Défaitiste, vraiment?

Le 26 novembre dernier, à l’émission d’Alain Gravel à Montréal, l’animatrice de Corde sensible était interviewée pour présenter le balado tiré d’une entrevue de plus d’une heure que j’ai fait pour l’émission au début d’octobre. C’est un portrait très sombre, dit-elle. Je l’avais couvert dans un article récent du blogue, en suggérant que je ne suis pas défaitiste ni sombre dans ma propre vie…

Le 3 décembre, La Presse+ a publié «La paralysie de la société s’explique par l’inimaginable», un article que j’avais soumis présentant en gros l’argumentaire de mon livre en ce qui concerne la menace d’un effondrement; un ami a souligné que ce n’était pas très optimiste! Je l’avais écrit en manifestant une certaine frustration devant le discours ambiant qui, pour les gens qui connaissent la situation, évitent d’en parler, qui, pour le grand public, n’a pas la moindre idée de cette situation. J’ai souligné cette situation dans l’Avant-Propos, en citant un ami économiste écologique, qui ne trouve pas le moyen d’inciter le monde à une reconnaissance de la situation.

Concernant les crises, si je n’étais pas activement impliqué dans la recherche sur les problèmes écologico-économiques et donc si je ne savais pas que nous sommes en train d’épuiser nos stocks de capital, je ne saurais même pas qu’il y a des problèmes. Pour moi et pour la plupart des gens que je connais bien, la vie est belle, les écosystèmes locaux semblent en santé, la violence diminue dramatiquement (en regardant à l’échelle des siècles), les droits humains (homosexuels, femmes, etc.) s’améliorent, les gens pauvres (au moins aux États-Unis [où il enseigne] et même jusqu’à un certain point au Brésil [d’où il écrivait]) conduisent des autos et possèdent des téléphones cellulaires, etc. En raison des longues périodes d’évolution des processus écologiques, la plupart des gens resteront largement inconscients de crises écologiques avant qu’elles ne soient presque irréversibles.

J’ai un discours donc «alarmiste», «catastrophiste» et une approche «défaitiste». En fait, les deux-tiers du livre constituent un effort de ma part de suggérer les pistes pour l’activisme en vue d’un avenir possible, loin de suggérer de battre retraite dans un esprit défaitiste. J’ai terminé le livre avec une Annexe qui s’adresse explicitement aux organismes de la société civile, en forme d’un communiqué de presse où ils admettent l’erreur de leur discours depuis plusieurs années et proposent une série de premières mesures qui pourraient aider à nous préparer pour l’effondrement.

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C’est vraiment difficile de voir nos alternatives

Encore un récent éditorial de Jean-Robert Sansfaçon du Devoir, «Décroissance, mais laquelle?», qui fait partie d’une longue série qui montre on ne peut plus clairement le raisonnement universellement adopté qui explique l’échec du mouvement environnemental au fil des décennies. C’est de la répétition (pour les initiés marginaux), mais le texte synthétise tellement bien les défaillances de la position des adhérents à notre modèle économique, ce que nous risquons de voir quotidiennement avec le gouvernement Legault, que je m’y mets encore une fois.

Presque tous les gouvernements du monde, presque toutes les sociétés, ont adopté l’approche de l’économie néoclassique dans une perspective, inscrite dans les principes mêmes de cette économie, où les énormes progrès que nous connaissions pouvaient se fier à eux-mêmes pour ce qui est du cadre environnemental; finalement à la base même de ces progrès, ce cadre a été – est toujours – jugé sans pertinence particulière dans le développement: nous allions pouvoir trouver les ressources qu’il nous faudrait et nous allions régler les impacts – les externalités – que l’activité économique occasionnait.

Des progrès de la croissance – pour les riches

Sansfaçon fait le tour d’un ensemble de questions, suivant les illusions qui nous ont bercé pendant longtemps. Il insiste surtout sur les bienfaits pour les populations de la croissance économique, cela en mettant l’accent, et toute la pensée, sur les populations riches qui en ont bel et bien profité. La pauvreté dans les pays riches est en effet relative, et il est presque évident que l’abandon de la croissance aurait des impacts sociaux importants, en termes d’emplois, de rémunération et de revenus pour les États leur permettant de fournir des services à leurs populations.

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Caravane hondurienne au Mexique, en octobre (Source: Est républicain, France)

Suivant une longue tradition, Sansfaçon ne porte pas son attention sur les milliards de pauvres qui n’ont d’aucune façon bénéficié économiquement de ces progrès; notre médecine leur a permis une espérance de vie plus grande, et une croissance démographique  qui en découlait et dont ils ne savent que faire. Ils seront l’objet de notre aide au développement dont les fonds proviennent de la croissance, mais dont les bénéfices pour eux sont à bien chercher.

Clé du progrès et de la croissance économique, l’invention technologique, qui pourra même permettre une «forme de décroissance sélective» (plus ou moins compréhensible, mais il fallait utiliser le langage qui commence à prendre de la place):

Allons donc vers une forme de décroissance sélective pleinement assumée et réalisée grâce aux progrès de la science et de la technologie, mais de grâce, cessons de placer le renversement du capitalisme comme condition de la transition. Il reste tellement à inventer!

Suivant une autre longue tradition, Sansfaçon ne porte pas son attention sur les impacts de notre recours à la technologie, dont il n’est absolument pas évident qu’elle apporte un bénéfice net, nous forçant à une série d’interventions cherchant à remédier à ces recours qui, suivant le modèle économique, ne porte qu’une attention relative aux impacts environnementaux et sociaux.

Sansfaçon reconnaît quelques défauts du PIB comme mesure du progrès, mais se montre incapable de regarder son bilan comptable:

On aura beau critiquer le concept de PIB parce qu’il additionne autant de facteurs négatifs (accidents, catastrophes, gaspillage, etc.) que positifs, la seule chute de quelques points de pourcentage suffit à mettre des millions de personnes sur la paille.

Curieusement, il ne mentionne pas les impacts environnementaux, dont les émissions derrière les changements climatiques, ni les inégalités sociales.

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Caravane hondurienne au Mexique, en novembre (Source Press From, France)

Il s’agit d’une longue tradition pour des gens bien rodés en mathématiques, nos économistes, d’éviter de faire le calcul du «progrès». J’ai essayé de le faire dans mon livre sur l’Indice de progrès véritable, où je conclus, en accord avec une multitude d’autres efforts, que la contribution au Québec du PIB passe proche d’être annulé par le coût de ses impacts, des impacts de l’activité économique qu’il mesure, impacts en train de constituer aujourd’hui les crises planétaires.

Les économistes évitent de faire le calcul parce que les bénéfices semblent évidents. Reste que ceux-ci, en 2017, sont allés dans une proportion de 82% aux personnes dans le 1% de notre échelle de «richesse». L’absence de calcul ressemble à de la paresse. voire à une sorte de déni.

L’incapacité des économistes à concevoir des alternatives

Il est clair que le monde dont il serait question dans l’absence d’une croissance économique n’aurait pas les attraits illusoires de celui que nous connaissons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Sansfaçon semble ouvert à une décroissance dans notre production de déchets/plastiques et dans notre consommation d’hydrocarbures, mais ne montre aucune reconnaissance du fait que ces dernières sont directement derrière ce qu’il souhaite, «la production nationale de biens consommés par les classes populaires». L’économiste hétérodoxe montre bien les failles de nos bonnes intentions quand il s’agit de «gérer» les crises actuelles.

Sansfaçon voudrait voir s’améliorer nos conditions de vie (en oubliant celles des milliards vivant dans les pays pauvres, un tout autre groupe de «classes populaires» laissé presque pour compte dans nos souhaits). Devant l’impasse dans les négociations internationales actuelles ou prévisibles pour une décroissance, il insiste qu’«aucune nation ne peut espérer améliorer les conditions de vie de ses habitants [encore une fois, sans aucun effort de bien pondérer les conditions de vie actuelles dans les pays riches, qui dépassent par de trois à cinq fois la capacité de la planète à les soutenir] en faisant le pari d’une décroissance économique isolée dans un monde interdépendant». Voyant la possibililté de violoence dans l’absence d’une volonté commune, il ne semble pas voir la violence actuelle, assez facilement associable dans de multiples cas à notre choix de modèle économique chez nous.

Planète vivante 2010, tome ii, p.73 http://awsassets.wwf.ca/downloads/lr_wwf_lpr2010_fr.pdf

Une situation qui semble presque permanente, les pays riches atteignant facilement le seuil de I’indice de développement humain des Nation Unies (ligne verticale) mais dépassant allègrement la capacité de support de la planète (ligne horizontale), alors que les pays pauvres n’atteignent pas le seuil de l’IDH mais «respectent» – de par leur pauvreté – l’empreinte écologique.

Revenant à une composante du portrait qui semble le préoccuper, il insiste, suivant encore une fois une longue tradition, sur le ralentissement de la croissance démographique dans les pays riches, qui ont besoin de plus de main-d’œuvre, plus de mains. Aucun calcul nécessaire sur la capacité de support de la planète, ni même des pays hôtes. Et curieusement, il prétend que la Chine représente un bon exemple d’une baisse de population en passant par la transition démographique, alors que sa population ne baisse toujours pas et que des mesures de contrôle radicales – qu’il associe à Malthus et ne semble pas apprécier – ont permis d’éviter peut-être entre 320 et 400 millions de naissances depuis 1978.

C’est déroutant de le voir attribuer une connaissance de la véritable situation à l’Histoire. Celle-ci a montré que le capitalisme nourrit le progrès, et le communisme non. Cela, dit-il, montre l’absence d’une alternative capable de nous maintenir dans ces conditions de vie insoutenables (calcul qu’il ne connaît pas).

Finalement, tout en reconnaissant que le capitalisme mise sur «l’exploitation illimitée des ressources», Sansfaçon poursuit en insistant sur la nécessité de le maintenir, dans l’absence d’une alternative et devant des bénéfices (non comptabilisés). Il conclut de façon incompréhensible, disant que «l’urgence est là. La révolution, ce sera peut-être pour plus tard». Suivant ici aussi une longue tradition maintenant acceptée par de nombreux organismes de la société civile aussi, nous avons selon lui le temps pour éviter de confronter l’urgence. Celle qu’il mentionne reste inconnue.

 

 

   

 

 

 

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Pas si vieux ni si paralysé que ça

C’était une expérience intéressante que de faire une entrevue de plus d’une heure avec Marie-Eve Tremblay, animatrice de l’émission Corde sensible, qui produit des balados  pour Radio-Canada. Un premier balado tiré de l’entrevue vient de sortir, intitulé «La grande désillusion d’un environnementaliste de 88 ans». [À noter que j’ai 78 ans et non pas 88 ans; le titre a été corrigé, mais la narration n’a pas pu l’être.]

 Corde sensible

Mikaël Rioux y est comme contrepoids, et mon seul commentaire à cet égard est qu’il semble conclure de ma position que cela paralyse. Je suggère que deux livres et un blogue où paraît presque chaque semaine un nouvel article indiquent que mon constat en 2007-2008 qu’un effondrement arrive ne me paralyse pas.

