résiduelles et secondaires.»

Tout en souhaitant la mise en œuvre rapide d’une mobilisation gouvernementale comportant tous les joueurs, l ‘appui de Dorval ici est mis sur le caractère graduel des interventions attendues, et il est même difficile de voir de quelles stratégies il est question tellement les gestes gouvernementaux ne vont nulle part depuis un bon bout de temps. Le rêve que les énergies renouvelables puissent remplacer dans le monde les énergies fossiles s’avère justement une illusion, ces énergies n’ayant servi jusqu’ici qu’à alimenter la croissance de la consommation. Quant à l’idée qui circule depuis des décennies de voir notre hydroélectricité (temporairement en surplus) remplacer l’énergie fossile de nos voisins, cela s’est avéré depuis longtemps justement un rêve (à suivre avec attention: l’intention de la ville de New York de procéder à un véritable plan de réduction importante de ses émissions en ayant recours à des importations du Québec).

Et voilà, pour sortir du dossier de l’énergie, Dorval nous sert la nouvelle illusion, l’économie circulaire, absolument essentielle et d’un véritable intérêt, mais qui prendra beaucoup de temps à mettre en place et n’offrant donc aucune solution pour notre situation de crise. Dorval voit cette économie circulaire comme intéressante pour les déchets, mettant l’accent sur son rôle comme approche à la gestion de ceux-ci, sans réaliser les contraintes qu’elle comporte pour l’ensemble de l’activité économique, son véritable intérêt.

«Le secteur des transports aura besoin de mesures pour réduire ses GES, la congestion et le nombre de déplacements. Pour le transport collectif, l’électrification est une très bonne initiative, mais elle doit se faire de pair avec une augmentation massive de l’offre globale, qui souffre de besoins criants. En ce qui concerne le transport des marchandises, la croissance des échanges internationaux et du commerce en ligne nécessite plusieurs initiatives qui ne peuvent pas être des copier-coller des mesures destinées au transport des personnes. Il faudra également revoir nos pratiques d’aménagement et d’urbanisme, avec des aléas climatiques plus marqués.»

Cela fait tout un agenda, avec une proposition pour une augmentation massive de l’offre pour le transport en commun qui reste néanmoins dans le flou et qui ne se commet pas sur l’avenir de l’automobile privée. À cet égard, il est presque encourageant que Dorval ne mentionne pas une «transition» en cours ou à venir. Ce qui sera requis pour le transport des marchandises et le commerce en ligne est également laissé dans le flou, sauf pour insister sur la croissance de ces activités comme présumée. Nulle part on ne trouve des chiffres, et je soupçonne que nous n’en trouverions pas au sein du CPQ.

«Dans vingt ou trente ans, la société ne sera plus du tout la même, les attentes des citoyens et les habitudes de vie non plus. C’est pourquoi le Québec, par exemple, s’active actuellement à réviser ses leviers pour s’adapter et se transformer, afin de reproduire le succès mondial de sa filière hydroélectrique dans d’autres secteurs. Cette vision du changement ne se bâtit pas toute seule, elle suppose l’adhésion de la société civile. Le Canada et chacune de ses provinces doivent faire de même, tous partis politiques confondus.»

Partant des impacts à venir des changements climatiques, Dorval fait référence à un changement en profondeur de la société, sans jamais chercher à indiquer ce qui pourrait être en cause, alors que de toute évidence ce changement ne portera pas, pour lui, sur les fondements de l’économie. Fidèle à notre tradition vieille maintenant de presque 100 ans, il propose l’idée de nouvelles initiatives économiques pouvant rivaliser avec le développement hydroélectrique que nous avons connu depuis 50 ans. C’est une vision qui nécessite l’adhésion de la société civile, dit-il, mais celle que je connais ne réagira pas devant une telle vision. Différents acteurs cherchent à rendre la nouvelle vision plus claire.

Et maintenant, la campagne électorale fédérale

La campagne électorale fédérale est déjà en cours, et on peut s’attendre à des discours omniprésents plus flous même que celui de Dorval. Seule exception, peut-être: l’insistance du gouvernement Trudeau sur la contradiction entre la réduction des émissions de GES (la «protection de l’environnement») et le développement des sables bitumineux. Il ne s’y trouve pas d’ambiguïté, ni dans le discours, ni dans la contradiction. S’étant opposé à l’agrandissement du pipeline TransMountain, Steven Guilbeault va apparemment contourner la contradiction en maintenant cette opposition – il s’est annoncé candidat après la décision du fédéral de procéder -, même s’il est élu et se trouve au sein d’un nouveau gouvernement libéral.

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La décroissance conviviale

Le Festival était organisé par le Collectif décroissance conviviale de Montréal, et regroupait de nombreuses participantes bien réseautées dans ce mouvement marginal où je me trouvais bien à l’aise. La réalisation que je n’étais pas bien réseauté avec ce mouvement, en dépit de nombreux contacts par mon blogue, m’a amené à la décision de créer une page Facebook (à venir)…

C’était dans la plus grande informalité que le Festival de la décroissance conviviale a eu lieu à Montréal le 1er  juin. Il tenait lieu sur un chantier du campus MIL de l’Université de Montréal, sujet d’une certaine préoccupation des résidents du secteur en raison de ses impacts potentiels sur la vie du quartier, et cela a permis plusieurs  interventions pendant la journée.

Festival1

Ma présentation utilisait une approche informelle – pas de projecteur fonctionnel disponible – en circulant des feuilles imprimées d’une série de graphiques qui me paraissaient résumer mieux qu’un long discours la situation qui nous mène à l’effondrement. Festival2En cela, j’étais identifié comme un collapsologue (terme plus courant en France), centrant mon discours sur ce que je juge l’inévitabilité de l’effondrement, en suivant l’argumentaire de mon livre.

Cela était plutôt en complément à plusieurs autres discours, où je sentais une volonté de s’y préparer en pensant cette nouvelle société qui va s’imposer mais pour laquelle nous serons bien mieux placés si nous travaillons activement à en mettre en place quelques éléments.

