Le schiste : la bulle financière de notre temps

Il y a lieu de croire que l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste n’est pas rentable, et l’accent sur ces nouvelles ressources (en y ajoutant les sables bitumineux) représente l’équivalent d’une bulle financière. Les coûts de l’exploitation sont tels que des analystes connaissant les enjeux financiers et économiques en cause prévoient l’éclatement de la bulle d’ici quelques années à peine. Une telle analyse fournit une perspective différente pour la résistance qui s’impose alors que nous nous approchons de l’effondrement de notre système économique actuel.

[voir les deux mises à jour à la fin de l’article pour d’autres références]

Il y a une sorte de découragement au sein des groupes écologistes face au développement des énergies fossiles non conventionnelles, surtout le pétrole et le gaz de schiste, mais aussi les sables bitumineux. Dans une perspective de contestation traditionnelle, tout semble déjà joué auprès des décideurs, obnubilés par l’idée d’une Amérique saoudite avec de riches gisements qui se trouvent un peu partout.

Numériser 3

Lors d’échanges sur le sujet de temps en temps, il s’avère difficile de présenter une autre perspective avec rigueur, tellement la littérature sur le sujet est abondante et contradictoire. Pourtant, de nombreuses indications suggèrent que le fondement économique de ce développement est sérieusement déficient et qu’il s’agit actuellement d’une sorte de bulle financière qui cache l’effondrement en progression. Il me paraît pertinent de fournir ici la perspective difficile à formuler spontanément lors d’échanges informels. Les sources reviennent pour la plupart du temps dans mes différents articles et plusieurs sont associés aux analystes du phénomène du pic de pétrole.

Une autre perspective économique

Le thème de bulle financière est la perspective qu’en donne Tim Morgan, analyste financier anciennement de Tullet Prebon qui a écrit Perfect Storm“Shale Gas : The Dotcom Bubble of Our Times”, publié au mois d’août dans le journal The Telegraph en Angleterre, ne fournit pas une analyse, et suit ce qui circule déjà dans d’autres milieux, mais cible bien le contraste entre le discours et la réalité qui marque souvent les bulles (merci à Enjeux énergies pour avoir fourni la piste). Un survol des quelque 375 commentaires sur l’article donne une idée de la confusion dans les débats actuels, et n’aboutit pas à beaucoup de clarification. Une référence intéressante est faite à des progrès sur le plan de la technologie, mais rien ne met en cause le constat de base : un rendement financier négatif aux États-Unis, dans le schiste.

Mark Lewis, ancien directeur de recherche pour la Deutsche Bank, a publié dans The Financial Times en novembre 2013 un article qui fournit les détails de la situation. “Toil for oil means industry sums do not add up” met en évidence les investissements (capex, ou capital expenditures) de plus en plus importants de l’industrie pour une production de moins en moins importante et cela à un coût de plus en plus important. La combinaison de ces éléments fournit une perspective pour le développement des hydrocarbures qui suggère que nous atteignons des limites dans un approvisionnement qui détruira les fondements économiques de nos sociétés.

C’est assez intéressant de noter que Morgan et Lewis semblent rejoindre le Canadien Jeff Rubin dans la liste d’anciens joueurs des milieux financiers qui sont arrivés à cette même perspective et qui ont quitté leur milieu pour devenir intervenants à titre personnel ; je manque les détails pour Morgan et Lewis à cet égard.

Le phénomène de la Red Queen

À son tour, Thomas Homer-Dixon, analyste à qui je me réfère souvent, a fait paraître un texte dans The Globe and Mail en décembre dernier. “We’re Fracking to Stand Still” présente la problématique par le biais des énormes investissements requis pour tout simplement maintenir l’approvisionnement acquis; il fait référence ce faisant à l’histoire de la Reine rouge (Red Queen) de Lewis Carroll, créateur d’Aventures d’Alice au pays des merveilles, dans De l’autre côté du miroir. Homer-Dixon souligne le déclin dans l’ÉROI de l’exploitation non conventionnelle (12 :1 pour les gisements les plus riches, mais environ 4 :1 pour l’ensemble de l’exploitation du schiste). Il termine en soulignant le prix en hausse qui pourrait se présenter devant la demande de la Chine et de l’Inde pour des ressources de plus en plus difficiles et coûteuses à exploiter. Il cite une projection de l’OCDE d’un prix de $195 en 2020.Tainter-Patzek p.40 5