En effet, la «désillusion» dont il est question dans le titre du balado est plutôt, je dirais, un constat de ce qu’est la réalité, l’abandon d’approches longtemps utilisées mais vues maintenant comme mal orientées et la poursuite de l’intervention d’une autre façon. Je me considère un «optimiste opérationnel», suivant une caractérisation que se faisait de lui-même Maurice Strong. La priorité aujourd’hui est d’intervenir en cherchant à préparer la fin d’un monde (et non la fin du monde) et le début d’un nouveau, pour citer le sous-titre de mon livre…

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L’effondrement ne sera pas un «événement» (2)

La première partie de cet article de penchait sur des manifestations de l’effondrement probablement déjà en cours, en soulignant la nécessité d’agir autrement. Cyril Dion, le co-producteur du film Demain, semble avoir bien compris cette nécessité, à juger par ses propos au début de son propre livre paru au début de 2018 (à voir ce qu’il dit dans une postface au récent livre de Pablo Servigne et al, nos collapsologues, pas encore disponible ici). Nous y mettons l’accent dans cette deuxième partie, en espérant que les centaines de milliers de personnes qui auront signé le Pacte lancé par Dominic Champagne, et les militants actifs dans la diffusion de la Déclaration d’urgence climatique (DUC), regarderont maintenant de plus près ce qui est vraiment en cause, pas mal plus que les changements climatiques et nos petits gestes quotidiens pour les éviter, ciblés sans succès par les mouvements environnemental et social depuis des décennies. Et la prétention du Pacte que «la science nous dit qu’il est technologiquement, humainement et économiquement possible de limiter le réchauffement de la planète» va à l’encontre de ce que je propose dans mon livre: ce qui est possible en ce sens est totalement insuffisant pour répondre à l’effondrement, et notre modèle économique continuera à exiger que nous n’adoptions pas même ces gestes…

Dion y écrit, en introduction:

“Pourquoi votre discours n’imprime-t-il pas ? Comment convaincre les gens comme moi, qui sont tentés de changer leurs habitudes mais qui n’y arrivent pas ?”

Nous sommes le 9 décembre 2015. Sur le plateau d’une émission de télévision bien connue. De l’autre côté de la lucarne, trois millions de téléspectateurs doivent jeter un œil distrait à notre débat. Sur le fauteuil en face de moi, Yann Arthus-Bertrand a l’air navré.

Depuis plusieurs minutes, la journaliste chargée de chroniquer nos films – fraîchement élue meilleure intervieweuse de France – nous pousse dans nos retranchements. À côté d’elle, l’écrivain-sniper, qui doit faire de même, garde un air blasé.

Elle continue, s’adressant à moi. Le film est trop cool, les gens que nous montrons, trop parfaits. En le regardant elle s’est sentie étouffer: “Je n’ai eu qu’une seule envie: prendre l’avion, me faire couler un bain moussant et bouffer une bonne côte de bœuf.”

Elle nous reproche de ne pas nous y prendre comme il faut. De ne pas lui donner envie de se mobiliser pour éviter la catastrophe écologique. Comme si la responsabilité de la secouer nous appartenait. Je garde un souvenir étrange de ce moment. Les mots que je prononçais étaient comme assourdis, recouverts. C’est étrange, me disais-je, comme ces conversations (sur l’effondrement écologique) vont de soi dans certains contextes et tombent à plat dans d’autres…

Quelques mois plus tard, le public avait partiellement démenti la théorie de Léa Salamé. Le propos que nous avions développé dans Demain était parvenu jusqu’aux gens. Du moins, jusqu’à un million deux cent mille personnes qui avaient été le voir en salle. Puis le film était sorti dans trente pays, avait remporté un César. Tous les jours nous recevions des messages de personnes qui nous racontaient ce qu’elles avaient fait en sortant de la salle: démarré un compost, créé une monnaie locale, changé de métier… Nous avions raconté “une histoire qui fait du bien”, selon leurs propres mots. Nous leur avions “redonné de l’espoir”, les avions “inspirées”.

Pourtant, notre contradictrice d’un soir n’avait pas entièrement tort. Globalement, nous, écologistes, ne parvenons pas à faire passer notre message. Du moins pas suffisamment.

Malgré tous nos efforts la situation ne cesse de se dégrader, à une vitesse étourdissante.

À ce titre, l’été 2017 a battu tous les records: iceberg géant se détachant de la banquise, ouragans à intensité inédite, température la plus chaude jamais enregistrée sur Terre, inondations meurtrières en Inde, incendies catastrophiques au Portugal et en Californie [ceci en 2017, avant les feux de cette année 2018], études plus alarmantes les unes que les autres… Et ce fameux article de David Wallace-Wells dont je parlerai plus loin. Même animé par une inébranlable foi en l’humanité, en ses capacités à faire face au pire pour y opposer le meilleur, ne pas être terrifié par ce que les prochaines décennies nous réservent relève de l’optimisme béat ou de l’acte de bravoure.

À la lecture de toutes ces nouvelles catastrophiques, notre réflexe fut, pendant des années, d’alerter et d’alerter encore… Force est de constater que c’est inefficace. Égrener ces informations, les poster frénétiquement sur les réseaux sociaux, monter des campagnes, faire ce que nous, militants, ONG, presse spécialisée, nous échinons à faire depuis des années est utile, mais globalement inopérant. Aussi incroyable que cela puisse paraître à tous ceux qui sont habités par un sentiment d’urgence écologique absolue, ce sujet n’attire pas les foules. Certes, l’attention portée à la protection de notre planète a progressé depuis vingt ans, on peut même dire qu’elle n’a jamais été aussi grande. Pourtant, les mobilisations contre le changement climatique sont ridiculement faibles. La plus grande marche de ces dernières années, organisée à New York en septembre 2014, a rassemblé 300 000 personnes, malgré le battage médiatique et la kyrielle de stars du cinéma américain qui avaient pris la tête du cortège. Les 28 et 29 novembre 2015, juste avant le grand rendez-vous du Sommet mondial de Paris sur le climat (la fameuse COP 21), une marche globale, mondiale, fut organisée (et interdite à Paris à la suite des attentats du Bataclan). Selon l’ONG 350.org, ce sont près de 2 300 cortèges qui arpentèrent les rues de 175 pays et rassemblèrent au total 785 000 personnes2 (600 000 selon le Guardian). En comparaison, 1 million et demi de Français se massèrent sur les Champs-Élysées à Paris pour fêter la victoire de la France à la Coupe du monde de foot et au moins 500 000 pour l’enterrement de Johnny Hallyday.

Certes, le souci de l’écologie s’est propagé depuis quelques années, mais il reste contingent. Bien souvent les néo-écolos, pourtant animés par un enthousiasme communicatif, ne savent pas très bien par quoi commencer, s’épuisent dans de petites actions à faible impact, s’épanouissent dans des projets qui ne font pas encore système avec les organisations sociales, politiques, économiques qui les entourent. Malgré leurs efforts (nos efforts), la destruction va toujours plus vite que la régénération. Infiniment plus vite. Nous dormons. De temps à autre, l’ampleur de la catastrophe nous saisit, puis le quotidien reprend son cours. Inexorablement. Car nous aimons ce monde matérialiste. En tout cas, nous y sommes habitués. Tellement habitués que nous ne savons plus vivre autrement. Aujourd’hui, nous devons aller plus vite, plus loin.

Nous sommes face à un danger d’une ampleur comparable à celui d’une guerre mondiale. Sans doute même plus grave. Danger porté par une idéologie, matérialiste, néolibérale, principalement soucieuse de créer de la richesse, du confort, d’engranger des bénéfices. Qui envisage la nature comme un vaste champ de ressources disponibles au pillage, les animaux et autres êtres vivants comme des variables productives ou improductives, les êtres humains comme des rouages sommés de faire tourner la machine économique. Nous devrions résister. Tels nos aïeux résistant au nazisme, tels les Afro-Américains résistant à l’esclavage puis à la ségrégation, il nous faudrait progressivement refuser de participer à ce dessein funeste. Nous dresser et reprendre le pouvoir sur notre destinée collective. Ce n’est pas vers la ruine et la destruction que nous voulons nous diriger. Ce n’est pas un monde absurde, où chacun est cantonné à un rôle de producteur-consommateur, que nous voulons construire. Nous n’avons pas décidé d’éradiquer toute forme de vie sur Terre, simplement pour pouvoir nous asseoir dans un canapé, smartphone en main, musique douce en fond, télé allumée en arrière-plan, livreur à la porte, chauffage réglé à 22 °C… Ou, si c’est le cas, nous sommes définitivement dégénérés.

Dans cet ouvrage, j’ai tâché d’explorer les meilleures stratégies pour engager cette résistance. Pour ce faire, j’ai synthétisé deux années de recherches, de lectures, de rencontres à travers dix-huit pays, découvrant que les plus efficaces ne sont pas forcément celles auxquelles nous pourrions penser de prime abord. Manifester, signer des pétitions, agir localement, consommer autrement, faire des dons, s’impliquer, occuper des lieux, boycotter… Toutes ces propositions qui nous sont faites dans d’innombrables ouvrages, dans des articles, des émissions, sur les réseaux sociaux, n’ont aucune utilité, ou presque, si elles sont mises en œuvre de façon isolée. Les perspectives plus radicales d’insurrection ou d’affrontements violents nous conduiraient certainement à reproduire ce que nous prétendons combattre. Selon moi, il ne s’agit pas de prendre les armes, mais de transformer notre façon de voir le monde. De tout temps, ce sont les histoires, les récits qui ont porté le plus puissamment les mutations philosophiques, éthiques, politiques… Ce sont donc par les récits que nous pouvons engager une véritable “révolution”. Mais pour que ces récits puissent émerger et se traduire en structures politiques, économiques et sociales, il est incontournable d’agir sur les architectures qui orientent nos comportements. C’est ce que je développerai dans la dernière partie de l’ouvrage.

Plus loin, il ajoute :

On peut avancer que le récit de la société libérale, capitaliste, consumériste moderne s’est élaboré et transmis de façon relativement similaire. Soutenu par une myriade de films, d’articles, de livres et de publicités qui l’ont fait triompher du récit communiste. Avant de remporter une victoire politique, les tenants du consumérisme débridé ont d’abord remporté une bataille idéologique et culturelle, une bataille de l’imaginaire. Il fallut donner un visage à ce monde nouveau, le rendre profondément désirable pour que le génie créatif et la force de travail de centaines de millions d’Occidentaux (dopés aux énergies fossiles) se mettent au service de ce projet et lui donnent corps. Avec l’espoir que cette entreprise rendrait leurs vies meilleures. Ce qui, à de nombreux égards, fut le cas, aux dépens de pays largement pillés et d’espèces vivantes sacrifiées.

Aujourd’hui, c’est aux flancs de cet écrasant récit, fait de prouesses technologiques, de vacances sur des plages paradisiaques, d’écrans plats, de smartphones, de filles à moitié nues, de voitures serpentant à flanc de montagne dans des décors de rêve, de livraisons en vingt-quatre heures sur Amazon… que nombre d’écologistes se heurtent. Que pèse une campagne d’ONG face à des millions de messages contraires délivrés chaque jour par les marques, les chaînes, les “influenceurs” de toutes sortes qui inondent les réseaux sociaux ? Que pèse un post de Greenpeace International sur Instagram (628 000 followers) appelant à agir pour le climat, contre un post de Kim Kardashian (105 millions de followers) appelant à acheter son nouveau gloss à paillettes ? Approximativement 10 000 likes contre 2 millions.

Comme l’explique Harari dans son ouvrage, Homo Deus, la fiction n’est pas mauvaise en soi. Elle est primordiale. Si nous ne disposions pas d’histoires autour desquelles nous fédérer, nous n’aurions ni États, ni monnaies, ni entreprises, ni civilisations. Aucune société humaine, dans sa complexité ne pourrait exister ou fonctionner. Nous avons besoin de récits qui nous rassemblent, nous permettent de coopérer et donnent du sens à notre vie en commun. Mais ces récits, ces fictions ne sont que des outils, pas des vérités ou des buts en soi. Si nous l’oublions, nous déclenchons des guerres politiques, économiques, religieuses, dans l’objectif de défendre des concepts qui n’existent que dans notre imagination. Nous pillons les ressources, éradiquons les espèces au nom d’histoires, de fictions. Il y a dans cette idée quelque chose de tragique. Dès lors, pourquoi ne pas décider d’en élaborer d’autres ? Parce que les choses ne se passent pas aussi simplement, comme nous allons le voir.

