La décroissance conviviale

Le Festival était organisé par le Collectif décroissance conviviale de Montréal, et regroupait de nombreuses participantes bien réseautées dans ce mouvement marginal où je me trouvais bien à l’aise. La réalisation que je n’étais pas bien réseauté avec ce mouvement, en dépit de nombreux contacts par mon blogue, m’a amené à la décision de créer une page Facebook (à venir)…

C’était dans la plus grande informalité que le Festival de la décroissance conviviale a eu lieu à Montréal le 1er  juin. Il tenait lieu sur un chantier du campus MIL de l’Université de Montréal, sujet d’une certaine préoccupation des résidents du secteur en raison de ses impacts potentiels sur la vie du quartier, et cela a permis plusieurs  interventions pendant la journée.

Festival1

Ma présentation utilisait une approche informelle – pas de projecteur fonctionnel disponible – en circulant des feuilles imprimées d’une série de graphiques qui me paraissaient résumer mieux qu’un long discours la situation qui nous mène à l’effondrement. Festival2En cela, j’étais identifié comme un collapsologue (terme plus courant en France), centrant mon discours sur ce que je juge l’inévitabilité de l’effondrement, en suivant l’argumentaire de mon livre.

Cela était plutôt en complément à plusieurs autres discours, où je sentais une volonté de s’y préparer en pensant cette nouvelle société qui va s’imposer mais pour laquelle nous serons bien mieux placés si nous travaillons activement à en mettre en place quelques éléments.

 

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9 Commentaires

  1. Bonjour à la petite communauté (endormie?) du blog!

    Je me permets, en guise de commentaire sur cet événement (superbement ignoré par les médias) de retranscrire un message que j’ai transmis à Mme Marie-Andrée Chouinard, rédactrice en chef du journal Le Devoir (il y avait bien un documentariste de Télé-Québec sur les lieux, mais je ne retrouve aucun écho dans la presse grand-public via Google).

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    Bonsoir Mme Chouinard

    Vous écrivez (dans un éditorial bienvenu) «Partout sur la planète, portée par des conclusions scientifiques accablantes, la société civile implore les politiques de pratiquer une gouvernance durable, en préservant l’immédiat mais en agissant surtout pour le futur.»

    Qu’entendez-vous par « en préservant l’immédiat »?

    Pensez-vous que nous puissions infléchir les catastrophes en cours tout en conservant notre niveau de confort matériel et notre « niveau de vie »? La réalité, affligeante, est non. Les énergies renouvelables sont (et seront) inaptes à remplacer la puissance et la commodité des carburants fossiles, le sang de notre civilisation thermo-industrielle.

    J’espère vous rencontrer samedi prochain au « 2e Festival de la décroissance conviviale de Montréal » [1].

    Sinon, je vous recommande chaudement les conférences outre-atlantiques de Kevin Anderson [2] et de Jean-Marc Jancovici [3]. Si vous préférez ‘consommer local’, il y aura Harvey Mead samedi 😎

    [1] https://simplicitevolontaire.org/2019/05/10/festival-de-la-decroissance/
    [2] https://www.research.manchester.ac.uk/portal/en/researchers/kevin-anderson(a6c27331-e229-4e93-ae3b-7c4e134ca9f7).html
    [3] https://jancovici.com/

    Je vous quitte sur ces mots magnifiques de Corinne Morel Darleux:

    « Éviter l’ingérable et gérer l’inévitable. Voilà le seul projet politique qui vaille désormais. Ce pas de côté collectif, ces luttes, nous avons tout à y gagner. Chacun à son poste, dans le respect de notre diversité de possibles, la dignité chevillée au corps. Avec amour et rage. »

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    Je n’ai pas en de réponse et quelqu’un a-t-il aperçu un journaliste du Devoir au Virage?