 

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Interlude 2: Luc Ferrandez pose un geste

J’essayais de terminer un article sur la démission de Luc Ferrandez quand j’ai eu un rêve! Ce rêve ne venait pas de réflexions explicites cherchant à développer les grandes lignes d’une intervention suivant la pensée de mon livre, mais venait de toute évidence d’une réflexion inconsciente qui était ma façon de concrétiser ma propre démission sans suites planifiées, mais esquissées dans leurs grandes lignes dans mon livre. Le rêve a transformé l’article en une lettre ouverte à Luc Ferrandez…

Monsieur Ferrandez,

J’ai suivi avec intérêt les différentes entrevues suite à votre récente démission du conseil municipal de Montréal ainsi que du poste de maire du Plateau. Je crois avoir assez bien compris les réflexions aboutissant à votre décision et je comprenais que vous l’avez prise sans avoir précisé les suites, dans l’action et dans la réflexion. Brian Myles, directeur du Devoir, semble avoir assez bien décrit votre positionnement dans son éditorial du 16 mai dernier où il insistait sur l’élément «sans compromis» de votre geste et de votre réflexion, qu’il considérait mal avisés.

C’est pratiquement le même «jugement» porté par Lise Bissonnette et Louis Roy sur votre décision de quitter la vie politique dans leurs commentaires à l’émission Midi-Info à Radio Canada le 15 mai. Sauf erreur, ce type de jugement des médias n’a pas accompagné la démission de Nicolas Hulot l’an dernier de son poste de ministre de la Transition écologique dans le gouvernement français; le commentaire le plus frappant pour moi à ce moment-là était celui de Steven Guilbeault, à l’effet que Hulot ne comprenait pas la culture politique et la nécessité dans cette culture d’accepter les processus, souvent longs et difficiles, pour arriver à (une partie de) ses fins.

Des mesures de guerre nécessaires

En contraste, nous voyons un peu partout la suggestion que la situation actuelle, dont la crise des changements climatiques, nécessite la mise en place de mesures de guerre. Cela suggère entre autres des prises de décision coupées des situations «normales» nécessitant assez souvent du temps et des compromis dans les processus normaux de délibération et de prise de décision démocratique.

À cet égard, vous suggérez à la fin de l’entrevue que vouz seriez prêt à revenir – vers 2030, disiez-vous, si la situation évolue comme vous soupçonnez qu’elle va faire – pour faire profiter de votre expérience en exerçant une approche plutôt autoritaire. Plusieurs commentaires ont soulevé cet aspect de votre réflexion, toutefois avec une analyse négative. Ceux-ci me rappelaient le jugement très sévère de Michel Lacombe sur ma propre idée que seul un gouvernement autoritaire comme celui de la Chine pourrait prendre les décisions que les crises actuelles exigent. Finalement, mon idée était plutôt de souligner que cela n’arrivera pas; cela semble rejoindre votre analyse de la situation, sauf que vous ne semblez pas insérer dans votre réflexion ce qui est fondamental pour moi, soit la forte probabilité d’un effondrement de notre civilisation commençant par celui de l’économie industrielle dont elle dépend.

Comme Hulot, comme moi, il me semble que vous ne voyez pas la possibilité que nos processus politiques habituels puissent répondre adéquatement aux crises qui sévissent. L’insistance persistante à l’effet que ce sont les gouvernements qui manquent de courage et qui ne prennent pas les décisions qui s’imposent s’insère justement dans le refus de reconnaître (i) le besoin de l’équivalent de mesures de guerre et (ii) le caractère extraordinairement hors de l’ordinaire que ces mesures comporteraient. Cela va à l’encontre des attentes de la Planète s’invite à l’université, du Pacte pour la transition de Dominique Champagne, de la Déclaration d’urgence climatique (le sujet de quelques mentions ici et cette semaine à Ottawa suite au dépôt du gouvernement libéral d’une proposition en ce sens), qui d’une voix presque unanime constatent la faiblesse de nos réponses à ce jour et qui demandent au gouvernement (aux gouvernements) d’agir en notre nom.

Le principal problème que je vois avec ces initiatives est qu’elles ne fournissent presque aucune idée des mesures qui seraient nécessaires pour que les gouvernements répondent adéquatement aux demandes. Vous fournissez quelques indications de ce que vous jugez pertinent pour répondre aux défis, résumé peut-être dans la suggestion que nous devrons retourner au niveau de vie de «nos parents», disons, au niveau de vie connu avant les Trente glorieuses, à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, à la fin des années 1940.

Vous avez fait plusieurs suggestions précises (taxer 100% du stationnement sur rue et hors rue, taxer l’entrée au centre-ville, déminéraliser 10% des rues, acquérir et démolir les maisons en territoire inondables – pour rester dans l’actualité… –, faire du lobbying pour taxer les vols aériens et la viande, bloquer la spéculation au centre-ville en réduisant la hauteur des édifices permise, taxer les déchets, réinventer le recyclage et la consigne). Vous insérez ces suggestions dans l’idée d’une transition possible (en ciblant l’automobile) tout en constatant le peu de réalisme de celles-ci, voire leur insuffisance.

L’abandon d’un pouvoir finalement inutile

Comme vous le constatez, comme je l’ai constaté lorsque j’ai démissionné de mon poste de sous-ministre en 1991, vous cédez du pouvoir – dans son sens habituel – avec votre geste, mais justement, il s’agit d’un pouvoir qui ne permet pas d’avancer suffisamment pour répondre aux crises (dans mon cas, aux urgences…). Bref, on sent une certaine paralysie dans votre geste et dans votre évaluation de la situation.