Une mobilisation de l’ensemble d’impose (et non seulement des manifestes)

Dans mes deux présentations récentes, j’essayais de faire ce que j’avais souligné dans l’Annexe de mon livre: la «résistance» nécessite une réorientation et un travail de concertation et de mobilisation qui rend les efforts actuels de la société civile dépassés et hors propos. L’Annexe imagine un communiqué de presse dans lequel les organismes de la société civile affichent leurs erreurs récentes et esquissent les pistes pour un travail dans l’immédiat. Il faut se demander si les récents commentaires de Pierre-Alain Cotnoir et de Raymond Lutz sur le comportement incompréhensible de plusieurs de ces organismes ne suggèrent en même temps les correctifs qui s’imposent.

Servigne et al mettent un accent sur des potentiels de l’être humain qui sont refusés ou négligés par l’économie axée sur la compétition et le progrès matériel, avec de nombreuses sources dans les sciences sociales récentes. De mon coté, je souligne une des caractéristiques fondamentales de l’IPV, soit que (i) il réduit de moitié le niveau de bien-être (matériel) suggéré par le PIB et (ii) dépend pour la moitié de cela de ce qui s’appelle chez Statistiques Canada le «travail non rémunéré», soit celui fourni surtout par les femmes depuis des décennies (des millénaires?) dans le foyer. Le PIB est réduit des trois quarts par la soustraction des coûts des externalités que la production industrielle occasionne, et le travail non rémunéré ajoute l’équivalent de ce qui reste du bien-être signalé par le PIB. Bref, un effort de concertation et de mobilisation n’est pas seulement une exigence de la situation actuelle mais représente le fondement de la vie telle que nous pourrons espérer la connaître dans les décennies qui viennent.

Pour reprendre ce que Dion dit:

«Faire ce que nous, militants, ONG, presse spécialisée, nous échinons à faire depuis des années est utile, mais globalement inopérant…

Manifester, signer des pétitions, agir localement, consommer autrement, faire des dons, s’impliquer, occuper des lieux, boycotter… Toutes ces propositions qui nous sont faites dans d’innombrables ouvrages, dans des articles, des émissions, sur les réseaux sociaux, n’ont aucune utilité, ou presque, si elles sont mises en œuvre de façon isolée.»

C’est le temps pour la société civile de mettre en oeuvre le potentiel structurant qu’elle a développé pendant des décennies avant que les artistes et d’autres ne se sentent saisies. Je suggère l’Annexe pourrait servir de guide, dans l’immédiat, pour mieux orienter les gens qui seront mobilisés par le Pacte et la DUC. En contraste, les références de celle-ci, Drawdown de Paul Hawken, qui calcule la contribution de l’ensemble des gestes visant à réduire les émissions de GES mais propose sensiblement les mêmes gestes proposés par la société civile depuis des décennies, et Le Plan B de Lester Brown qui rentre dans les mêmes grandes orientations qui n’ont jamais eu d’effet, soulignent justement et en même temps la réorientation qui s’impose. Nous sommes devant l’effondrement, et il est à toutes fins pratiques inutile de continuer à pousser comme avant. C’est le même sort que connaîtrait vraisemblablement l’Annexe, sauf que celle-ci a le mérite de bien souligner les impacts directs sur nos propres vies, ici au Québec, tout en soulignant la nécessité de reconnaître la vie de pauvreté inacceptable de milliards d’êtres humains qu’il est à toutes fins pratiques impossible à imaginer des changements de fond tant que notre système économique se maintienne – cela, je crois, pour seulement quelques années encore.

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L’effondrement ne sera pas un «événement» (1)

Mon dernier article a suscité des commentaires mettant en évidence un positionnement de plusieurs leaders des groupes environnementaux qui semblent en contradiction avec les connaissances scientifiques qui guident les groupes depuis des décennies. Il s’agit en particulier d’un rejet de l’urgence d’action face aux changements climatiques. En contre-partie, les commentaires ont ciblé les travaux de Pablo Servigne et ses collaborateurs mettant en évidence la nécessité de trouver des approches à l’effondrement, déjà en cours. Cela à son tour aboutissait à un suivi des réflexions de Cyril Dion, co-producteur du film Demain qui en souligne les déficiences.

Je propose un article en deux temps, histoire de me permettre de longues citations de ces sources, malheureusement venant toutes de l’extérieur, et de remettre sur la table l’Annexe de mon livre qui ciblait les acteurs de la société civile ici. Il s’agit d’une proposition pour une mobilisation concertée des groupes sur la base de leurs réseaux construits au fil du temps, en espérant que les centaines de milliers de personnes qui auront signé le Pacte lancé par Dominic Champagne regarderont maintenant de plus près ce qui est vraiment en cause, pas mal plus que les changements climatiques et nos petits gestes quotidiens pour les éviter.

 

Annexe boîte

La difficulté de saisir l’effondrement

J’ai eu l’occasion d’être conférencier à deux reprises depuis deux semaines. Le 27 octobre, j’ai ouvert le colloque de Simplicité volontaire Québec «Le destin de l’humanité: Espoir et effondrement» avec une conférence que j’ai intitulée «Simplicité involontaire». Mes propos revenaient aux différentes présentations dans mon livre Trop Tard: La fin d’un monde et le début d’un nouveau.

Le colloque s’est terminé le lendemain avec une présentation du livre de la Fondation Suzuki intitulé Demain, Le Québec, inspiré par le film récent Demain et par une volonté de montrer de l’espoir face aux nombreux constats de crises, cela en présentant différentes initiatives positives. La présentation de clôture n’a fourni aucun portrait de la situation à laquelle les constats de crises font référence, et par conséquent ne cherchait à fournir aucune indication de ce que les initiatives pouvaient contribuer pour y répondre. La réponse à ma présentation semblait positive, des échanges portant là-dessus pendant toute la journée. Celle à la présentation de clôture était également bien reçue, l’auditoire soutenue par l’offre d’un espoir, ce qui était clairement dans les visées des organisateurs.

Le 3 novembre, c’était au tour du Centre des arts actuels Skol, à Montréal. J’y étais invité pour ce que le Centre appelle une journée Paroles et manœuvres, «L’effondrement, et après?: de Halte à la croissance à aujourd’hui et au-delà», et le programme de l’après-midi était assez diversifié. Ma présentation était similaire à celle de la semaine précédente, et encore une fois l’auditoire semblait l’accueillir positivement, en dépit du message. La semaine précédente, l’auditoire semblait centré sur le message, alors que chez Skol l’auditoire semblait déjà acquis au message et était à la recherche de l’après. Cela rejoignait le contexte dans lequel se déroule la vidéo de Pablo Servigne dont il est question dans les commentaires sur mon dernier article.

Manifestations des tendances des courbes

Dans mes présentations, j’ai décidé de mettre un certain accent sur deux signes manifestant des composantes de l’effondrement, soit la congestion permanente sur nos routes et les migrations permanentes qui se présentent aux frontières de tous les pays riches. Il s’agit de souligner le fait que l’effondrement ne se présentera pas comme une sorte de journée de fin de monde, mais est en progression déjà et se déroulera dans le temps. L’important est d’y reconnaître les tendances lourdes et la présence de limites temporelles, deux éléments rejetés par les gens qui cherchent à promouvoir une transition (par le fait même, en douceur).

Fortune 500 1-12

La Fortune 12 de 2012. Le portrait peut varier d’une année à l’autre, mais ici la dominance est claire, avec deux manufacturiers d’auto et neuf entreprises énergétiques – la douzième compagnie est Walmart…

(i) La congestion est en place depuis les années 1950 et n’a fait qu’augmenter depuis, s’étendant de région en région au fur et à mesure de l’augmentation de la population et de la construction d’infrastructures dédiées à ses déplacements en voiture. À son tour, ces phénomènes ont été accompagnés par la mise en place des multinationales de l’auto, dont la Fortune 500 de 2012 en montre l’importance de façon particulière. On doit noter que ce sont les entreprises énergétiques qui dominent, complétant la boucle de la manifestation de notre dépendance non seulement donc à l’auto mais à l’énergie fossile aussi. Encore aujourd’hui – peut-être davantage aujourd’hui? – il y a des efforts de mieux gérer les impacts structurants de la congestion, mais il ne semble pas y avoir une reconnaissance que la congestion est un épiphénomène dans le monde contemporain qui ne se réglera pas à moins d’un effondrement de tout le système.

(ii) Les migrations constituent une autre manifestation de tendances lourdes en place depuis des décennies et qui semblent s’approcher d’une culmination. Le problème n’est pas surtout qu’il y a eu augmentation de la population, celle-ci étant quand même à un niveau qui dépasse dans ses besoins la capacité de la planète à la soutenir. Ce sont les inégalités qui motivent et/ou expliquent bon nombre de ces migrations, en faisant exception de celles provenant de zones de guerre. Les conditions de vie dans les pays pauvres sont en contraste frappant avec celles dans les pays riches, et l’amélioration des communications de toutes sortes font que les populations pauvres – 75-80% de l’humanité – connaissant mieux aujourd’hui les conditions de vie dans les pays riches. Rien ne semble destiné à changer cette situation, qui ne s’améliore pas et pour laquelle il n’y a probablement pas de mesures disponibles pour l’améliorer.

Population WEF 2011 riches et pauvres pays 1965-2050

La congestion des véhicules généralisée à travers le monde est le signe d’une dépendance aux énergies fossiles (au pétrole, et au charbon et au gaz, si du temps reste pour rendre ces véhicules électriques), et elles seront au cœur de l’effondrement qui s’annonce, qui a été projeté par Halte à la croissance. Les migrations ne semblent pas encore constituer un effondrement des sociétés, mais nous montrent la situation précaire pour l’ensemble des sociétés à laquelle l’effondrement du système de production industrielle – ce que l’on appelle aujourd’hui la civilisation thermo-industrielle – va se buter dans les années qui viennent. Encore une fois, c’est une situation qui s’est constituée comme tendance lourde au fil des dernières décennies, avec différents pays – pays riches et pays pauvres différemment – montrant les signes de déstabilisation importante, et rien ne suggérant une amélioration de la situation, au contraire.

Derrière toutes ses perturbations se trouve une autre, fondamentale. Une diapositive de mes présentations la résume:

La question des inégalités, à l’échelle internationale autant qu’à l’échelle du Québec, représente une sorte de toile de fond pour toute notre narration, et un facteur déstabilisant majeur dans le monde contemporain cherchant de nouvelles formes de société. Dans The Spirit Level: Why More Equal Societies Almost Always Do Better (Allen Lane, 2009), Richard Wilkinson et Kate Pickett présentent une synthèse d’un grand nombre d’études en psychologie, en sociologie et en économie pour montrer qu’un ensemble de perturbations dans nos sociétés sont fonction d’inégalités, plutôt que le contraire.

  • Parmi les perturbations, celles associées à: la vie en communauté; la santé mentale; la santé et l’espérance de vie; l’obésité; la performance en études; les naissances chez les adolescentes; la violence; le recours à l’emprisonnement; la mobilité sociale.
  • On y constate que les États-Unis se distinguent tout au long de la présentation comme manifestant les pires résultats dans tous les domaines, cela à partir des plus grandes inégalités de tous les pays de l’OCDE. On peut penser que Trump a eu l’intuition de cette situation dans ses démarches pour la présidence, aussi fourvoyées soient-elles ses démarches comme président.

Il s’agit de mauvais signes pour le cadre sociétal dans lequel va se dérouler l’effondrement de la production industrielle…

Se préparer pour l’avenir difficile

La présentation du récent livre de Pable Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible: Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), se situe dans la même perspective que j’essaie d’aborder, et le titre de mon livre pousse aussi pour un travail de préparation pour un «nouveau monde».

La situation critique dans laquelle se trouve la planète n’est plus à démontrer. Des effondrements sont déjà en cours tandis que d’autres s’amorcent, faisant grandir la possibilité d’un emballement global qui signifierait la fin du monde tel que nous le connaissons.