Mark Lewis souligne à cet égard, ce que j’ai souligné de différentes façons dans mon dernier article, que nous avons peut-être atteint déjà la limite du prix à environ $110. Il s’agit en effet de l’élément fondamental dans le modèle de Halte à la croissance et que Graham Turner met en évidence dans ses mises à jour du document. Avec l’épuisement progressif des ressources non renouvelables les plus accessibles et les moins coûteuses à exploiter – surtout celles énergétiques – , leur coût augmente et oblige la société à détourner du capital qui alimente d’autres secteurs de l’économie vers le seul secteur d’approvisionnement en ressources. Le résultat est le déclin économique de l’ensemble, le début de l’effondrement qui donne toutes les indications d’être à nos portes – la Red Queen ne réussirait plus à maintenir sa place face aux pressions.

Les fondements de l’analyse

D’autres analyses fournissent les détails du portrait, même si c’est toujours avec un certain retenu. J’ai déjà eu l’occasion de référer à Drill, Baby, Drill de J. David Hughes. Cet expert dans le domaine a fourni une présentation à l’Association des géologues américains en octobre 2013 qui détaille entre autres le nombre de puits forés dans les principaux sites d’exploitation américains. Même si la technologie va sûrement s’améliorer dans le domaine des forages, et ainsi réduire les coûts, “Tight Oil : A Solution to U.S. Import Dependance?” propose en d’autres termes que l’exploitation du schiste représente l’équivalent d’une bulle. Il indique que l’exploitation n’est tout simplement pas rentable; les gros joueurs se retirent et il y a de nombreuses faillites parmi les petits.

Marc Durand nous fournit de semblables analyses pour les dossiers québécois, et a récemment créé un site Gisements non conventionnels d’hydrocarbures où l’on peut voir l’ensemble de ses analyses. Parmi les contributions de Durand est son effort d’estimer les émissions des puits abandonnés, cela sur le long terme. Il s’agit probablement de l’impact environnemental le plus important de tout ce développement, mais n’impressionne pas plus les décideurs que les autres impacts. Lui aussi souligne la non rentabilité de cette exploitation, avant même de faire intervenir les impacts environnementaux et sociaux que les décideurs promettent de «gérer» comme ils font depuis des décennies – par après, et sans succès.

Les envois de Charles Hall fournit de nombreux liens à des analyses très sérieuses, en mettant un accent sur les implications du décline de l’ÉROI partout. Vous pouvez les suivre en contactant Hall à chall@esf.edu (en faisant en anglais la demande d’être mis sur sa liste d’envoi). C’était un envoi de décembre dernier de Hall qui présentait l’analyse de Mark Lewis et l’article de Thomas Homer-Dixon.

Actifs échoués

Ce terme s’applique à des actifs qui, même s’ils se trouvent dans les livres, ne pourront pas être convertis en bénéfices. J’ai déjà souligné dans les échanges sur mon article «Promouvoir la bonne résistance» le travail de la Carbon Tracker Initiative. Alors que le mouvement 350.org, partant de ce travail, utilise l’idée que les actifs des pétrolières devraient être considérés comme échoués pour environ 80% d’entre eux, ce mouvement ne fait pas la promotion de la bonne résistance. Son effort important pour sensibiliser les décideurs au défi des changements climatiques, dont la marche à New York organisée pour le 21 septembre prochain, se butera à la situation que j’essaie de décrire de différentes façons. Il est techniquement, économiquement et politiquement impossible de concevoir un accord sur le climat qui respectera le budget carbone établi par le GIEC dans son dernier rapport.

Le travail de Morgan, de Lewis, finalement, de l’ensemble des analystes qui soulignent ce que le Carbon Tracker Initiative met en chiffres, nous met devant la résistance appropriée. Il nous faut concevoir, non pas une «transition» qui leurre de nombreux activistes, mais les fondements d’une nouvelle société respectueuse des limites mises en évidence par le Club de Rome il y a 40 ans et qui se présentera lors de l’effondrement qui vient, selon les projections du Club et en suivant de nombreux indices contemporains.