C’est ce que j’ai ressenti en dressant ma propre liste d’interventions à envisager, comme je l’ai fait récemment: prévoir une auto personnelle électrique ou pas d’auto du tout, au moins, se préparer à une réduction de notre consommation d’énergie de 50%, finalement, toute l’énergie fossile que nous utilisons (cela surtout chez les individus pour leurs véhicules); chercher à encourager les fermiers locaux, entre autres via l’achat des boîtes de légumes (et viande?) pendant l’été et l’automne; arrêter de manger les produits alimentaires venant de loin, comme les légumes et les fruits des pays tropicaux; éliminer la viande rouge; convertir le chauffage de la résidence à l’électrique, ou à la géothermie (ou à des thermopompes); enlever du calendrier familial les fêtes associées à des cadeaux donnés ou échangés (Noël, Pâques, anniversaires, Fête des Mères, Fête des Pères, Saint-Valentin, autres), du moins pour ce qu’il y a des cadeaux; annuler les vacances nécessitant un voyage en avion, voire les voyages en avion, tout simplement.

Par contre, vous suggérez que des gestes dramatiques vont s’imposer d’ici dix ans environ, et que vous seriez alors disponible. C’est en effet l’échéancier de l’effondrement tel que je l’esquisse en suivant Halte à la croissance et voilà, comme Hulot, vous nous mettez devant une situation qui impose que nous agissions, tout en sachant que nos gestes seront insuffisants. C’est le «compromis» que l’on soupçonne envisagé par Myles, par Bissonnette et Roy, moins le constat d’échec par ces personnes des efforts habituels.

En effet, le GIÉC et d’autres sources bien crédibles nous fournissent un échéancier et des objectifs qui sont oubliés, voire ignorés, par les critiques de Hulot, de vous, de moi. Les institutions que nous prisons et qui constituent nos outils pour répondre aux défis ne sont plus adéquates face à l’échéancier; comme Guilbeault le soulignait, elles exigent du temps et, comme Myles et Bissonnette le soulignent, elles fonctionnent par la voie de compromis. Toutes nos sources d’informations scientifiques nous indiquent que nous n’avons plus le temps et que les décisions requises ne permettront pas des compromis.

Un retour en politique (fédérale) et des éléments d’une plateforme?

C’est surprenant, dans un tel contexte, que vous ne sembliez pas exclure un saut possible en politique fédérale. Et voilà, je viens d’avoir un rêve qui reflète vraisemblablement mon propre sentiment de paralysie qui accompagne tous ces constats. Cette lettre termine donc avec quelques suites du rêve qui me paraissent utiles à rendre explicites, en vous encourageant à agir d’une façon que vous n’envisagiez pas consciemment, explicitement.

Je constate dans mon livre (chapitre 2) l’échec du mouvement environnemental, mais je constate depuis sa publication, en fait, depuis les années que je publie des articles sur mon blogue, que les principaux acteurs de ce mouvement manifestent justement une paralysie face à la nécessité de changements dans l’approche. Par contre, des acteurs québécois (et autres) du Parti vert du Canada (PVC) semblent proches d’une reconnaissance de ce que vous ressentez, de ce que je ressens, la nécessité de changement et de nouvelles orientations – pourquoi pas en ciblant la prochaine campagne fédérale avec un programme à la hauteur des défis, en planifiant entre autres et par exemple le retrait du Canada de l’exploitation des sables bitumineux. Cela pourrait bien entraîner une récession – cela en restant avec ce terme dans le cadre du modèle économique actuel, avec son PIB comme guide – , et perdrait l’Alberta et la Saskatchewan, mais ces provinces sont perdues de toute façon sur le plan électoral.

Je constate encore dans mon livre (chapitre 3) l’échec du mouvement social et je n’y vois pas d’acteurs qui le reconnaissent – sauf que c’est un domaine où vous avez une expertise, où vous êtes un acteur important. Votre décision de démissionner ne vous a pas coupé de l’énorme réseau d’autres acteurs qui ressentent, comme vous, qu’il faut changer de façon d’agir et de faire et ce serait le temps pour vous, je me permets de croire, non pas d’attendre un appel d’un parti fédéral (et je ne puis croire que le Parti libéral du Canada serait sur votre liste de possibilités, peut-être plutôt le PVC) mais de vous mettre urgemment à la tâche de réunir des acteurs du mouvement social autour de l’initiative de constituer d’autres éléments d’un programme électoral, sur le plan social par exemple, rendant explicites les implications de votre idée que nous devrons retourner à un niveau de vie comparable à celui d’il y a plusieurs décennies. Cela comporterait, j’ose croire, l’acceptation d’une récession permanente – cela toujours en restant dans le cadre qui mesure le progrès par le PIB – à l’échelle du pays, élément du programme qui perdrait beaucoup d’électeurs, mais qui testerait justement la possibilité qu’il y ait une masse critique de gens qui savent qu’il faut agir et qu’eux-mêmes, qu’elles-mêmes, doivent accepter des changements radicaux dans leurs vies.

Et voilà, dans le chapitre 4 de mon livre, je cible l’échec d’un ensemble d’autres acteurs moins «organisés» de la société civile. Un peu comme vous, je crois, je suis convaincu qu’il y a beaucoup de scientifiques qui savent qu’il faut changer radicalement d’approche devant l’absence de mouvement dans le sens de ce que leurs connaissances exigent et cesser de soutenir les démarches traditionnelles. Et il y a toute cette jeune génération qui se manifeste, entre autres via la Planète s’invite à l’université et les grèves des vendredis après-midi, dont la situation et l’avenir exigent ces changements – ils sont la «génération future» que les plus vieux comme nous avons ciblé pendant des décennies en soulignant l’importance d’éviter qu’ils écopent de nos mauvaises décisions en matière de façon de vivre, de consommation. Il y a un nombre important de journalistes qui savent que leurs reportages, que leurs chroniques, représentent des répétitions presque ad nauseam des échecs de la société face aux crises.

Un nouveau monde

C’est à partir du chapitre 5 de mon livre que j’essaie d’esquisser, non pas les petits gestes individuels que nous reconnaissons comme insuffisants, mais plutôt de grands changements dans la société, qui peuvent se regrouper autour de l’idée d’abandonner l’exploitation et l’utilisation des énergies fossiles, autour de l’idée de transformations radicales dans nos institutions et dans nos activités dans le domaine privé. Ces changements esquissés – et à améliorer – pourraient constituer des éléments plus généraux d’une plateforme politique.