Le choix de notre génération est cornélien: soit nous attendons de subir de plein fouet la violence des cataclysmes à venir, soit, pour en éviter certains, nous prenons un virage si serré qu’il déclencherait notre propre fin-du-monde-industriel.

L’horizon se trouve désormais au-delà: imaginer la suite, tout en se préparant à vivre des années de désorganisation et d’incertitude. En toute honnêteté, qui est prêt à cela ?

Est-il possible de se remettre d’un déluge de mauvaises nouvelles ? Peut-on simplement se contenter de vouloir survivre? Comment se projeter au-delà, voir plus grand, et trouver des manières de vivre ces effondrements ?

Dans ce deuxième opus, après Comment tout peut s’effondrer, les auteurs montrent qu’un changement de cap ouvrant à de nouveaux horizons passe nécessairement par un cheminement intérieur et par une remise en question radicale de notre vision du monde. Par-delà optimisme et pessimisme, ce sentier non-balisé part de la collapsologie et mène à ce que l’on pourrait appeler la collapsosophie…

Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle ont une (dé)formation scientifique et sont devenus chercheurs in-Terre-dépendants. Ils ont publié Comment tout peut s’effondrer. Petit Manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil, 2015), Le Vivant comme modèle. La voie du biomimétisme (Albin Michel, 2015), Petit traité de résilience locale (ECLM, 2015), Nourrir l’Europe en temps de crise (Babel, 2017) ou encore L’Entraide. L’autre loi de la jungle (Les liens qui libèrent, 2017).

On peut en lire la préface ainsi qu’une dizaine de pages du début sur le site. Dans la préface, Dominique Bourg semble se montrer en train de passer de promoteur de l’économie circulaire comme le salut à une reconnaissance de la collapsologie…

Probablement plus directement associé aux problématiques d’ici, la postface est signée Cyril Dion, co-réalisateur du film Demain, modèle pour le travail de la Fondation Suzuki et son Demain, Le Québec, mentionné plus haut. La postface n’est pas encore disponible, mais Dion a fourni des perspectives claires sur les limites, et les illusions, de son travail, dans son dernier livre,  Petit manuel de résistance contemporaine, publié en mai dernier.

La présentation du livre:

Que faire face à l’effondrement écologique qui se produit sous nos yeux ? Dans ce petit livre incisif et pratique, l’auteur de Demain s’interroge sur la nature et sur l’ampleur de la réponse à apporter à cette question. Ne sommes-nous pas face à un bouleversement aussi considérable qu’une guerre mondiale ? Dès lors, n’est-il pas nécessaire d’entrer en résistance contre la logique à l’origine de cette destruction massive et frénétique de nos écosystèmes, comme d’autres sont entrés en résistance contre la barbarie nazie ? Mais résister contre qui ? Cette logique n’est-elle pas autant en nous qu’à l’extérieur de nous ? Résister devient alors un acte de transformation intérieure autant que d’engagement sociétal…

Avec cet ouvrage, Cyril Dion propose de nombreuses pistes d’actions: individuelles, collectives, politiques, mais, plus encore, nous invite a considérer la place des récits comme moteur principal de l’évolution des sociétés. Il nous enjoint de considérer chacune de nos initiatives comme le ferment d’une nouvelle histoire et de renouer avec notre élan vital. A mener une existence où chaque chose que nous faisons, depuis notre métier jusqu’aux tâches les plus quotidiennes, participe à construire le monde dons lequel nous voulons vivre. Un monde où notre épanouissement personnel ne se fait pas aux dépens des autres et de la nature, mais contribue à leur équilibre.

J’y reviens dans le prochain article.

 

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« Faut pas croire tout ce qu’on dit » : en environnement, ou en économie?

Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement à Radio-Canada,  présente une longue introduction objective sur la volonté à Paris de restreindre la hausse de température à 2°C, voire 1,5°. Et après, face à un rapport récent du GIÉC de 400 pages, Philippe Crabbé, professeur émérite en économie de l’environnement à l’Université d’Ottawa et ancien membre du GIÉC, insiste qu’il n’y a aucune chance que ce qui est nécessaire pour 1,5°C soit mis en place, et les différences entre les deux objectifs sont énormes.

Le véritable défi n’est pas environnemental

Le 20 octobre dernier à Radio-Canada, à l’émission «Faut pas croire tout ce qu’on dit» de Michel Lacombe, c’était un nième échange sur le défi des changements climatiques, inscrit comme souvent dans le cadre de l’environnement comme thématique, cela ayant obtenu une certaine attention à la fin de la campagne qui vient de se terminer. Le titre: «Changements climatiques: la politique, incapable d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris?».

On ne le dit pas souvent, mais la réponse aux changements climatiques nécessite une mise en question de notre civilisation même – ce n’est d’aucune façon une intervention typique des efforts de mitigation du mouvement environnemental pendant des décennies. C’était un échange, de par sa catégorisation, qui ne pouvait donc pas mener loin.

Par ailleurs, Normand Mousseau, professeur en physique à l’Université de Montréal et un des panelistes, a publié en 2015 un livre sur les obstacles à l’effort de gagner la guerre, mais restant apparemment optimiste avec des suggestions et des propositions tout au long du livre comportant, non pas un changement de paradigme de notre économie, mais un changement de stratégie de la part des gouvernements en restant dans le paradigme. Il n’est pas intervenu souvent dans la discussion (mais c’était difficile de distinguer à l’occasion entre les hommes au panel).

Mousseau, co-président de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec (CEÉQ), avait formulé une illustration du défi du gouvernement de l’époque, soit de réduire de 25% les émissions québécoises de GES.

Gérer les émissions comporte un changement de société

Gérer les émissions comporte un changement de société, les objectifs ici étant bien inférieurs à ce qui sera nécessaire.

Le panel de Lacombe a noté qu’il n’y a pas beaucoup de tels efforts pour concrétiser les défis actuels. Aussi bien dire que c’était impossible, dans le temps, et aujourd’hui.

Défis insurmontables

Aujourd’hui, ce défi quantifié avec échéancier ayant à toutes fins pratiques été relegué aux oubliettes, de nouveaux défis se présentent avec plusieurs années passées sans rien faire: – 37,5% pour 2030 pour le Québec (mais le GIÉC propose une réduction de 45%), – 80% ou -90% pour 2050. L’atteinte de tels objectifs est aussi illusoire que celle proposée par le gouvernement Marois, et c’était une sorte de sous-thème de l’échange à l’émission, sans qu’il n’ait jamais été abordé de front et explicitement par les participants.

Steven Guilbeault, longtemps avec Greenpeace et Équiterre mais qui allait quitter ce dernier dans les jours suivants, y était également avec une sorte d’optimisme qui lui est propre, soulignant face à certaines réflexions des autres que le public n’est tout simplement pas ouvert à un discours qui souligne l’importance des défis. Ce qui est déconcertant, et cela semble être quasiment implicite dans de nombreuses interventions des leaders du mouvement environnemental, c’est que cela suggère que le discours environnemental face aux crises, incapable de dire la vérité, frôle la malhonnêteté. Cela est normal, même si questionnable, pour une entreprise dans ses efforts de marketing: si elle ne rejoint pas ses clients potentiels, c’est l’échec de son produit. Ce n’est pas normal dans les efforts de la société civile, et un échange sur l’idée de lobbying a occupé une partie assez importante de l’échange.

Les lobbies

C’est Philippe Crabbé qui introduit l’idée, dès les premières minutes, que les scientifiques aujourd’hui sont obligés de devenir des lobbyistes face aux décideurs, cela en raison de l’activisme de plusieurs (dont Suzuki et Hansen). L’échange permettait de faire certaines distinctions, surtout à l’effet que les lobbies commerciaux et économiques existent pour défendre leurs interêts propres, ce qui est normal encore une fois dans les activités du secteur privé. Les scientifiques, dans ce cas-ci, les experts en matière de changements climatiques, provenant de plusieurs domaines scientifiques, n’interviennent pas pour défendre leurs intérêts; elles interviennent pour fournir à la population tout comme aux décideurs les meilleures connaissances qu’elles détiennent, cela toujours dans un contexte où la science ne prétend jamais à la certitude. Qu’ils se transforment en lobby on non, ils n’ont finalement rien à vendre que des problèmes pour les décideurs…

La suggestion de Crabbé de comparer les scientifiques aux lobbyistes semblait provenir d’un jugement de sa part que les décideurs n’ont pas jusqu’ici écouté, dans un contexte où les connaissances touchant les changements climatiques suggèrent la nécessité d’actions dramatiques et un changement d’approche. Mousseau a bien souligné que des interventions des scientifiques n’est rien de nouveau, remontant au moins jusqu’aux années 1950 dans les débats sur le développement de capacités nucléaires par les puissances développées. Bien que, comme aujourd’hui, de telles interventions aient pu comporter une part de jugement moral, les connaissances touchant les impacts d’un recours militaire aux armements nucléaires représentaient des informations importantes pour la prise de décision – histoire d’hiver nucléaire, par exemple, et d’autres scénarios catastrophiques.

Bref, l’échange sur cette question, qui est revenue à deux ou trois reprises et incluait Johanne Whitmore, chercheuse principale à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal et autre paneliste, provenait du point de départ, où le défi des changements climatiques était classé comme un enjeu environnemental.

Un effort de guerre, ou d’après guerre

Ce classement n’a tout simplement plus de sens, et même d’autres enjeux environnementaux n’ont presque plus de sens lorsque définis ainsi. Nous regardons la pollution des océans par le plastique comme un (gros) problème environnemental. Il est pourtant évident qu’il s’agit – comme les changements climatiques – comme un enjeu de société et une manifestation de caractères structurels dans la société. Il n’est plus possible de voir les efforts de «mitigation» des impacts environnementaux comme ayant du sens face à la taille des défis/problèmes et en reconnaissant les cuisants échecs lorsque la mitigation a été essayé, comme dans le cas du recyclage. Il s’agit plutôt, d’une perspective réaliste, de situations exigeant un changement de paradigme.

Les panelistes ont abordé l’importance des défis en recourant comme un exemple à l’effort des Alliés après la Deuxième Guerre mondiale de procéder à la reconstruction de l’Europe. Il faudrait, disaient-ils, que les changements climatiques soient LA préoccupation, LA priorité, pendant une décennie pour les aborder comme il faut, ce qui semblait obtenir l’adhésion des participants. Sauf qu’il y avait unanimité aussi – avec raison – que les décideurs ne feraient jamais cela, et voilà le problème, de l’échange à l’émission, du débat de société qui court depuis des décennies.

Nous savons, grâce aux scientifiques, que nous sommes devant une catastrophe qui s’annonce, pas pour demain dans toute son envergure, mais pour d’ici quelques décennies, disaient-ils. Nous agissons, bien consciemment, en fonction de notre évolution, de notre comportement comme êtres humains vivant en société, pour gérer le proche avenir, remettant à plus tard la gestion de décisions nécessaires dont les résultats ne se feront pas sentir dans l’immédiat. Et nous agissons ainsi parce que nous sommes incapables d’imaginer ce qui est requis, une mise en question de notre paradigme de développement.

On sentait ceci lors de brefs échanges au panel sur l’idée qu’il faut quand même continuer à essayer d’améliorer notre niveau de vie, cela sans référence aux milliards de pauvres qui n’y pensent même pas, cela sans référence à l’empreinte écologique de l’humanité qui nous montre sans beaucoup de nuances nécessaires que nous vivons au-delà des capacités de la planète à soutenir la vie des riches telle qu’elle est menée actuellement.

Urgence ou pas?

Fascinant dans l’échange était la réflexion sur la démission de Nicolas Hulot. Guilbeault suggérait que Hulot aurait dû attendre un peu, nous fournissant le calendrier pour l’adoption de lois et de règlements qu’il suggérait que Hulot ne comprenait pas. Clairement implicite dans les commentaires: l’urgence sentie par Hulot n’est pas là, qu’il faut prendre le temps de travailler dans le système actuel, cela en respectant ce que la population est prête à recevoir comme information venant de la société civile et des décideurs. Une telle proposition passe proche d’être incompréhensible, devant l’urgence tout récemment soulignée par le GIÉC, devant la  projection de Halte à la croissance qui nous donne, maintenant 49 ans de données à l’appui, jusqu’en 2025 environ, devant les urgences soulevés dans une multitude de secteurs par une multitude d’acteurs.