Une telle approche à la résistance est signalée par Steven Kopits dans sa distinction entre les projections fondées sur la demande et celles fondées sur l’offre. J’en ai parlé en octobre dernier dans un article où j’essayais de souligner les orientations risquées des groupes environnementaux qui interviennent dans les débats sur l’énergie. Kopits, dans une conférence de février dernier, est très explicite et la vidéo de cette conférence mérite le temps d’écoute. De son coté, Gail Tverberg couvre aussi l’ensemble de ces dossiers sur son blogue, Our Finite World, incluant une approche à ces projections. Elle y fournit même une présentation de la conférence de Kopits. Il s’agit ici de deux autres sources d’information et d’analyse pour la formulation de la bonne résistance..

 

MISE À JOUR: Le 3 septembre, dans le magazine Forbes, Bill Powers, l’auteur du récent livre Cold, Hungry and in the Dark: Exploding the Natural Gas Supply Myth, fournit use miss à jour avec « The Popping of the Shale Gas Bubble ». Il rejoint l’ensemble des propos des sources de mon article.

MISE À JOUR:  Le 6 septembre The Daily Impact a publié un texte fournissant de nouvelles perspectives sur les problèmes des investisseurs dans les secteurs du pétrole et du gaz de schiste.  Il s’intitule « Rats Start to Leave the Fracking Ship ». Le 9 septembre un autre article par le même auteur, sur le même site, s’intitule « Masters of the Universe Head for the Exits » et fournit des indications que d’importants investisseurs prévoient un crash boursier de façon imminente. Il revient aussi sur l’éclatement également imminent de la bulle dans l’exploitation du schiste.

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10 Commentaires

  1. L’écrivain et journaliste Andrew Nikiforuk a publié un texte d’opinion dans The Tyee la semaine dernière qui va pas mal dans le même sens: http://thetyee.ca/Opinion/2014/08/29/Soaring-Oil-Debt-Summer/

    • En effet, Nikiforuk soulève les enjeux que j’essaie de mettre de l’avant. Ceux-ci ne sont pas nouveaux, mais nous – et surtout nos dirigeants – ne les reconnaissons toujours pas. Je viens de lire un texte de 2000 de Matthew Simmons, un autre financier, qui rend ces enjeux plus explicites, plus globaux. Avec « Revisiting the Limits to Growth », il situe les enjeux de Halte dans le contexte de sa longue expérience dans le domaine de l’énergie. Son texte mérite lecture pour nous saisir des défis…

  2. Une raison de la persistance de cette bulle tient aux réflexes acquis et aux méthodes d’analyses courantes des professionnels actifs dans les investissements pétroliers. On applique aux gisements de roche-mère des méthodes d’analyses traditionnelles, mais non adaptées aux caractéristiques de ces gisements. La très grande différence, qui n’est pas encore bien comprise par tout ceux qui participent encore à cette « frénésie » des gaz et pétrole de schiste, est la courbe de production des puits. Les données disponibles montrent une forte production initiale avec un déclin rapide qu’on peut résumer ainsi: ce qu’un puits-type produit de façon commercialement exploitable, il le produit au taux de 80% la première année, 10% la deuxième et le reste se répartit dans un déclin exponentiel pour quelques années suivantes. C’est tout à fait différent du cas des gisements conventionnels. J’ai présenté une explication géotechnique et géologique de la cause de ce déclin exponentiel et du faible taux d’exploitation finale (20% du gaz en place, 2% du pétrole en place) dans des diagrammes qui montrant comment les hydrocarbures migrent vers les nouvelles fractures (http://youtu.be/FeJvh7T3-pY). Je n’ai pas vu d’autres chercheurs proposer ce type d’analyse physique des causes du fort déclin des exploitations par fracturation de la roche-mère. Je n’ai pas vu non plus personne contredire cette explication théorique; je l’avance comme hypothèse plausible, bien que forcément simplifiée, d’un mécanisme complexe.