À cet égard, on pourrait espérer que le PVC, qui n’a aucune illusion quant à sa capacité de prendre le pouvoir, voire d’avoir un pouvoir au Parlement, pourrait abandonner ses propres idées de compromis, dont le fondement de leur programme à l’effet qu’il nous faut viser une transition et une nouvelle économie verte. Je soupçonne que le PVC, peut-être même Elizabeth May, pourrait reconnaître l’intérêt de réorientations cherchant à fournir des pistes de sortie de l’inertie et de la paralysie pour une masse possible (espérée) de gens, d’électeurs, qui vous rejoignent. Ils seraient peut-être prêts à soutenir une initiative «politique» – pourquoi pas sous les auspices du PVC? – qui les sortirait de cette paralysie et de ce déni (pour ne pas l’oublier) et à entreprendre les démarches envisagées par plusieurs, dont mon livre Trop tard dont le titre est accompagné d’un sous-titre La fin d’un monde et le début d’un nouveau.

Il me ferait grand plaisir de joindre mes modestes efforts aux vôtres dans un souci de voir surgir de la déprime une nouvelle initiative offrant de l’espoir, un espoir fondé non pas sur le déni et l’ignorance mais sur la reconnaissance de ce que nous savons. Mieux cela que d’attendre 2030…

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L’endettement de la classe moyenne et l’avenir

J’étais frappé de voir le nombre de fonctionnaires fédéraux aux États-Unis – que l’on peut présumer raisonnablement bien payés – qui se montraient, suivant les reportages, à la limite de leurs capacités de se maintenir pendant les quelques semaines du shutdown du gouvernement en décembre et janvier derniers. De toute évidence, ces gens vivaient la vie de consommateurs contemporains en s’engageant à la limite de leurs chèques de paie, sans épargnes, sans prévisions pour de mauvais moments, sans penser que le système pourrait changer. Suite de la réflexion.

Un défi à plusieurs facettes

Cela fait plusieurs années que je consulte les données sur le taux d’endettement des ménages canadiens. Une bonne partie de cet endettement est consacrée à des hypothèques, mais Gérard Bérubé notait dans son article récent que le tiers de l’endettement est consacré à la consommation, la partie la plus importante du PIB.

J’en ai parlé dans mon récent article en faisant référence à l’article de Bérubé. Il est devenu, finalement, tout à fait normal de s’endetter, et cela pour nos divers objets de consommation; cela inclut, peut-être surtout, l’auto familiale (pas toujours au singulier), dont le coût augmente avec le choix de plus en plus répandu d’un «camion léger». Un nouveau sondage Ipsos nous révèle, selon un article d’Éric Desrosiers du 24 avril, que plus de la moitié des Québécois se trouvent à $200 de l’insolvabilité…

En parallèle, je reste frappé par les données qui circulent depuis longtemps maintenant, à l’effet que les revenus de la classe moyenne – disons du consommateur moyen… – stagnent depuis des décennies et son taux d’endettement augmente progressivement (cela en même temps que le revenu du 1% augmente sans cesse). Cette classe moyenne est le sujet du rapport de l’OCDE commenté par Desrosiers dans sa récente analyse qui cible comme trame de fond la «croissance inclusive», mais qui cible ainsi un objectif qui lui échappe depuis assez longtemps… La figure 18 de mon livre montre cette situation.

Figure 18 livre

Ceci me rappelle, en 2019, ce que l’OCDE et les pays riches en général ont essayé de faire en 2012, au 20e anniversaire du Sommet de Rio (et au 40anniversaire du rapport de Club de Rome Halte à la croissance auquel ile ne pensaient pas) en ciblant une croissance verte (Trop Tard, p.61s)… Cet effort en matière d’environnement n’a pas réussi plus que ne réussira celui d’aujourd’hui en matière d’équité sociale. Les tendances lourdes semblent intrinsèquement associées au système de base et vont dans le sens contraire.

L’endettement chez nous, le reflet d’un autre endettement ailleurs

Ce que ces suivis rendent évident est que tout le calcul de notre état financier en général, comme individus, comme ménages, comme gouvernements, présume le maintien du régime actuel, avec une croissance en continu qui permet (des fois) de rembourser nos dettes à même cette croissance (de revenus, de services, …). La confiance en ce régime est telle qu’il n’y a pas de mesures visant à gérer ses possibles affaiblissements.

Cela semble correspondre assez directement à la mentalité qui gouverne la gestion financière des ménages: on s’endette, chaque ménage à son niveau et en suivant ses modèles de consommation, en se fiant à la poursuite des choses comme dans le passé. Lorsque je regarde cette situation en ayant abouti à la conclusion qu’un effondrement de notre système économique et social est à prévoir – est peut-être déjà en cours – je commence à percevoir mieux les perturbations qui nous attendent, à l’instar des fonctionnaires fédéraux américains, mais pour le long terme.

Il faut bien distinguer ici entre les objets de notre consommation, dans les pays riches, qu’on doit bien penser susceptibles d’aménagements (mais bien contre notre gré et nos habitudes de longue date), et les nécessités qui ont déclenché le Printemps arabe de 2011 et qui semblent reprendre dans d’autres pays du Maghreb et de l’Afrique du Nord actuellement: le prix du pain au Soudan a triplé à la fin de l’année dernière…

Les perturbations imaginées peuvent se voir en temps réel lorsque l’on regardera ce qui se passera dans ces pays, agissant dans la contrainte en relation avec le pétrole, et surtout avec la baisse du cours du pétrole depuis 2014. Les manifestations de rue sur la présidence des deux pays qui font les manchettes actuellement, l’Algérie et le Soudan, se font sur fond de situations sociales et économiques qui dépendaient des revenus[1] du pétrole pour appuyer leur développement.

Source: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0d/Petroleum_regions_-_north_Africa_map-fr.svg

Nous suivons le développement des pays producteurs en fonction de leurs réserves de pétrole et de gaz, sans regarder leur situation sociale.

Comme dans le suivi de notre endettement, nous suivons le commerce international en fonction des pays exportateurs et des pays importateurs de pétrole (et de gaz, et de charbon), en présumant de façon différente que les informations nous fournissent des aperçus de la situation plus ou moins permanente de ces pays, finalement, presque l’ensemble des pays du monde.