Lacombe intervient en suggérant qu’on n’a plus ce temps-là.  Guilbeault réplique que l’on peut arriver, selon les scientifiques, avec objections d’un paneliste que je n’identifie pas – et de moi-même: quels scientifiques??? – et fournit un autre calendrier des «avancés» des pays jusqu’ici, proposant qu’on doit faire mieux, et faire plus vite. La même voix intervient, insistant que le gouvernement n’a rien mis en place depuis Paris.

 

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Faute d’un nom: marxisme?! socialisme?!

Le récent éditorial de Jean-Robert Sansfaçon dans Le Devoir, «Québec Solidaire : l’avenir ou le passé?», est assez intéressant pour nous montrer jusqu’à quel point l’adhésion au modèle économique actuel rend une pensée renouvelée difficile. Sansfaçon a déjà montré comment cette adhésion met les enjeux environnementaux entre parenthèses par son éditorial de 2014, «L’improbable révolution», qui termine ainsi:

C’est pour cette raison que les experts du monde entier doivent maintenant unir leurs efforts pour aller au-delà des cris d’alarme en faisant la démonstration des avantages économiques et sociaux d’une première grande révolution industrielle pour ce millénaire.

Une bonne partie de mon livre est consacré à une critique de cette idée qui voit l’avenir dans la poursuite du développement économique à l’ancienne mais avec un sous-titre de vert.[1]

Gérer les émissions comporte un changement de société

Tableau -25%

Pourquoi les politiciens ne règlent pas le défi des changements climatiques: quelques indices qui ne représentent même pas les défis en cause

Le passé ou l’avenir?

Ce qu’ajoute Sansfaçon est que le programme de QS représente le passé… Il manque ainsi un des éléments fondamentaux de la campagne électorale, où les trois principaux partis inscrivent dans leurs programmes le modèle économique qui marque le passé et qui est au bord d’un effondrement et où seul QS aborde le défi d’esquisser un nouveau modèle tout en s’attaquant aux pires éléments du modèle actuel.

La critique de QS par Sansfaçon va jusqu’à soulever la question si le mouvement et le parti ne sont pas «une version soft du bon vieux communisme chinois»! En effet, comme il souligne, QS réduit l’importance du secteur privé, met un accent sur la «socialisation des activités économiques» et va jusqu’à penser à la nationalisation de certaines composantes du secteur économique lorsqu’il s’agit de viser le bien commun et des services pour tout le monde.

En réponse, Sansfaçon souligne qu’il faut maintenir les acteurs du secteur économique si le Québec veut «survivre dans le monde d’aujourd’hui». Voilà le véritable fond du débat de l’élection: le «monde d’aujourd’hui» est en crise, c’est le système économique avec – suivant Sansfaçon – ces grandes entreprises privées, ces leaders qui possèdent plusieurs résidences et, finalement, «les individus les plus entreprenants et les entreprises les plus dynamiques» qui en sont responsable en grande partie.

Et les enjeux environnementaux?

L’intervention de Sansfaçon a été suivie le lendemain par un texte de Louis-Gilles Francoeur, «Les enjeux occultés de la gestion environnementale», qui se plaignait, à l’instar d’un message reçu d’une amie ces derniers jours et de beaucoup de commentaires, à l’effet que l’environnement n’a pas sa place au gouvernement, dans le budget du gouvernement, dans la campagne électorale.

Il s’agit d’un type d’intervention qui se fait depuis des décennies, critiquant le faible budget du ministère de l’Environnement. Ce que Francoeur occulte, montrant lui aussi la difficulté, pour les gens intervenant dans le mouvement environnemental depuis longtemps, de voir qu’il faut constater l’échec et changer de modèle. Plus important, il faut reconnaître que le développement économique dans son sens traditionnel représente l’intervention environnementale la plus importante qui soit. Francoeur reconnaît la présence des pressions venant des milieux des affaires, mais les voit toujours comme freinant les avancées en matière environnementale plutôt comme identifiant le cœur même du problème.

Intéressante proposition à cet égard à travers les dérapages de la campagne, une intervention de Pierre-André Julien, «Le changement climatique et «les deux pieds sur le volant!»».

Parmi les autres partis, seul le Parti québécois avance une idée essentielle pour toute stratégie écologique, soit de confier le ministère de l’Environnement au premier ministre pour qu’enfin il empêche les ministères économiques comme l’Agriculture, les Affaires municipales ou les Finances de se quereller tout le temps, ralentissant ainsi toute véritable lutte contre ce réchauffement climatique, et ainsi faisant en sorte que les promesses en ce sens puissent se réaliser en leur donnant la priorité absolue.

En effet, les défis «environnementaux» ne sont pas environnementaux dans le sens traditionnel mais les défis d’une société et d’une civilisation qui les occasionnent, qui les mettent de l’avant, qui créent les crises avec ses propres «avancées». Nous ne sommes plus dans une époque où nous pouvons penser mitiger les impacts des interventions venant du secteur économique (et des fois social). Ce sont les interventions elles-mêmes qui sont en cause. Le Conseil exécutif, le ministère du Premier ministre, coordonne les activités de nos gouvernements, et ceux-ci, depuis des décennies, mettent la priorité, sans la moindre hésitation, sur le développement économique et la croissance. Le problème avec l’idée du PQ est qu’il n’y a pas de gouvernant de nous jours qui pense autrement.

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Démolition d’une section de l’autoroute Dufferin-Montmorency en 2007

Top-down ou Bottom-up: la socialisation de l’économie ou la dominance de l’économie sur la société ?

Nous avons connu cette situation avec la création du poste de Commissaire au développement durable en 2006, comme élément clé de la Loi sur le développement durable. N’importe quel innocent qui lit la loi doit reconnaître que c’est l’ensemble du gouvernement, des ministères et des agences, qui sont interpellés par les objectifs de la loi. Pourtant, les tractations, probablement pas difficiles, ont rapidement transféré la gestion de la mise en œuvre de la loi au (pauvre) ministère de l’Environnement. Que celui-ci ait dix fois le budget souhaité par Francoeur ne changerait strictement rien au portrait: le Conseil exécutif va poursuivre le développement économique, l’environnement dans son sens traditionnel ne constituant qu’un irritant, comme les différents éditoriaux de Sansfaçon le démontrent de façon transparente.

Une autre approche aux défis se trouvent dans des échanges entre des gens dans le réseau de Stéphane Brousseau Enjeux énergie et environnement, tout récemment portant sur une publication de Nature Climate Change et cherchant à calculer le coût social (et environnemental) des émissions de GES et des changements climatiques qui en résultent. Encore une fois, cela fait des décennies que nous cherchons à faire ces calculs, avec plus ou moins de précision et avec plus ou moins de résultats. Comme pour le cas de Francoeur, le problème, occulté, est qu’il faut mettre dans la balance le coût de la disparition de notre système économique, son effondrement et la transformation radicale (et probablement pas pour le mieux en termes de bien-être pour la plupart des gens riches actuels) de la civilisation.

Brousseau indique le 26 septembre qu’il ne fait confiance à aucun des partis en campagne, mais il faudrait demander pourquoi QS ne répond pas à bon nombre de ses attentes: «il n’existe aucun parti pour lequel on puisse voter parce qu’ils sont tous penchés sur des idéologies et non sur la réalité». Un but de cette intervention de ma part est justement d’insister sur l’adhésion des trois principaux partis à l’idéologie du système économique actuel et la recherche de la croissance. L’intervention de Nature Climate Change, avec son calcul des coûts des impacts, s’insère directement dans le même système. Ce qui me frappe est l’absence ou presque d’une reconnaissance qu’il faut larguer le système, même si Brousseau souligne qu’il prône l’abandon de l’économie capitaliste. Le problème semble être qu’il n’est pas évident comment procéder.

QS

C’est là où QS me paraît chercher à relever le défi, même s’il y a de gros problèmes avec leur programme. Il reconnaît les revendications des mouvements sociaux et environnementaux depuis des décennies, page après page dans le programme, soulignant par le fait même que ces revendications n’ont pas été entendues. Probablement presque sans exception, ses initiatives ne répondront pas au critère de rentabilité défini par le système actuel, qui aboutit à des entreprises multinationales de plus en plus importantes. Et QS propose une nouvelle vision qui rend Sansfaçon tellement nerveux qu’il semble considérer QS comme communiste… On peut convenir que QS ne détiendra le pouvoir avec l’élection et que donc son programme – et sa plateforme – ne correspondent pas à la réalité à la Brousseau. Reste que le portrait esquissé paraît plus compatible avec ce qui s’en vient que ceux des autres partis qui veulent maintenir le modèle actuel; en fait, même QS semble le maintenir implicitement.

On peut se permettre de penser que la hausse de l’appui à QS dans les sondages suggère qu’il y a un nombre de personnes de plus en plus important qui veulent vraiment le changement, à l’instar des millions qui ont appuyé Bernie Sanders (et Trump, pour les mêmes raisons mais avec les mauvaises cibles). C’est ce que Sansfaçon appelle un retour au passé, lui et les autres partis faisant campagne dans l’élection étant incapable, comme les gens de l’establishment américain en 2016, de voir l’avenir comme fonction des crises du présent.[2]

Ce qui ne paraît pas dans la vision de QS, comme il est absent dans le programme de Bernie Sanders, est une reconnaissance que la non rentabilité comportera un changement radical dans le futur système économique et social et dans les conditions de vie et une diminution radicale de ce que nous avons pris l’habitude de considérer comme le bien-être matériel totalement fondé sur la surconsommation de ressources.

Le programme de QS parle justement du Québec sous le régime de QS comme une «société riche»… C’est peut-être ici que Sansfaçon a raison, presque sans le réaliser. QS semble accorder à l’idée d’une transition énergétique beaucoup trop de potentiel, suggérant (section1.2.4) comme beaucoup trop d’autres que cette transition va nous amener à un nouveau régime avec les mêmes services énergétiques où la renouvelable aura remplacé la fossile.

À cet égard, je suis intervenu dans le réseau de Brousseau avec le commentaire suivant:

Lorsque nous commençons à parler de ce qui est véritablement requis, les défis augmentent beaucoup – et notons bien que l’éditorial envoyé par Stéphane souligne que les engagements associés à l’Accord de Paris sont bien insuffisants, et ceux du gouvernement Trudeau encore plus, étant ceux du gouvernement Harper.
Je suggère que les gestes requis exigeraient l’abandon de notre modèle économique, et que c’est pour cela que les politiciens ne répondent pas, peu importe le coût des impacts de l’inaction. Le coût de l’action est tout simplement inimaginable.
C’est ici où les adhérents à une transition énergétique sans faille et sans perturbations ne fournissent pas des réponses aux analyses qui suggèrent que la transition voulue et espérée n’est tout simplement pas plausible. Ici, je me réfère comme synthèse à un bel essai récent par Philippe Gauthier qui résume ce que nous savons pas mal depuis assez longtemps.
Il n’y aura pas de transition et il faut que nous déployions nos efforts dans un tout autre sens, soulignant une transformation en profondeur de notre société/civilisation et – je crois inévitable – une réduction massive des ressources que nous pourrons consommer.
D’après ce que je vois, Québec Solidaire ne voit pas le défi en cause à travers toutes ses belles orientations, et je viens de lire Bernie Sanders, qui parle d’une « seamless transition » vers les énergies renouvelables. Le Québec pourra peut-être s’arranger avec le meilleur approvisionnement en énergie non fossile dans le monde entier, avec un apport -une réduction – de peut-être 50% de la consommation actuelle, ce qui serait quand même dramatique. Mais le Québec ne vit pas en isolation, et il n’y a pas beaucoup d’autres juridictions qui pourront même passer proche. Bref, c’est presque le chaos dans le modèle économique qui ira de pair avec l’incapacité de faire une transition sans faille…

MISE À JOUR le 1er octobre

Jean-François Nadeau a quitté l’orientation éditoriale de Sanfaçon avec une chronique intéressante ce matin dans Le Devoir. Il est plutôt difficile à comprendre comment l’équipe éditoriale a laissé passer l’éditorial de Sansfaçon…

 

[1] Ce ne sont surtout pas les «cris d’alarme» qui doivent nous guider, dit Sansfaçon, ayant souligné dans un autre éditorial que la présence d’anciennes militantes du mouvement environnemental au sein du Conseil des ministres faisait presque peur. Il contrastait cela avec un consultation menée par la CEÉQ, dont les responsables n’étaient pas un «quelconque groupe de militants environnementalistes».