    • Raymond,

      J’étais frappé par la citation de Mme Chouinard, et je suis retourné revoir son éditorial pour voir s’il y avait un peu de réponse à votre étonnement. Je n’en trouve pas. Mystère…

      L’éditorial soulève plusieurs problématiques quand même. Elle souligne le caractère dépassé de l’idée d’une économie verte, que j’avais souligné dans mon article sur la démission de Luc Ferrandez
      qu’il serait intéressant de voir le Parti vert du Canada abandonner sa promotion de cette même économie verte. Pas de succès, Daniel Green répondant au nom du Parti (voir le début des commentaires à cet article) qu’il ne peut pas procéder sans une acceptabilité sociale, recette garantissant la paralysie dans les circonstances actuelles alors que, dans d’autres circonstances, il s’agit d’une recette obligatoire pour les promoteurs de projets…

      Chouinard souligne le peu de chances que la CAQ aille de l’avant avec un changement de cap, en mettant en relief le constat du GIÉC que l’Accord de Paris de vise pas assez loin – ce que nous savions dès son adoption. Cela rime bien avec le rapport du Directeur parlementaire du budget sorti cette semaine
      soulignant que la taxe carbone du gouvernement Trudeau ne vise pas assez haut, ce que nous savions également dès le début.

      J’ai débuté ce court compte rendu du Festival de la décroissance en soulignant l’informalité qui le marquait, bien approprié pour le mouvement marginal que nous représentons. Je n’ai pas vu non plus un journaliste du Devoir au Festival (Alexandre Shields me contacte à peu près une fois tous les deux ans…), mais le documentariste mentionné travaillait avec une journaliste de L’actualité qui prépare un grand dossier sur la décroissance. Et Jean-Thomas Léveillée de La Presse prépare une suite pour la démission de Ferrandez qui pourrait être intéressante.

      Cette suite viendra aussi, possiblement, des gens qui représentent aujourd’hui les «générations futures» dont l’avenir était notre préoccupation pendant des décennies, décennies qui n’ont pas réussi à éviter que cet avenir, en suivant nos meilleures sources aujourd’hui, semble plutôt sombre. Mme Chouinard cite Léa Ilardo de la Planète s’invite à l’université à l’effet que les mesures proposées par la CAQ et par d’autres ne sont pas à la hauteur. Léa était parmi les participantes au Festival, et semble bien déterminée à continuer la bataille tout récemment engagée. À noter que j’ai répondu à la demande de la jeune Sarah-Jeanne (vers la fin des commentaires sur l’article sur Ferrandez) de participer à la préparation d’un documentaire sur la crise actuelle, qu’elle souligne est existentielle. En effet!

      Petite note: Comme Pierre-Alain Cotnoir a mentionné, vos liens nous dirigeant à des sources intéressantes sont bien appréciés.

  2. L’Anthropocène, un effondrement ?

    Pas tout à fait. Car imaginons une autre trajectoire où il y aurait d’abord une crise financière qui viendrait plomber l’économie réelle et entraîner une méfiance envers le numéraire actuel. Il pourrait en émerger des monnaies alternatives qui ne serviraient pas à faire de l’argent avec de l’argent, mais bien à servir d’intermédiaire entre un producteur et un consommateur, bref qui ferait passer l’humain avant le capital (qui lui se serait en grande partie effondré). C’est à partir de cette cascade de ruptures économiques et sociales que pourraient naître des expériences misant sur des formes d’organisation actuellement minoritaires, mais qui, mieux adaptées aux contraintes, pourraient se disséminer. Je pense entre autres aux organisations issues de l’économie sociale et solidaire que sont les mutuelles, les coopératives et les associations.

    Qu’est-ce qui pourrait bien provoquer une telle crise financière ? L’étincelle qui mettra le feu aux poudres pourrait provenir de multiples sources. Certains la voient dans la colossale dette étudiante aux USA (plus de 1,5 billion de dettes impayées qui risqueraient de provoquer une série de faillites en cascade), d’autres l’appréhendent par un effet de domino créé par la dette souveraine d’un pays devenu insolvable, enfin d’aucuns s’inquiètent déjà des hausses des taux d’intérêt sur des populations surendettées. Comme la crise des gilets jaunes en France n’était pas annoncée, ni même anticipée par aucune des organisations politiques, syndicales ou patronales, celle qui viendra faire chuter les indices boursiers peut provenir de multiples sources.