    Ce type d’information n’est pas diffusé comme il le devrait: les promoteurs mettent plutôt en avant la courbe de croissance du nombre de puits forés annuellement, les débits de production total/an de ces puits, etc. Cela sert beaucoup la présentation de prospectus d’investissement très optimistes pour le financement de nouveaux puits, la surestimation initiale des réserves exploitables, etc. Les réserves initialement annoncées sont, et seront, régulièrement revues à la baisse, tout comme la production/puit. Je crois comme les auteurs cités par H. Mead que la bulle actuelle n’a que quelques années de survie devant elle et que les gros joueurs mieux informés vont être de plus en plus nombreux à se retirer de ce secteur, pour cause de non rentabilité tout simplement. Et cela avant même d’avoir pris la peine d’ajouter les coûts des externalités non encore pris en compte.

    Ce que je déplore au plus haut point est l’exportation de cette bulle spéculative vers d’autres pays où le « rêve américain » de richesse rapide séduit certains gouvernements; ceux-ci décident, sur la base des mêmes informations tronquées, de favoriser la venue de l’industrie en investissant des fonds publics, dans un contexte où le seul libre jeu concurrentiel ferait que l’industrie s’abstiendrait: pays du Maghreb, d’Amérique du Sud, etc. et Québec (Anticosti).

    • Comprendre le comportement des investisseurs est toujours un peu difficile dans des cas comme celui-ci. Ce qui est intéressant dans les propos de Morgan est sa suggestion de l’associer à celui des bulles. Dans de tels cas (Morgan rappelle les dotcoms), un manque de connaissance, un manque de jugement, une manipulation du portrait par ceux qui vendent pour stimuler l’appétit de gain à court terme – toute une panoplie d’erreurs semble être en cause.
      Finalement, comme Durand le suggère à la fin, et comme je résume les propos de mes sources, le jeu semble se faire à un niveau intermédiaire entre les gros joeurs, qui se sont retirés, et les petits joueurs, qui ont déjà fait faillite. Ce qui est quand même le plus difficile à bien saisir est le maintien des investissements en dépit d’un prix du gaz (pour prendre ce cas) en-dessous du prix coûtant, résultat en grande partie de l’obligation d’activer les claims. On dit que les marchés financiers ne sont pas toujours rationnels…
      C’est cela qui fait apprécier les interventions des experts dans le domaine du financement d’investissements en énergie, même si leurs analyses ne passent pas plus que d’autres, auprès des décideurs. Rubin, Morgan, Kopits, Lewis, Tverberg sont à suivre, mais il serait intéressant si d’autres lecteurs pouvaient préciser en commentaire ici ce qui se passe.

  3. Lynda Youde

    Je suis environnementaliste. Je suis découragée de nos politiciens actuels. Je vous suggère de faire parvenir vos analyses directement à Philippe Couillard. Il me semble que son analyse de vos documents lui permettra de mieux orienter son gouvernement. Nous allons dans un mur avec le pétrole et le gaz de schiste. Transcanada est à nos portes.

    Il n’est pas trop tard pour faire un mouvement provincial de tous les Québécois. M. Mead, M. Durand, votre crédibilité est importante et vous devez initier un mouvement de résistance. Je serai à Chicoutimi pour en créer la base avec d’autres citoyens qui veulent laisser à la génération future une planète et un Québec viable. Levons-nous ensemble car les lois et règlements ne nous protègeront pas assez vite et il y a urgence d’agir. Les externalités ne sont jamais prises en compte et la planète est à un point de non-retour.

    Agissons avec tous les groupes et citoyens qui se sentent démunis face aux décisions de développement non-durables. Créons une force comme le mouvement étudiant l’a fait au printemps 2012. Tout est possible avec toutes les générations. Quel avenir pour notre environnement ? C’est par la participation citoyenne que nous l’orienterons…

    • Je suis un ex-environnementaliste, ex en raison d’une longue série de politiciens et non seulement les actuels. J’essayais de suggérer dans l’article que le mur n’est pas le gaz et le pétrole de schiste, qui ne sont que des illusions. Le mur est ce qui motive les décisions, la volonté de voir l’activité économique croître, cela de façon presque désespérée aujourd’hui parce que les politiciens savent que le système – les «vraies affaires» – ne fonctionne pas.