Plus je prends du recul, plus je vois le poids du modèle économique tout au long de l’histoire du mouvement environnemental et de son échec. C’est dit seulement en passant, on dirait, mais le bout de phrase de Sansfaçon dans encore un autre éditorial de 2014, «Une politique dépassée» n’en révèle pas moins la lourdeur de la pensée.

Il eût été surprenant d’assister à des éclats de joie de la part des gens d’affaires en apprenant la nomination de trois anciens militants du mouvement écologiste à la tête de ministères aussi importants que ceux du Développement durable et des Richesses naturelles. Confier la responsabilité de l’avenir énergétique, des forêts, des mines et même d’Hydro-Québec à d’ex-dirigeants d’organisations comme le Parti vert et Eau Secours !, il y a de quoi rendre nerveux !

 

[2] En effet, Josée Blanchette y va de sa vision dans une chronique de fin de campagne «On veut (pas) que ça change: le procès du statu quo» qui souligne le phénomène d’importants segments des populations qui décrochent de l’establishment et de l’élite.

 

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Le pétrole, l’ALÉNA et l’automobile (3)

Curieux: depuis l’entente entre les États-Unis et le Mexique, presque tout ce qu’il y avait de reportages sur les négociations pour une nouvelle mouture de l’ALÉNA nous donnait le vendredi 31 août comme date limite, celle décidée par Trump pour pouvoir faire signer l’accord États-Unis/Mexique par le président mexicain Peña Nieto plutôt que par son successeur Andrés Manuel López Obrador (AMLO), plutôt réservé face à l’ensemble. Tout d’un coup, à l’annonce de l’échec des négociations visant une entente le 31 août, on apprenait qu’il restait encore un mois pour aboutir à un accord entre les États-Unis et le Canada, et on en comprend assez bien les étapes: entente entre le Canada et les États-Unis suivie de la rédaction de l’éventuel accord, dont la version écrite finale doit être déposée au Congrès pour le 30 septembre.

Sauf que les médias commencent à souligner que même le 30 septembre n’est qu’une date fixée par le président Trump, justement pour éviter qu’AMLO soit la contrepartie mexicaine dans les négociations. Peut-être que le tout pourra continuer après le 30 septembre, quitte à voir le président Trump faire face à un congrès qui a quelques réflexions sur le sujet et qui a donné le mandat de négocier une entente à trois. Le Conseil des Canadiens note qu’AMLO semblerait se satisfaire avec un accord réglé par son prédécesseur pour lui laisser la voie libre pour le défi vraiment important, un véritable développement du pays pauvre qu’est toujours le Mexique. Cela suggère que l’ALÉNA est toujours une affaire plutôt marginale pour ce dernier pays. Mais elle suggère qu’il aille plus loin semble voir la situation ainsi et on

Un retrait de l'ALÉNA sera compliqué pour le Mexique et pour le Canada, mais probablement salutaire

Un retrait de l’ALÉNA sera compliqué pour le Mexique et pour le Canada, mais salutaire

L’ALÉNA souhaitable?

Comme j’ai esquissé dans les articles précédents, en retournant à une réflexion que j’avais laissée depuis plusieurs années, je me retrouve avec la conclusion que Trump avait raison dans ses objections aux ententes multilatérales de libre-échange, que Bernie Sanders avait raison[1], sur la base de fondements différents, dans les mêmes objections, et que non seulement nous serions mieux sans une ALÉNA2, mais que nous ne sommes pas mieux avec les ententes avec l’Europe et le Transpacifique que Trudeau, suivant Harper, considère fondamentale pour l’avenir de l’économie canadienne – mais peut-être pas pour la société canadienne.

L’IRIS est intervenu sur l’ALÉNA en suggérant, finalement, que son abandon ne serait peut-être pas une mauvaise idée. Ce faisant, elle proposait pour le corriger plusieurs changements. Gordon Laxer, pour sa part, y est allé avec une proposition de changement de l’ALÉNA qui frappait à son cœur, pour les Américains, la clause «proportionnalité» qui leur garantit un approvisionnement qui ne pourra pas baisser en cas de besoin. C’était sûrement peine perdue, et Laxer ne pousse pas sa réflexion pour voir si l’ALÉNA était bénéfique pour le Canada, alors que sa province, l’Alberta, semble clairement un bénéficiaire important.

Une recherche auprès du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), organisme d’économie hétérodoxe qui ne met pas en question l’économie néoclassique, permet de vérifier comment il intervient sur l’ALÉNA à travers une multitude de propositions de correction au système. Sur la question, le CCPA propose carrément (sans le dire) de réécrire l’ALÉNA en fonction de principes qui pourraient favoriser le Canada et diminuer les mauvais impacts de ce document néoclassique de libre-échange. Encore une fois, on se demande comment le Centre peut tellement manquer de perspective tout en restant dans le système. Il intervient au printemps 2018 pour esquisser plusieurs problèmes avec l’ALÉNA pour ensuite déposer en juillet un mémoire lors de la consultation du gouvernement fédéral qui détaille sa vision des changements qui seraient opportuns.

MISE À JOUR: Un petit article venant de la Presse canadienne figure dans les journaux le 23 octobre portait sur une récente intervention du CCPA: «L’ALÉNA: Fallait-il sauvegarder le chapitre 19?».

Une analyse plus que hétérodoxe

C’est intéressant dans ce contexte de consulter l’intervention de l’ancien éditeur du journal du CCPA The Monitor, plus radical que le CCPA lui-même. Ed Finn a pris sa retraite il y a quelque temps à l’occasion de son 90e anniversaire; il est retourné dans sa province natale de Terre-Neuve et Labrador et écrit aujourd’hui pour The Independent dans une chronique «The Nonagenarian’s Notebook». Dans une chronique d’octobre dernier, « It’s Time To End NAFTA », Finn trouve une note intéressante écrite par les deux principaux chercheurs du CCPA, en dépit de l’accent qu’ils mettent – que le Centre met – sur le renouvellement avec des changements invraisemblables.

According to trade analysts Scott Sinclair and Stuart Trew, free trade agreements “have little to do with trade,” and are, “more accurately, constitution-style documents that substantially weaken democratic institutions in the interests of freeing (from government intervention) the trade- and investment-related activities of multinational corporations.”

Il trouve même une intervention de Bruce Campbell, ancien pdg du Centre, qui suggère fortement que le CCPA devrait promouvoir l’abandon de l’ALÉNA.

“The cumulative effects of NAFTA on the well-being of most Canadians has been negative. Inequality has been widened, income growth stifled, unions undermined, social programs eroded. At its core, NAFTA is about shifting all the power in the economy from governments and workers to corporations,” says former Canadian Centre for Policy Alternatives Executive Director Bruce Campbell.

Même Jim Stanford, ancien économiste du syndicat des travailleurs de l’automobile et d’Unifor est cité à l’effet que la «promesse d’accès aux marchés américains ne valait pas le papier sur lequel c’était écrit». Finn lui-même conclut :

For the vast majority of Canadians, a reversion to trading with the U.S. and other countries through the GATT/WTO will greatly enhance their economic, social, sovereign, political and environmental prospects for the future.

Disons qu’il est donc surprenant que les médias n’ouvrent même pas la question quant à l’intérêt d’une décision de se retirer de l’ALÉNA ou (dans les circonstances actuelles) de refuser de nouvelles concessions pour le droit d’y rester et d’être retiré malgré soi de l’ALÉNA. Ils sont dominés par le système sans même s’en apercevoir. De la prendrait du journalisme d’enquête, denrée rare de nos jours, plutôt que du reportage.

Et alors Unifor et l’ALÉNA?

On ne trouve même pas sur le site web d’Unifor, successeur du syndicat des travailleurs de l’auto, un suivi ou une analyse de la situation, tellement ils doivent être conscients que leur avenir ne s’y trouve pas (et ils étaient opposés à l’ALÉNA lors de sa négociation de toute façon). On finit par trouver un document d’analyse et un autre sur Unifor et l’auto.

Quelques extraits des documents d’intervention d’Unifor:

L’auto is Canada’s top-ranked export, and the U.S. is our number one customer. In fact, the U.S. is the destination for 90% of the vehicles we produce and two-way auto trade with the U.S. is worth $135 billion per year and is relatively balanced…

The labour movement opposed NAFTA as a lousy deal when it was signed, and our Union has been on record for the last 23 years consistently pushing to x it, or eliminate it…

The idea that endless free trade brings progress to working people has been proven wrong at every step. Like other free trade deals, NAFTA has resulted in downward pressure on wages and working conditions, and lost jobs. NAFTA provides extraordinary protections for private investors, but fails to extend meaningful protections for workers…

Today the industry is completely unbalanced within North America. Just 1.6 million vehicles were sold in Mexico last year, but they built 3.6 million. Mexico represents just 8% of the North American market in terms of sales, but 20% of the nal assembly. It’s even more unbalanced in terms of jobs. Mexico now has nearly 900,000 auto manufacturing jobs, fully 45% of the North American total. Canada has just 125,000 jobs, or 6%.

Cela rappelle le graphique de mon premier article sur l’ALÉNA et venant d’un travail de Jeff Rubin:

Un point de départ pour la réflexion canadienne: le portrait de l’ALÉNA qu’en détient Trump Rubin NAFTA fig 1 - Version 2

Devant l’entente avec le Mexique, Unifor semble de l’avis que cela réduirait le drain d’emplois vers le Mexique à bas niveau de salaire, mais comprend qu’inclure le Canada dans cela serait seulement en échange de concessions dans la gestion de l’offre.

Des concessions sans impacts?

Dans ce dernier cas, on peut penser que l’impact serait similaire (difficile à mesurer l’envergure dans les deux cas) à celui sur le Mexique avec l’envoi du maïs américain subventionné, qui a nui aux paysans; dans le cas du Canada, cela nuirait à l’effort de la gestion de l’offre (en dépit de certains dérapages de ce programme, dont la surenchère sur les quotas) à assurer une stabilité pour les fermes familiales face aux géants américains.

On sait d’avance que l’ensemble des analyses économiques (exception IRIS et …) vont se faire dans le cadre de l’économie néoclassique, et on voit que même les hétérodoxes ne soulèvent pas les questions qui s’imposent sur l’idée d’un ALÉNA2. Ce qui frappe à cet égard est qu’il n’y a aucune indication (ou presque) de la part du gouvernement canadien que le commerce sans l’ALÉNA serait peut-être plus bénéfique pour le Canada, même dans une perspective d’économie néoclassique.

On peut soupçonner qu’il va négocier un ALÉNA2 qui cédera encore d’autres éléments de la gestion de l’offre qui, en dépit de plusieurs problèmes, permet d’insérer notre agriculture un peu dans une perspective d’avenir et de ferme familiale. En fait, certains bénéfices de la disparition de l’ALÉNA ne seront pas discutés par des gens qui ne voient pas l’avenir en fonction d’un effondrement de notre système économique. Suivant les pistes esquissées dans mon livre, le maintien de la gestion de l’offre plutôt que le renforcement de l’agriculture industrielle qui risque d’être le résultat d’un ALÉNA2 s’insère beaucoup plus facilement dans une société et une économie qui seraient sorties du modèle actuel.