    Mais à la différence de celle de 2007-2008, il ne sera plus possible de faire appel au crédit des pays dits avancés, car la précédente crise les aura endettés à un niveau tel qu’ils ne pourront ajouter les milliers de milliards de dollars nécessaires pour sauver les institutions financières « too big to fail » emportées par la déroute. Peut-être décideront-ils alors d’aller piger dans les fonds de retraite des « babyboomers » pour amortir le choc ? Peut-être voudront-ils utiliser le vieux remède d’imposition de politiques monétaristes ?

    Quoiqu’il en soit, la contagion se répandra alors rapidement au sein de l’économie réelle. Une crise de confiance viendra réduire drastiquement l’accès au crédit. L’activité économique ralentissant entraînera des mises à pied qui ne feront qu’aggraver la situation : de nouveaux chômeurs, incapables de s’acquitter de leurs obligations, viendront alourdir les charges sociales d’États aux abois.

    Comme en Argentine au début des années 2000, la crise débouchera sur de nombreuses faillites, fermetures d’entreprises, générant de la pauvreté, mais également l’apparition d’initiatives populaires de troc, de création de monnaies alternatives, d’occupation de lieux de travail, de squatte de lieux de résidence. L’entraide au sein des communautés se développera comme une réponse à la faillite d’un système économique fondé sur la compétition et la course à l’accumulation. L’économie sociale et solidaire pourrait profiter de ce marasme pour établir sa prééminence, si elle savait, dès maintenant, éviter les écueils d’un régime capitaliste perdu dans ses incohérences avec le monde réel.

    Il est souhaitable qu’une telle crise se produise au lieu que les contraintes environnementales et climatiques soient rendues à un paroxysme tel qu’elles menaceraient la survie de la civilisation, voire de l’humanité même.

    Aussi, il n’y a pas de solutions de « transition écologique » en douceur sur un horizon d’une dizaine d’années qui m’apparaissent réalistes, s’il n’y a pas une rupture avec le modèle économique dominant. Or cette rupture ne pourra survenir que générée par les contradictions d’un système économique qui promeut une croissance illimitée sur une planète aux ressources limitées.

    Voir aussi: https://www.acfas.ca/node/1296

    • Pour poursuivre l’effort d’imaginer l’effondrement (peu importe l’adjectif): j’ai visionné hier soir la dernière épisode des Fermiers avec Jean-Martin Fortier (financé par André Desmarais). Jusqu’ici, les deux années d’émission ont montré les exigences pour les jeunes qui se lanceraient dans l’agriculture biologique. Dans cette dernière épisode, on voyait plusieurs qui venaient de terminer leur saison et qui montraient la fatigue! Cela fait partie néanmoins de ma vision de l’avenir, multiplié par des milliers d’autres…

  3. Raymond Lutz

    Bonjour M. Mead,

    Oui, en effet ma critique de l’éditorial de Mme Chouinard est un peu dure, mais c’est parce qu’elle avait presque une copie parfaite! Seule cette locution incidente « en préservant l’immédiat » dénotait. En fait, je ne la critique pas mais l’interroge sur cette bévue, et profite de l’occasion pour l’inviter au Festival de la décroissance.

    Au passage M. Cotnoir, êtes-vous aussi doué à l’oral qu’à l’écrit? Votre texte mérite une large diffusion dans la presse grand public, l’avez-vous soumis aux journaux mainstream?