En Algérie, les hydrocarbures représentent 97% des exportations – et donc des devises permettant les importations – et les revenus de la rente du pétrole et du gaz représentent 60% des revenus de l’État (selon Wikipédia); c’est une société à suivre si le pays réussit la transition démocratique recherchée. Le Soudan a perdu les trois-quarts de ses réserves de pétrole avec la décision de la population du Soudan du Sud, en juillet 2011, de se séparer et de former un nouveau pays (en guerre civile depuis…). Contrairement à l’Algérie, il ne semble pas y avoir dans cette société une capacité de fonctionner sans les revenus de pétrole (on rapporte que l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis sont en train de fournir une aide importante).

«L’activité économique» manquante…

En essayant de comprendre ce qui se passe dans ces pays, on arrive assez souvent à y voir des situations peut-être décrites actuellement par celle du Venezuela, dont j’ai parlé dans mon récent article, ou dans une moindre mesure par le Mexique, suivant le dernier article de Philippe Gauthier sur son blogue (qui vulgarise un rapport de SRSrocco dont le titre «Next Oil Domino to Fall?» est indicateur).

Quand nous parlons normalement d’activité économique, nous nous référons à ce type d’activité que nous connaissons dans les pays riches, qui dépend fondamentalement, sans qu’on y pense, du pétrole exploité par les pays pauvres exportateurs (oublions leurs PIB, et il faut bien exclure de la réflexion certains pays comme l’Arabie Saoudite, dont les problèmes viendront plus tard…). Ce qu’il faut chercher chez eux, par les temps qui courent, est une activité socioéconomique qui est autonome et sans lien avec le commerce international dominé par le pétrole et les pays riches. L’article de Wikipedia déjà mentionné est intéressant à cet égard, révélant entre autres que l’Algérie est le pays de l’Afrique continentale avec le meilleur Indice de développement humain des Nations Unies.

Bon nombre de pays exportateurs, dont nous avons suivi le progrès uniquement en fonction de leurs exportations, vont se retrouver dans une situation d’effondrement sociétal parce que, justement, il n’y a aucune activité socioéconomique indépendante – à moins de rendre la vie paysanne déjà omniprésente parmi leurs populations pauvres une situation à plus grande échelle.

Cela ne représentera pas une grande nouveauté, puisque nous, dans les pays riches, les voyons évoluer depuis des décennies avec une grande indifférence, se maintenant dans une pauvreté importante dans leurs populations de base, en croissance, alors qu’ils n’ont pas réussi à distribuer (et à planifier par des fonds souverains, par exemple) les revenus pétroliers même dans les bonnes années. Ici encore, l’Algérie a un fond souverain et a diminué énormément sa dette extérieure alors que le prix du pétrole était élevé.

Et même où il y a de l’activité économique

Quant aux pays importateurs, ceux de l’Europe, suivant certaines indications fournies dans mon récent article, semblent face à un avenir problématique. L’indifférence commence à se montrer inappropriée, puisque l’effondrement sociétal de nombre de ces pays exportateurs – et le déclin de leurs exportations – va frapper plus ou moins durement le fonctionnement de nos sociétés bâties sur une utilisation présumée permanente de ressources énergétiques non renouvelables importées.

Pour revenir chez nous, et en suivant l’analyse de Desrosiers, l’Alberta nous offre le portrait d’une instance exportatrice en déclin – une récession peut-être permanente en cours – et une société perturbée qui, pour le moment, cherche à retrouver les belles années du passé avec l’élection de Jason Kenney et les conservateurs revenant après une absence de quatre ans.

Le bas prix du pétrole depuis 2014 fait pourtant qu’il n’est pas rentable d’ouvrir de nouvelles exploitations dans les sables bitumineux. L’Alberta dépend par contre pour environ 20% de ses revenus, et on voit la province en grandes difficultés financière et sociale… Le pronostic n’est peut-être pas celui, très inquiétant, du Venezuela, une société sans activité économique pour permettre le minimum pour sa population, et cela peu importe qui est président. Reste que l’expérience des gilets jaunes en France, et de toute la population au Venezuela, semble suggérer que les populations sont portées à réagir devant des perturbations venant du secteur du pétrole, et il faudra suivre ce qui se passera en Alberta.

Et le Québec? – l’insolvabilité qui guette

Cela me ramène – de loin – au Québec, où le taux d’endettement semble fait pour causer des problèmes. L’OCDE (Sous pression; La classe moyenne en perte de vitesse) met l’accent sur la classe moyenne face à ses aspirations et ne remet nullement en question ces aspirations; son objectif est de détailler les obstacles à leur réalisation, ce qu’elle appelle des pressions, dans un contexte où elle garde en vue de façon permanente l’inéluctable croissance économique sur laquelle ces pressions représentent une certaine atteinte.

Le résumé exécutif «Vue d’ensemble» donne un aperçu de l’ensemble du rapport, une analyse de ces pressions, qu’il s’agisse de sa situation économique, du coût de la vie en hausse ou de l’insécurité du marché du travail. Il montre que dans de nombreux pays de l’OCDE, les revenus intermédiaires ont moins augmenté que les revenus supérieurs (voir le tableau plus haut) et que, dans certains pays, ils n’ont pas augmenté du tout. Le coût de certains biens et services caractéristiques du mode de vie de la classe moyenne (le logement, par exemple) a augmenté plus rapidement que les revenus médians réels.

Comme autre trame de fond dans cette narration, les auteurs font référence régulièrement au fait que les gens dans la classe moyenne continuent à agir comme si la situation était celle du passé, en dépit de l’ensemble des problèmes esquissés. Au bout du processus, l’insolvabilité pour bon nombre (voir l’article du 24 avril).