      Je crois que le mouvement de résistance nécessaire est jusqu’ici refusé par les groupes et par les citoyens, parce que tout n’est pas possible. Il y a urgence d’agir, non pas pour essayer de protéger l’environnement et nos acquis, mais pour faconner une société dans un contexte où l’environnement, l’économie et finalement la société que nous connaissons seront fortement perturbés, ce que j’appelle l’effondrement. Nous ne l’orienterons pas, mais nous pourrons possiblement nous préparer.

      Ce qu’il nous faudrait, également de façon presque désespérée, est en effet un mouvement qui nous prépare pour cela. J’ai proposé et je propose toujours que le mouvement environnemental pourrait justement poser un geste qui frapperait, celui de se retirer de l’année de jeu de communications qui commence pour souligner à la population ce que lui aussi sait, qu’il n’y a pas de solution dans leur approche traditionnelle face à la menace aux changements climatiques.

      Il y aura contestation par la marche à New York (et ailleurs) le 21 septembre, mais la Chine et l’Inde n’y seront même pas comme acteurs sérieux (ni les États-Unis non plus). La résistance devrait être ailleurs, dans un effort de mieux identifier les pistes à suivre pour passer à travers l’effondrement, à commencer par ce que nous pourrons faire au Québec.

  4. Raymond Lutz

    M. Mead, pourquoi charger le mot ‘environnementaliste’ d’un sens qui nous échappe à tous?

    C’est un peu court, mais le dictionnaire Larousse définit environnementaliste comme « Personne qui se préoccupe de l’environnement ». Et la plupart des gens ici (et Mme Youde) vous considèrent sûrement comme tel…

    Oui, il est trop tard pour ce qu’on considère « ‘l’environnement »: il est dorénavant irrémédiablement modifié par l’être humain (cf l’anthropocène), mais nous sommes tous ici écologistes: l’homo sapiens ne peut plus agir comme s’il était dans un monde infini (aux ressources telles). Et il n’aurait jamais dû.

    Nous allons à la catastrophe, c’est clair, mais il faut choisir le moindre mal. L’humanité s’éteindra? Fort possible, mais qu’elle le fasse dans la dignité et non dans l’ignominie. Préparons donc notre sortie éventuelle.

    C’est pour cela qu’il faut marcher, pas pour ‘le climat’, il est déjà foutu. Ces rencontres sont des moments qui permettent de s’articuler, de se rencontrer, de réaliser que nous sommes des milliers… Des milliers de gens indécis quant aux pistes à suivre et aux leviers à presser, oui, mais conscients qu’un changement est impératif.

    Et pour qu’il advienne, de nombreux effets adverse sont à surmonter, dont l’aversion de l’information. Je pointe vers ce lien pour terminer mon commentaire sur une note positive (qui n’aime pas s’instruire?)

    http://johncarlosbaez.wordpress.com/2014/08/22/information-aversion/

    PS: le blog de J.Baez est un incontournable pour les scientifiques ‘environnementalistes’.

    • En quittant le poste de Commissaire à la fin de 2008, je me suis appliqué à écrire un texte pour marquer l’expérience de mon passage chez le Vérificateur général. J’y décris ma transformation en «catastrophiste» et ma recherche de nouvelles pistes d’action :
      J’ai changé pendant les deux années passées chez le Vérificateur général, rejoignant maintenant tout ce monde qui semble être «catastrophiste».

      Quarante ans d’expérience m’avaient déjà appris que mettre l’accent sur l’environnement, c’était poursuivre une orientation qui mène, qui a déjà mené à l’échec. Je ne veux plus entendre parler – pas plus d’ailleurs que nos politiciens, qui n’ont pas prononcé le mot «environnement» une seule fois pendant le débat des chefs – de nouveaux problèmes environnementaux et de nouvelles catastrophes écologiques. Nous en savons déjà assez pour nous forcer à entrer en action – une action dont nous ne connaissons pas la forme précise, que la plupart des gens ne reconnaissent toujours pas.

      Certaines pistes semblaient se définir avec la publication d’un manifeste par des économistes hétérodoxes en 2008 et cela fait maintenant 5 ans que j’essaie de rester près de ces gens, qui possèdent une sensibilité remarquable quant aux effets néfastes du système économique en place depuis plus de trois décennies. Il reste que l’expérience est décevante : ile sont presque universellement incapables de reconnaître les failles dans la «science» économique qu’ils professent; ils prennent pour acquis que la croissance reste une nécessité évidente. Pourtant, Halte à la croissance est sorti bien avant l’arrivée du néolibéralisme.