L’automobile et les emplois associés à sa manufacture au Canada font partie des préoccupations face à l’ALÉNA, mais Rubin a déjà montré le peu de bénéfices dans le modèle actuel qui sont et seraient à associer à l’ALÉNA(1 et 2) et il semble clair que les travailleurs du secteur voient la situation de la même manière. Devant la possibilité, que je considère une probabilité, que cet élément massivement au centre de notre modèle actuel va connaître un déclin important faisant partie de l’effondrement et de l’incapacité à maintenir nos flots de véhicules mus par l’énergie fossile, y compris avec les énormes investissements requis pour les infrastructures qui permettent les transports (et la congestion), une absence d’efforts pour maintenir l’intégration avec la production en Amérique du Nord semblerait une bonne chose.

Il y aura sûrement des perturbations dans les échanges et les activités actuelles advenant la disparition de l’ALÉNA, Celles-ci pourront être associées à cette disparition, mais les interventions de Trump suggèrent que perturbations il y aura de toute façon, et ce serait presque encourageant de voir le Canada retiré, volontairement ou non, de certains éléments clé de notre modèle actuel. Une telle situation risque de faciliter quelque peu la capacité d’aborder les perturbations beaucoup plus importantes qui s’en viennent. Et je ne parle même pas des projections imagées de Tony Seba…

 

[1] La lecture récente de son livre sur l’expérience de la campagne et la présentation de sa vision d’une société meilleure, Our Revolution (Thomas Dunne Books, Saint Martin’s Press, 2016) m’a rappelé plusieurs de ses contributions. Sanders ne semble pas faire des distinctions entre le rejet du système économique, dont il critique de nombreux éléments, et sa correction, mais l’ensemble de ses positions se situe assez bien dans la perspective d’un effondrement du système.

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Interlude: Hulot semble exposer un déni

Quand mon livre est sorti en novembre, aucun média écrit n’a jugé bon d’en faire un compte-rendu, voire en parler. Assez curieusement, dans la foulée de la démission de Nicolas Hulot comme ministre de la Transition écologique en France, plusieurs interventions dans la presse suggèrent qu’il a été lu, mais présumément jugé trop audacieux. Sous-entendu: les catastrophistes ont raison, mais c’est trop dur à gérer. D’autres le juraient tout simplement flyé.

Le dilemme sur la page d’Idées (et ailleurs) …

La page Idées du Devoir du 5 septembre souligne le dilemme. Francine Pelletier, qui exprime régulièrement son indignation, voire son désespoir face à notre incapacité à prendre les décisions qui s’imposent en matière d’environnement (au sens très large), manifeste sa déception face à cette situation, en ciblant la campagne électorale en cours. Elle présente une réflexion sur le mystère derrière le refus de la jeune génération à se montrer informée des défis qui nécessitent leur action.

Sur la même page, François Delorme, économiste à l’Université de Sherbrooke, débute son article «Les illusions perdues» en indiquant sa condescendance face à mon évaluation de la situation il y a deux ans. Ce serait apparemment d’autres interventions, de Jean Lemire et Patrick Lagacé, et surtout de Nicolas Hulot, qui l’amènent aujourd’hui à renoncer à ses illusions. Il cite Hulot à l’effet que c’est l’économie de marché qui est la racine même du problème, et un cancer pour l’environnement. Hulot ne croit plus que le changement nécessaire viendra, et, ajoute Delorme, lui non plus. Il termine en soulignant que «ce sont les jeunes qui portent l’avenir» et il leur cède la place. À suivre Pelleter et les sondages, ce ne sont pourtant pas ces jeunes qui voient clair, qui vont poser les gestes qui s’imposent.

Ces gestes incluent la reconnaissance générale par les économistes, et par les politiciens qui les suivent comme guides, que le système économique dominant est un cancer (Hulot et Delorme) et – impossible à imaginer – qu’il faut, aujourd’hui, constater l’urgente nécessité d’abandonner ce système, aujourd’hui. Cela irait de pair avec l’abandon du consumérisme ciblé par Delorme. En fait, il suggère l’abandon de l’automobile comme principal moyen de transport et l’abandon d’une diète carnivore en mettant de l’avant des mesures d’économiste pour montrer les illusions qu’il a perdues. Ce ne sont pas les jeunes auquels il faut penser pour relever le défi que Hulot insiste est pour maintenant. C’est nous.

En janvier dernier, après la sortie de mon livre, Josée Blanchette a préféré couvrir le livre Utopia XXI d’un Français, Aymeric Caron. Ce livre propose de rêver, « de nous arrêter et de réfléchir autrement en apportant des propositions rafraîchissantes face au marasme ambiant.» Dans sa chronique de vendredi passé, Blanchette semble elle-aussi reconnaître des «illusions perdues» et mentionne mon livre dans le paragraphe suivant celui où elle donne raison à Hulot. Elle me classe parmi les «éco-cyniques» ou les «éco-désespérés» ayant perdu la foi.

Je me considère en effet un «ex-environnementaliste» ayant perdu mon temps pendant 45 ans de combats, mais mon livre cherche à dessiner des éléments du monde que Delorme laisse aux jeunes à dessiner, un monde où nous aurons subi l’effondrement du système économique que nous refusons résolument à abandonner et seront confrontés à une absence de consumérisme et d’automobiles partout, d’une diète carnivore venant d’une agriculture industrielle qui devra être convertie en agriculture paysanne.

Finalement, Lionel Levac, qui avait signalé en juin dernier le livre plein d’optimisme et de déni de la Fondation Suzuki Demain, le Québec, est intervenu samedi dernier, encore une fois dans la foulée de l’intervention de Hulot, pour recommander mon livre à l’émission de Joël Le Bigot.

… qui doit se résoudre

Pelletier semble le dire de façon régulière: cela fait assez de discours sur nos problèmes environnementaux, sur les catastrophes climatiques, sur l’effondrement qui est, je suggère, à nos portes. Nous avons les analyses des scientifiques et d’autres experts sur ces enjeux depuis des années, voire depuis des décennies. Hulot a exposé un déni et une incompréhension portant sur les petits gestes, mais souligne que lui-même n’a pas beaucoup d’idées sur ce qu’il faut faire pour préparer l’avenir sombre qui nous guète. Ce qu’il nous faut, à travers le renoncement et l’abandon des illusions, est de chercher à décrire et à préparer ce qui nous attend – dans la mesure où nous pensons que cela vaut toujours la peine. J’en esquisse quelques lignes dans ce qui constitue les deux tiers du livre.

 

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Le pétrole, l’ALÉNA et l’automobile (2)

Jeff Rubin, ancien économiste de la banque CIBC responsable de ses investissements dans le secteur de l’énergie, s’est confronté aux enjeux de ce secteur dans ses analyses et a écrit en 2010 Demain un tout petit monde: Comment le pétrole entraînera la fin de la mondialisation. Ce faisant, il a quitté CIBC et s’est lancé dans une nouvelle carrière de consultant, d’écrivain et d’analyste; il est actuellement collaborateur/fellow au CIGI, le Centre for International Governance Innovation. À y lire les analyses qu’il y a produites depuis quelques années, on comprend que Rubin, en suivant la piste du pétrole (et de deux autres livres), a abouti à un ensemble de perspectives constituant tout un cheminement pour un économiste réputé…

Les bénéfices de l’ALÉNA et du libre-échange en général

Deux récents articles de Rubin pour le CIGI sur l’ALÉNA et sur la globalisation fournissent d’intéressantes analyses, faute de voir un suivi de ces questions dans les médias populaires. L’analyse du rapport de Rubin de l’an dernier sur l’ALÉNA, « How Has Canadian Manufacturing Fared under NAFTA?: A Look at the Auto Assembly and Parts Industry » (CIGI Papers No. 138 — août 2017) permet une réflexion sur les négociations – ou face à une décision de Trump d’abandonner l’ALÉNA et de tarifer les importations mexicaines et canadiennes du secteur de l’automobile, tout simplement. Il s’agit d’une vision d’un avenir rapproché (d’ici 2030, et donc commençant avant cette date fatidique) où l’industrie de l’automobile, que celle-ci soit électrique ou à essence, qu’elle soit hybride/compact ou camion/VUS, va se buter à des contraintes majeures.

Dans le cadre de l’ALÉNA, il serait bien intéressant si les médias essayaient de couvrir autre chose que les négociations de jour en jour (ou de mois en mois, avec la probabilité que Trump va annuler l’ALÉNA au bout du compte en exigeant ainsi une toute nouvelle couverture médiatique), pour essayer de mieux cerner ce à quoi nous faisons face. Dans la vie quotidienne, nous parlons régulièrement des enjeux de la congestion et cherchons les moyens, dans les traditions en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de gérer ces enjeux des transports techniquement. Ce faisant, nous n’y ciblons pas les bons enjeux. Je suggère que l’enjeu, pour la congestion autant que pour l’ALÉNA, et contrairement aux négociations qui doivent être en train de se faire sur les différents aspects du commerce des autos, est l’avenir même de cette industrie.

L’avenir du transport privé par automobile (bis)

La réflexion à faire sur ce dossier semble pleine de potentiel; je l’ai entamé en parlant des projections de Tony Seba. Les projections, complétées d’ici 2030: la combinaison voiture électrique (très simple en termes de pièces associées au fonctionnement), voiture autonome (toujours en marche, mais avec un échéancier difficile à évaluer) et abandon de voiture personnelle en faveur du transport comme service fourni par d’autres – TaaS, pour Seba (difficile à imaginer, mais proposé comme fonction du prix, de la facilité, des tendances). J’ai poussé plus loin en essayant d’intégrer la réflexion dans une perspective plus globale. Actuellement, on peut regarder l’avenir de l’automobile personnelle, voire l’avenir de la production industrielle de l’auto, en regardant de plus près les enjeux associés à la renégociation de l’ALÉNA.

D’une part, nous voyons une énorme croissance du rôle du Mexique dans la production automobile en Amérique du Nord depuis la mise en oeuvre de l’ALÉNA.

Le portrait de l’ALÉNA que retient Trump

Rubin NAFTA fig 1 - Version 2

Figure 1. Production automobile en Amérique du Nord (1994-2016)

D’autre part, nous voyons que la pauvreté au Mexique est toujours majeure, frappant plus de la moitié de la population (voir mon dernier article).

Une portrait canadien de l’ALÉNA

Rubin NAFTA fig 4 - Version 2

Figure 2. Emplois dans les industries canadiennes et mexicaines de l’automobile et des pièces 2007-2015

Le Mexique

La distribution des usines à travers le pays ne semble pas se restreindre à la frontière et aux machiladores, la plupart des usines d’automobiles se trouvant, selon Rubin, dans l’État de Puebla, au sud-est de Mexico, pour des raisons que j’ignore. La route 57 qui mène de Mexico jusqu’à la frontière américaine s’appelle l’autoroute de l’ALÉNA. La compensation totale horaire, incluant les bénéfices et les vacances, se situent quelque part entre 2,50$ pour les pièces et 8$ pour l’assemblage, une fraction de celle dans les deux pays partenaires riches. Le seul intérêt des producteurs est de produire à moindre coût (les coûts de la production se situe à environ 50% du prix final des véhicules), cela en exploitant un bassin de travailleurs (apparemment venant de l’agriculture – p.11) qui est en surplus et n’a donc pas de pouvoir de négociation.