Seule la «croissance inclusive» peut nous sauver (l’OCDE)

En effet, dans sa conclusion, l’OCDE souligne que «de nombreuses familles de la classe moyenne [75% à 200% du revenu médian].risquent de plus en plus de basculer dans la catégorie des familles à bas revenu, voire de tomber dans la précarité.». Il est question d’atteintes au pouvoir d’achat de la plupart des familles à revenu intermédiaire alors que la mobilité sociale (vers le haut) marque la classe moyenne depuis des décennies.

Pour l’OCDE, la classe moyenne est en principe un moteur de prospérité et de croissance économique. «Une classe moyenne forte est essentielle pour soutenir la croissance de la productivité et pour financer correctement la protection sociale et sortir des millions de familles de la pauvreté.»

Le rapport se résume face à cela par plusieurs questions et constats.

  • Pourquoi la consommation a-t-elle augmenté davantage que le revenu en ce qui concerne la classe moyenne ? 
  • Le mode de vie de la classe moyenne est plus difficile à adopter que par le passé en raison de la forte hausse des prix.
  • En moyenne, dans les 24 pays européens de l’OCDE pour lesquels on dispose de données, un ménage à revenu intermédiaire sur deux déclare aujourd’hui avoir des difficultés à joindre les deux bouts. 
  • Un ménage ordinaire a besoin de deux revenus pour faire partie de la classe moyenne, alors que dans le passé, un seul apporteur de revenu occupant un emploi hautement qualifié était souvent suffisant. Toutefois, même avec deux revenus, il est de plus en plus difficile d’atteindre le niveau de revenu intermédiaire si au moins l’un des partenaires n’est pas hautement qualifié.
  • Les ménages de la classe moyenne sont de plus en plus mécontents de la situation économique. Dans ce contexte, la stagnation du niveau de vie des classes moyennes dans les pays de l’OCDE s’accompagne de l’émergence récente de nouvelles formes de nationalisme, d’isolationnisme, de populisme et de protectionnisme.

C’est à travers ces constats que le rapport manifeste d’importantes préoccupations pour l’avenir social des pays de l’OCDE – ce n’est même pas question des pays pauvres -, qui dépend de la croissance économique, qui dépend de la prospérité de la classe moyenne…

Les sentiments accrus de vulnérabilité, d’incertitude et d’anxiété se traduisent par une plus forte défiance vis-à-vis de l’intégration mondiale et des institutions publiques (OCDE, 2017[44]). La confiance est non seulement essentielle au bon fonctionnement de toute société, mais constitue également un important facteur de croissance économique.

Les gilets jaune ne sont probablement pas seuls

Le rapport résume en terminant les trois grandes difficultés auxquelles les décideurs doivent faire face:

  1. la classe moyenne estime que le système socioéconomique actuel est injuste:;
  2. le mode de vie de la classe moyenne est de plus en plus cher;
  3. les perspectives de revenus de la classe moyenne sont de plus en plus incertaines.

L’injustice ressentie par la classe moyenne, entre autres envers le 1%, est réelle, mais on voit clairement et directement un clivage entre les objectifs et les orientations intrinsèques du système bâti sur la croissance (qui ne peut être «inclusive», fondée comme elle est sur la concurrence). Les individus et les ménages semblent imiter les gouvernements, avec une cascade de dépenses inabordables et une augmentation de la charge de la dette.

La dette des ménages au Canada s’élève à 171% de leurs revenus disponibles et ce taux d’endettement pourrait freiner et les rendre plus vulnérable – c’est la rengaine d’une espèce de chœur tragique à l’image des tragédies grecques, de l’ensemble des décideurs qui cherchent à tout prix la croissance économique.

Une classe moyenne forte et prospère est importante pour l’économie et la société dans son ensemble, notamment pour stimuler la consommation et [c’est l’espoir des auteurs] les investissements dans l’éducation, la santé et le logement (p.24).

Et on se demande pourquoi nous n’arrivons pas à mieux gérer nos problèmes…

 

[1] J’en ai parlé dans le détail dans le chapitre 8 sur les mines dans le livre sur l’IPV: se fier de façon systémique à des revenus venant de ressources non renouvelables est une erreur stratégique sérieuse, puisque par définition ces ressources ne peuvent être exploitées de façon permanente.

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La Planète s’invite à l’Université – réveillée

Le titre de l’article est déjà presque inquiétant, sauf que c’est tellement dépassé qu’il ne mérite pas que l’on s’y attarde. Finalement, Pour une économie verte est le titre du cahier de consultation de la Commission politique de la CAQ en vue de ses délibérations en mai sur les enjeux environnementaux et non pas celui des signataires de l’article..

Les signataires sont des étudiantes du collectif La Planète s’invite è l’Université Laval, avec l’appui de La Planète s’invite à l’Université. Et le texte est rafraichissant. Les récentes interventions de ce nouveau mouvement sont déjà spéciales, dans le sens qu’elles nous sortent des préoccupations pour des «générations futures» qui remontent à la Commission Brundtland. Les manifestants sont la génération future, et il est saisissant de les voir insister que nous sommes rendus aux impacts que tout le discours cherchait à éviter depuis des décennies, dans leurs personnes.

Le texte débute avec insistance: les objectifs de l’Accord de Paris sont tellement faibles que le GIÉC demande (je ne suis pas au courant de cette recommandation) de tripler les engagements des pays signataires en matière de réduction des émissions de GES d’ici 2030. C’est quand la dernière fois que vous avez entendu une critique de l’Accord?

Il passe ensuite aux critiques des objectifs du précédent gouvernement libéral, pour souligner que la CAQ cherche à conserver leurs objectifs «désuets» et insuffisants. En troisième lieu, «une partie importante» du document de la CAQ porte sur les déchets, et les signataires insistent que la CAQ néglige ainsi «des enjeux beaucoup plus fondamentaux», nommant entre autres le gazoduc dans le nord du Québec et le troisième lien. Le texte passe ensuite à la critique des projets de transport, soulignant l’orientation de la CAQ pour une augmentation du parc automobile et insistant que l’électrification des véhicules proposée ne fait que maintenir le statu quo. Il conclut: il faut que la CAQ «cesse de considérer que la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques se font au détriment de l’économie», complétant le rejet du titre qui, lui aussi, est désuet.