      De la même façon, j’essaie de rester près des environnementalistes que j’ai cotoyés pendant des décennies et dont je partage la sensibilité aux valeurs écologiques. Pourtant, ceux-ci ne semblent pas capables de se réorienter en reconnaissance de l’échec de leur mouvement; ils proposent, par exemple, des objectifs pour contrer les changements climatiques, mais ne semblent pas posséder les analyses qui en montrent la possibilité de réalisation.

      Je me trouve donc devant un ensemble d’acteurs qui insistent pour maintenir une approche qui remonte à presque un demi-siècle, et qui doit changer. J’ai résumé mon sens du défi avec l’article «L’échec du mouvement social et la nécessaire transition sociale de la société». J’y souligne entre autres l’importance des éléments qu’il faut conserver tout en constatant que le mouvement endosse aussi l’économie verte. Le mouvement sociale à invité Alain Lipietz, économiste hétérodoxe français de haut calibre, pour leur fournir les pistes qu’il cherche; Lipietz est resté dans le moule des hétérodoxes.

      Vous proposez de maintenir la marche de New York parce que va s’y articuler une nouvelle prise de conscience. Ce sera un endroit (comme Paris 2015 ?) où se rassembleront «des milliers de gens indécis quant aux pistes à suivre et aux leviers à presser, oui, mais conscients qu’un changement est impératif.»

      Il circule actuellement une «déclaration dénonçant la main-mise des multinationales sur le sommet sur le climat de l’ONU». Je l’ai lu avec soin, avec l’idée d’en parler dans mon blogue. Finalement, mon impression est qu’il s’agit d’un texte marqué par les économistes hétérodoxes (d’ATTAC-France, entre autres) et les écologistes qui ont endossé la démarche de l’économie verte en préparation pour Rio+20 en 2012. Il est malheureusement typique d’une multitude d’interventions qui ciblent ce nouvel événement ainsi que celui de la COP 21 à Paris l’an prochain. Il est pourtant d’une naïveté déconcertante et comporte des pistes dont les auteurs ne semblent avoir la moindre idée des conséquences.

      Je voudrais bien trouver le forum approprié pour partir de telles propositions et insister sur l’absolue nécessité (i) d’analyser les conséquences catastrophiques de ces propositions et (ii) de formuler des pistes qui en tiennent compte. Ni New York ni Paris l’an prochain n’est la place pour aborder de tels enjeux. Je mijote l’idée de lancer moi-même un mouvement de préparation pour l’effondrement, sauf que je ne vois presque personne qui suivrait!

      • Raymond Lutz

        Concernant votre incursion décevante dans le monde (québécois?) des économistes, oui en effet le texte « L’heure juste sur la dette du Québec » de Louis Gill n’évoque nulle part les limites de la croissance dans un monde fini (et votre critique a froissé quelques plumes).

        Pourtant des travaux indiquent un raprochement entre l’économie écologique et les post-keynésiens, au sein desquels Marc Lavoie semble réputé et qui fait partie de l’équipe de rédaction de « Économie autrement ». Avez-vous déjà échangé avec lui?

        « Finding common ground between ecological economics and post-Keynesian economics » [Kronenberg 2010] et « Keynes and Sustainable Development » [Berr 2009]

        http://www.postkeynesian.net/ucamonly/Berr.pdf
        http://ideas.repec.org/a/eee/ecolec/v69y2010i7p1488-1494.html

  5. Phililppe Gauthier

    »Krauss and Lipton go on to quote Rex Tillerson, CEO of ExxonMobil: “We are all losing our shirts today. . . . We’re making no money. It’s all in the red.” It seems gas producers drilled too many wells too quickly, causing gas prices to fall below the actual cost of production.»

    http://www.nytimes.com/2012/10/21/business/energy-environment/in-a-natural-gas-glut-big-winners-and-losers.html?pagewanted=1&tntemail1=y&_r=2&emc=tnt&

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