    Harvey, je suis de très loin et distraitement le projet de Fortier et Desmarais. Je viens de parcourir leur site et je le trouve plutôt dégarni côté bibliographie (et oui, encore le prof qui chiâle). Il n’y a aucune référence d’article, d’études etc… contrairement au site de la Ferme du Bec Hellouin – https://www.fermedubec.com/la-recherche/. Mon feeling (et de nouveau je m’excuse de cracher dans la soupe) est que quelques partenaires financiers veulent surfer sur la vague écolo-retour-à-la-terre 2.0;

    oupss… je ne consultais pas le bon site! il y en plusieurs gravitant autour de Fortier: http://www.fermequatretemps.com, lagrelinette.com, et http://lejardiniermaraicher.com/lectures-recommandees présente une bibliographie bien garnie. Bravo. Mais à lire des titres comme « Jean-Martin Fortier roule sa bosse et génère des millions », je m’inquiète…

    Vous qui avez visionné la série, y-a-il des résultats scientifiques divulgés? Je ne trouve nulle part d’association avec une faculté d’agronomie. Je veux des chiffres avec les rendements des surfaces, les bilans des intrants et des temps travaillés, comme pour cette étude française. Les belles images idylliques qui agrémentent leurs sites me laissent froid (ça ne m’empêche pas d’apprécier le travail de la terre et garde un souvenir délicieux du coup de main donné à un ami gentleman-viticulteur lors du semi de ses vignes à Austin).

    Le bio, c’est bien mais il ne faut pas en faire une religion… Comme le premier ministre Legault, il faut être pragmatique. Quelques fois l’usage de pesticide est inévitable, c’est la récurrence des traitements qu’il faut voir à diminuer. Même chose pour la dé-mécanisation et la petite échelle: en soi ce n’est pas une panacée. Mon rêve? œuvrer au retour des chevaux de trait avec une mécanisation équestre avancée (un combo low-tech high-tech: rien n’empêche de travailler à la fois en traction animale et user de drones pour l’analyse hyperspectrale des plantations!) Sur youtube on voit des ‘bailleuses’ à foin tirées par des chevaux, c’est magnifique. J’ai une collection de document sur ce sujet précis: https://pinboard.in/u:lutzray/t:equestre/

    • Je ne crois pas avoir vu un effort de chiffrer les rendements etc. ni d’indication d’une collaboration avec une faculté d’agronomie; je soupçonne que pour le moment ces jeunes fermiers, graduées de telles facultés, cherchent à suivre d’autres pistes que celles traditionnelles des facultés d’agronomie actuelles. On voit pas contre d’importantes collaborations comme celle avec le cégep de Victoriaville.
      Leur approche (apparemment suivant les consignes de Desmarais) semble être de se rendre rentables en développant leurs différents clients dans les restaurants et dans les marchés, surtout locaux, mais y compris Jean-Talon. Ils ont fait des calculs sur le taux horaire de leur travail, et je crois que c’était assez bas. Je crois qu’il y a quelques pesticides utilisés, et Fortier lui-même est impressionné par l’intérêt de la mécanisation dans certaines circonstances. Un des objectifs semble être de voir jusqu’à quel point ils peuvent remplacer l’agriculture industrielle et de grande échelle, sur le plan des coûts. C’est là où la dernière émission a montré que tout n’est pas gagné, en termes d’efforts requis et de revenus à chercher.

  4. À Raymond Lutz, merci pour votre mot. En fait, j’ai également transmis ce texte au Devoir qui ne l’a pas retenu. Il avait tout d’abord été écrit en commentaire à cet échange intitulé « Interdit d’interdire : Aurélien Barrau et Alain Damasio – La fin du monde est-elle pour demain ? » accessible sur YouTube à https://youtu.be/qWqsYSZUuxg

  5. Un point de vue intéressant, mais divergent avec celui de certains climatologues ou écologistes, celui de Jean Laherrère, co-fondateur de l’ASPO, et de Nicolas Meilhan, membre de l’ASPO. Pour citer ce dernier, malgré les désaccords des points de vue entre pic pétrolier et changement climatique, la cause et le remède sont de même nature. C’est assez long comme échange, mais plutôt instructif. Je vous en recommande l’écoute.
    https://youtu.be/zyt81qmTz6g

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