«Le Canada, un pays en déficit de transition», un autre article de la même édition du Devoir, cite Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, à l’effet que la gestion des défis du secteur par le gouvernement Trudeau est irresponsable. Reprenant une approche qui rend celle des étudiants si rafraichissante, le directeur de la Fondation Suzuki est cité à l’effet que, à cet égard, il préfère voir le verre moitié plein, soulignant les acquis du gouvernement Trudeau en comparaison avec le gouvernement Harper… Les étudiantes insistent dans leur texte qu’il faut se mesurer aux vrais modèles, et non à ceux qui font «piètre figure»…

 

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Le troisième lien, un projet emblématique de la fin d’une ère

Bien sûr nous allons voir des études déposées et des débats engagés sur le meilleur emplacement d’un éventuel troisième lien et ses possibles bénéfices, et cela promet d’être intéressant. Ici, j’essaie de positionner ces débats selon le contexte du moyen terme, avec la conviction que cela risque de les transformer. Le sens de la transformation est illustré par le nouveau graphique (pour le blogue) qui se trouve à la fin de cet article. En attendant les débats, je suggère la lecture du livre de Charles Hall et Kent Klitgaard, Energy and the Wealth of Nations: An Introduction to Biophysical Economics; il s’agit d’une deuxième édition datant de 2018.

Le projet d’un troisième lien pour les véhicules de la région de Québec devient de plus en plus intéressant, et emblématique. Le gouvernement propose d’y aller sans même attendre les études – ce qu’il ne fera pas – et les conservateurs fédéraux l’appuient avant même qu’il soit défini.

À Québec même, il s’agit d’une intervention visant à reconnaître le statut spécial de l’automobile privée, à un moment où on peut soupçonner que ses promoteurs – pour ne pas parler de toute la population – sentent la présence de contraintes pour son avenir.

Troisième lien

Quelques propos qui résument une vision plutôt réaliste du projet de troisième lien.

J’ai ressenti ceci de façon inattendue en écoutant l’entrevue de Midi Info avec Pierre-Olivier Pineau des HEC récemment (le 1er avril, à 12h20, pour une durée de 8 minutes): «La taxe carbone en vigueur dans 4 provinces : entrevue avec Pierre-Olivier Pineau». Pineau est une référence fiable dans les dossiers de l’énergie et cela depuis des années. Par contre, je ne me souviens pas d’une intervention de sa part exprimée aussi directement et allant si directement à l’encontre des tendances, soulignant la nécessité de réduire le nombre de véhicules et leur taille dans un proche avenir. Il me semblait y avoir quelque chose de nouveau dans ses propos. (Pineau continue dans ce type de critique dans des commentaires faits en entrevue au Devoir pour l’édition du 20 avril dans deux articles, «Le Canada, un pays en déficit de transition», et un autre, «La CAQ à la recherche du virage vert».)

Un avenir trouble pour le véhicule personnel

Cela me frappait parce que cela fait plusieurs années maintenant que j’insiste sur un avenir trouble pour le véhicule personnel dans les pays riches (et il n’y en a pas dans les pays pauvres). Comme récente manifestation de cela, le 24 mars dernier, j’étais le conférencier invité pour l’Assemblée générale annuelle du Groupe d’initiative et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) basé à Lévis, et j’ai décidé de me pencher sur cette question du troisième lien. Je l’ai fait assez indirectement, à juger par le peu d’accent direct que j’y ai mis dans ma présentation, «Le troisième lien: pour qui, pour quoi?». J’ai pris l’occasion plutôt de me pencher sur certaines tendances lourdes en matière d’énergie et d’urbanisme – et finalement sur l’effondrement de la civilisation industrielle que je décris dans mon livre.

C’était plus personnel que d’habitude: je pensais à ma première traversée du continent nord-américain en 1956 (je crois l’avoir fait au moins 12 fois depuis), voyage où nous voyions partout la construction des nouvelles autoroutes du Interstate System en train de se mettre en place. La baie de San Francisco était déjà congestionnée par la circulation automobile, et le smog qui s’y trouvait (voir les quelques diapositives) était aussi dense que ce que j’ai vu de pire en Chine pendant mes quatre voyages dans ce pays.

On était déjà dans le processus qui allait enlever le train sur le pont de la Baie de San Francisco, pour le remplacer par deux voies de plus sur chacun des deux étages (pour être suivi quelques années plus tard par la construction du BART, le métro de la région de la baie…). J’étais adolescent aux débuts de l’engouement pour l’auto et pour les banlieues, et cela allait finalement constituer un des phénomènes marquants de la société durant toute ma vie.

On connaît les suites, la définition de la société nord-américaine (tout comme celle des autres pays riches) par l’omniprésence de l’automobile et, plus tard, par celle des camions, le tout fonction de la mondialisation qui nous permettait de poursuivre sans trop de préoccupations pour la situation planétaire, tant sur le plan humain qu’environnemental.

Apogée et déclin dans les transports personnels

Je sens que, ici à Québec, nous nous préparons à vivre une sorte d’apogée de cette expérience, alors que la ville représente peut-être la dernière sur le continent à rejoindre l’expérience des transports congestionnés par des parcs automobiles de plus en plus importants comportant des véhicules de plus en plus gros, et les banlieues exigeant ces transports. C’est peut-être une question d’une année ou deux dans la «programmation», mais les difficultés d’accès à une énergie assez abondante et assez bon marché pour faire fonctionner le système me paraissent à nos portes – aussi farfelu que cela puisse paraître au commun des mortels, pour qui tout va bien – et risquent de définir le débat sur le troisième lien, sur la planification de nos transports et, finalement, sur l’avenir de notre société qui va devoir se sevrer de sa dépendance sur l’énergie fossile.