Assez typiquement, la contribution de cette production ne semble pas influencer beaucoup l’état général du pays. L’ensemble de la contribution, en croissance importante depuis 2008, se situe aux environs de 900 000 travailleurs (d’une population donc de peut-être 4 millions de personnes), cela dans un pays d’une population globale d’environ 130 millions. C’est un des seuls apports économiques intéressants (possiblement) de l’ALÉNA face à des impacts négatifs ailleurs, comme dans l’agriculture; les activités de manufacture semblent surtout dans le secteur de l’auto, et donc comporte des bénéfices plutôt limités pour l’ensemble de l’économie, quelque part aux environs de 10% de celle-ci.

Retour sur l’énergie dans tout cela

À ce portrait plutôt amateur et bien préliminaire de la situation au Mexique, il faut ajouter ce que j’ai essayé de mettre en évidence dans mon dernier article, le fondement en énergie de nombreux problèmes au Mexique. Pemex, la Société d’État pour le secteur de l’énergie, paie en taxes environ 62% de ces profits, ce qui constitue une partie importante des revenus de l’État. Dans les dernières années, le pétrole fournissait approximativement le tiers des revenus de l’État, mais aujourd’hui ce sont les remises venant des Mexicains vivant aux États-Unis qui constituent la partie la plus importante des revenus. À noter que dans l’un ou l’autre des deux cas, il s’agit d’un portrait d’une société dont l’économie est dans un autre monde que le nôtre.

Production de pétrole au Mexique 1950-2015

Mexique pétrole wikipedia - https://en.wikipedia.org/wiki/Petroleum_industry_in_Mexico#Oil_production

Figure 3. Le gisement de Cantarell est en déclin, ce qui augure mal pour l’avenir de la société mexicaine.

Cantarell est en déclin, et d’après ma compréhension, les gisements dans la formation de Chicontepec sont soit non conventionnels soit inexploitables pour des raisons techniques; leurs réserves sont par contre, comme dans le Bakken et au Texas, un pétrole léger de bien meilleure qualité que celui des sables bitumineux.

Bref, le Mexique fera face à une pénurie de pétrole conventionnel et bon marché dans les années à venir, qui est même en déclin déjà. Une nouvelle politique énergétique de 2013 ouvre la porte à des investisseurs privés – environ 200MM$ actuellement – ce qui réduit le potentiel de maintenir les revenus du pétrole en soutien à l’État. Comme cela est la situation pour la période d’ici 2030 pour le monde en général, il est intéressant de voir ceci dans le contexte de l’ALÉNA, où le principal apport économique important semble être dans le secteur de l’automobile.

L’ALÉNA aux États-Unis et au Canada

La production mexicaine est surtout pour exportation, sa population – même si la ville de Mexico fournit un des meilleurs exemples de congestion automobile au monde… – n’ayant pas généralement les moyens de se permettre une auto personnelle. La production se fait dans ou pour les deux autres pays. Voilà donc pour le Mexique comme partenaire dans l’ALÉNA.

La situation est très différente, mais ne semble guère reluisante, dans les deux autres pays. Personne n’en parle ouvertement, mais l’énorme activité qui tourne autour des véhicules personnels et l’auto (le camion Ford F150 était le véhicule le mieux vendu en 2017, parmi tous les véhicules!) permet de souligner une contrainte probablement importante dans cette industrie et dans les industries connexes.

Comme je l’ai souligné dans mon dernier article, le travail de l’économie écologique/biophysique sur ces questions méritent plus d’attention. Non seulement les énergies fossiles non conventionnelles ne fournisent pas un rendement énergétique (ÉROI) suffisant pour soutenir notre civilisation, mais presque l’ensemble des pays producteurs ont refusé de voir les implications d’une dépendance  en termes de revenus venant d’une ressource non renouvelable, soit qu’elle va finir par s’épuiser et que la décision de compter sur les revenus venant de leur exploitation pour les budgets courants va finir par hanter des successeurs, voire est déjà à confronter.

Déjà, nous avons vu les efforts presque désepérés des pays du Moyen Orient pour préparer l’épuisement de leurs ressources, déjà en cours, et nous voyons des pays comme le Vénézuela, le Brésil, le Mexique et – ce n’est peut-être pas lointain – le Canada et les États-Unis confrontés à une situation où dans les prochaines années, dix ou quinze, leurs économies vont voir disparaître leurs bases, l’extraction des ressources, incluant l’énergie fossile mais également les métaux, venant de ces pays ou d’ailleurs, peu importe.

S’en ira avec cela le positionnement traditionnel de l’industrie de l’automobile et sa volonté de croissance et de transition vers des véhicules de plus en plus gros. En effet, je pense qu’on peut faire un argument analogue à celui pour le pétrole pour une dépendance d’une économie, d’une société, à l’industrie de l’automobile, dont la production et l’utilisation dépendent de ressources non renouvelables… Le fer ne manquera pas de si tôt, mais l’industrie minière requiert de grande quantités d’énergie pour l’extraction, voire pour le transport des minerais.

Rubin présente une analyse où il compare les intérêts des trois pays associés à l’ALÉNA, montrant que le Canada et les États-Unis ont maintenu des échanges commerciaux dans le domaine de l’auto à peu près stable, ces échanges remontant au pacte de l’auto des années 1960. L’exploitation par les entreprises des deux pays d’une main-d’œuvre bon marché au Mexique, sous les apparences de contribuer aussi au développement de ce troisième pays, n’a fait depuis les 25 ans de l’ALÉNA que maintenir une situation de Tiers monde dans ce pays.

Finalement, dans ce secteur, très important pour l’ALÉNA, un premier objectif était de permettre aux entreprises de produire à moindre coût en utilisant la main-d’œuvre mexicaine; un deuxième objectif était de berner les consommateurs en fournissant à moindre coût un produit de consommation dont le coût est important dans leurs budgets, mais cela en diminuant la capacité de bon nombre de ces mêmes consommateurs de se permettre ces véhicules, avec la perte d’emplois manufacturiers en très grand nombre, dans les deux pays, et en maintenant une situation d’instabilité dans le pays pauvre fournissant le travail.

La globalisation (je suis en train de relire, pour essayer de mieux comprendre, L’impasse de la globalisation, de Michel Freitag).

Dans un deuxième rapport pour CIGI, de février 2018, « Has Global Trade Liberalization Left Canadian Workers Behind? », Rubin présente une analyse qui pourrait sortir des bureaux de l’IRIS, tellement cet économiste de formation et d’expérience très traditionnelles semble pousser les implications de ses analyes du secteur de l’énergie vers d’autres composantes plutôt négatives du portrait général de la société. Et encore plus frappant, Rubin rejoint Trump dans ses critiques, tout en étant à des distances astronomiques de lui dans le fond.

L’analyse «de gauche» y est, venant d’un économiste que l’on doit croire objectif et loin d’être de gauche – sauf que les enjeux de l’énergie mènent loin lorsque l’on les analyse. La conclusion de Rubin sur les effets de la globalisation dans les pays de l’OCDE est sans retenue, et les résultats n’ont presque rien à voir avec ceux associés à la robotisation du travail souvent invoquée comme menace:

  • la globalisation a réduit les emplois dans la production manufacturière dans les pays riches, les transférant aux pays pauvres pour exploiter les bas salaires qui s’y trouvent;
  • les nouveaux emplois dans les pays riches sont dans le secteur des services, où la rémunération est beaucoup plus basse;
  • un grand nombre de travailleurs se trouvent maintenant, dans les pays riches, dans des emplois à temps partiel, à contrat, temporaires;
  • une baisse très importante dans la syndicalisation des travailleurs – les travailleuses, souvent dans les services publics, n’ont pas connu des baisses – leur  a enlevé presque tout pouvoir de négociation;
  • le niveau des salaires a stagné depuis des décennies, depuis l’instauration de la globalisation, alors que les bénéfices de l’activité ont été récupérés en très grande partie par les riches, on peut presque dire, par le 1%;
  • les inégalités ont augmenté de manière importante (en suivant l’Indice de Gini), le premier quintile prenant la grande partie des bénéfices en profits;
  • la classe moyenne a diminué beaucoup, en raison de l’absence de hausse de salaires en dépit d’une activité économique augmentée et d’un niveau de chômage très bas.

Même le rôle «traditionnel» des gouvernements pour assurer une redistribution par les système de taxes et de transfers fait défaut, le premier quintile bénéficiant des gestes des gouvernements plus que les autres (voir la figure 4). Il n’y a aucune mention du rôle de l’énergie comme facteur dans tout cela, mais voilà, c’était l’objectif de cet article de mon blogue d’y jeter un coup d’oeil, avec des généralisations qui devront être mieux décortiquées dans des articles à venir.

L’intérêt du Canada dans tout cela

Tout ceci, général dans l’ensemble des pays de l’OCDE, s’applique au Canada, en dépit d’impressions du contraire. Le portrait est en effet bien connu. Tout est en baisse dans le secteur manufacturier, et même dans le secteur des services, il n’y a pas eu de hausse des salaires depuis 2000. Le portrait se résume dans un graphique de Rubin partant des données de Statistique Canada.

Distribution des bénéfices dans le cadre des ententes de libre-échange

Rubin fig 1 global - Version 2

Figure 4. Seul le premier quintile semble faire du progrès.

Le nombre de travailleurs dans le secteur manufacturier a connu une baisse dramatique. Rubin conclut en insistant sur un facteur propre à la situation canadienne. La hausse des profits marque moins la situation statistique pour le Canada dans les dernières années, et la raison en est plutôt directe: il n’y a pas eu des profits dans le secteur énergétique, avec la baisse du prix du pétrole et les difficultés dans les sables bitumineux.

Quant à l’avenir, l’intégration de l’industrie, passant par-dessus la frontière Canada/États-Unis et les économies qui en dépendent, risquent de ne pas changer énormément, qu’il y ait entente ou non. On peut avoir une idée de ceci en regardant l’historique du PIB au Canada depuis des années. C’était l’extraction des énergies fossiles qui a maintenu un taux de croissance «raisonnable»; si l’on soustrait la contribution de cette extraction à l’économie – si on regarde la contribution du Québec, de la Colombie-Britannique et de l’Ontario – le prognostic est pour un taux de croissance «irraisonnable», advenant le déclin de l’industrie de l’énergie non conventionnelle. Cela irait presque de pair avec un déclin continu de l’industrie de l’automobile en Ontario.

Le PIB canadien a été fonction de l’extraction d’énergie fossile, depuis longtemps

PIB Can et 10 provinces

Figure 5. Le PIB du Québec et de l’Ontario a été inférieur à celui du Canada, le PIB des provinces productrices dominant le portrait depuis 2000. Ce graphique a été créé pour l’article sur Kinder Morgan.

Trump, Sanders (et Andrès Manuel Lopez Obrador?)

L’élection de Trump, n’aurait peut-être pas dû surprendre autant, et dix-huit mois plus tard celle de Ford en Ontario n’a presque pas surpris. La globalisation a fait des ravages à travers le monde (dans les pays riches, d’une part, mais dans les pays pauvres, exploités, d’autre part) et les populations s’en ressentent. Les volontés de Trump et de Ford de rétablir un passé disparu, et qui ne reviendra pas, contraste, par ailleurs, avec celle de Sanders. Celui-ci, même s’il maintient la perspective d’un citoyen d’un pays riche, voit les inégalités, les frustrations de la population, et cherchent non pas à rétablir un passé disparu mais à établir un nouvel ordre d’où seraient disparues la globalisation et la dominance du 1%.

De notre coté, la croissance de l’exploitation des sables bitumineux, incluant l’expansion du pipeline Trans Mountain, est devant ses propres contraintes. Il s’agit encore une fois d’un pétrole non conventionnel et donc cher à produire, et en plus de mauvaise qualité. Ici aussi, nous voyons des projections des joueurs du secteur allant au-delà de 2040, mais presque rien pour comprendre la situation qui est, finalement, court terme, un déclin de pétrole conventionnel et non conventionnel et des problèmes majeurs pour les flottes d’automobiles (et de camions), les gens refusant presque sans le savoir la situation définie non seulement par les changements climatiques mais aussi par la fin de l’ère du pétrole.

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