Je ne vois présentement aucune tendance qui suggère que le Québec, quasiment seul sur la planète ayant une telle possibilité, va se doter d’un parc (en diminution? en augmentation?) de véhicules électriques, et l’échéancier est maintenant beaucoup trop court pour le permettre de toute façon. Les trois grands constructeurs américains (Ford, GM et Fiat-Chrysler) planifient l’abandon de toute production de petits véhicules d’ici quatre ou cinq ans, et ces décisions d’affaires me paraissent en conjugaison justement avec la crise qui sera définie par l’absence de l’énergie nécessaire pour ce scénario (sans même parler de la capacité de payer de suffisamment de consommateurs pour que cela marche). L’achat des véhicules de plus en plus gros et de plus en plus chers ici, je soupçonne, s’insère dans ce phénomène…

La diminution de la taille des parcs de véhicules, tout comme celle de la taille de leurs composantes, suivant Pineau, me paraît bien plus probable que la poursuite des scénarios de croissance, mais cela par la force des choses et non par une décision de la société.

Perturbations sociales

Une telle situation pourrait bien engendrer notre version des gilets jaunes, dans un refus d’accepter que nos aspirations – non pas nos besoins – soient contrariées par des contraintes hors de notre contrôle. De mon côté, j’étais frappé de voir le nombre de fonctionnaires fédéraux aux États-Unis – que l’on peut présumer raisonnablement bien payés – qui se montraient, suivant les reportages, à la limite de leur capacité de se maintenir pendant les quelques semaines du shutdown du gouvernement en décembre et janvier derniers. Il était clair – je n’aurais pas dû être surpris – que ces gens vivaient la vie de consommateurs en s’engageant à la limite de leurs chèques de paie, sans épargnes, sans prévisions pour de mauvais moments, sans penser que le système pourrait changer. C’était une autre facette de l’endettement croissant de ces consommateurs pour la partie consommation de leur dépenses, et d’une volonté malsaine de vivre la vie des riches alors que la classe moyenne vit dans des contraintes reconnues par les instances internationales, cela depuis des années.

Il n’est pas évident comment cela pourrait se manifester ici, mais de récents travaux de Nafeez Ahmed, signalés par le réseau de l’économie biophysique, fournit toute une série de lectures qui cherchent à rendre l’inimaginable à cet égard à la portée de nos imaginations. Cela peut débuter avec «Brexit: Stage one in Europe’s slow-burn energy collapse: The Brexit fiasco and French riots are accelerating symptoms of Europe’s earth-system crisis» de décembre dernier, paru dans InsurgeIntelligence, webzine animé par Ahmed.

Ahmed et d’autres nous fournissent des perspectives sur une situation beaucoup plus problématique avec des analyses de la situation au Venezuela. Dans un article du 31 janvier, «Venezuela’s collapse is a window into how the Oil Age will unravel», Ahmed fournit des perspectives beaucoup plus complexes que celles fournies par les médias et remontant assez loin, rejoignant les efforts du FMI d’imposer des approches néolibérales avec leurs ajustements structurels dans les années 1990 et ceux du président Chavez à partir de 2000 pour transformer la situation par une approche socialiste. Le pays, dépendant pour son quotidien presque totalement des revenus de l’exploitation de ses gisements de pétrole, n’avait pas et n’a pas de chance [1].

Perspective de l’économie biophysique

Les interventions d’Ahmed et d’autres cherchent à nous fournir une perspective biophysique sur cet ensemble de problématiques, lié directement à une baisse de l’ÉROI dans les réserves mondiales de pétrole conventionnel, celles du pétrole non conventionnel – sables bitumineux, pétrole lourd du Vénézuela – n’ayant pas d’avenir quand on les regarde de cette façon.

Plus globalement, dans la nouvelle revue de l’économie biophysique, Biophysical Economics and Resource Quality, Michael Dittmar produit deux articles, dont le deuxième en décembre 2017, qui cherchent à prendre en considération l’ensemble des connaissances sur les réserves de pétrole conventionnel ainsi que les tendances dans la production et dans la consommation de ce pétrole, par région et globalement, pour faire des projections.

Le résultat est une nouvelle version du graphique que j’utilise de temps en temps, montrant le déclin inexorable de ce pétrole et cela pendant la prochaine décennie et au-delà.

 Fig. 1 The conventional crude oil production data from 2000 to 2014 (solid lines) were used as the input, in Part I of this analysis, to model future production through the year 2050 (dotted lines) for all major oil producing regions and continents, outside the Middle East. The latest, 2015 and 2016 crude and condensate production data, as reported by the EIA (see footnote 3), are now included in the graph https://link.springer.com/article/10.1007/s41247-017-0032-1

Projections pour le pétrole conventionnel, le                       déclin débutant avant 2020…

L’article termine avec une comparaison des travaux sur ces projections en tenant compte de l’ÉROI et les projections de l’Agence internationale de l’énergie. Comme d’habitude, ces dernières présument le maintien de la croissance économique et trouvent le pétrole nécessaire pour la soutenir [2]…

Le tout nous ramène à l’article d’Ahmed sur le Brexit et l’Europe dans un contexte de post-pic du pétrole. Les chantres de la transition énergétique pourraient bien regarder ces articles. Le livre d’Ahmed de 2016, Failing States, Collapsing Systems: Biophysical Triggers of Political Violence, fournit des perspectives plus générales, et matière à réflexion.

Tout cela en pensant au débat (?) mal amorcé sur l’hypothétique troisième lien…

 

[1] À lire: The Impact of the Decline in Oil Prices on the Economics, Politics and Oil Industry of Venezuela, produit par le Center on Global Energy Policy of Columbia University en septembre 2015. En complément, on peut lire «Oil Reserves in Venezuela» pour se trouver en terrain familier: les réserves de pétrole du Vénézuela, les plus importantes au monde, sont un équivalent de nos sables bitumineux et n’ont pas d’avenir…

[2] Le 12 avril, dans son analyse hebdomadaire au Devoir, Éric Desrosiers se penche sur la problématique du pétrole en Alberta, centrale aux débats pendant la campagne électorale en cours. Entre autres, une référence à un article du Narwhal permet d’en voir le grand portrait, à l’effet qu’il y a beaucoup de raisons de croire qu’il n’y a pas d’avenir pour les sables bitumeux, un reflet de la situation au Venezuela… J’y reviendrai sûrement…

 

 

 

 

 

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